retour indexAperçu de la politique et de la stratégie de conservation
de la faune au Burkina Faso

16 au 19 Janvier 2001 à Niamey (Niger)
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Photo : Ph. Chardonnet

Auteur :
Iniyé YARO,
Directeur de la Faune et des Chasses

 

••• Sommaire :

 

••• Politique et stratégie nationales de conservation de la faune

Le Burkina Faso, comme la plupart des anciennes colonies françaises d’Afrique, a appliqué pendant des décennies une politique de gestion de la faune marquée surtout par un esprit protectionniste matérialisé par un monopole et une gestion étatique.

Cette politique, en dépit de sa rigueur répressive s’est révélée inefficace : la faune, victime de l’isolement de l’administration forestière et du désintérêt des populations locales était menacée de disparition aussi bien dans des aires protégées que dans les terroirs villageois.

Devant cette situations, les autorités du ministère chargé de la faune ont organisé en 1984, avec l’appui du PNUD, le premier séminaire national sur la conservation de la faune qui a eu pour thème : la politique et la stratégie de conservation de la faune au Burkina Faso.

Ce séminaire avait pour objectif primordial l’analyse de la gestion de la faune et des propositions d’améliorations. C’est ainsi que les sous-thèmes suivants ont été retenus :

  • la stratégie de conservation de la faune : pratiques passées, pratiques présentes et perspectives;
  • l’accès des populations villageoises aux ressources de la faune;
  • le fondements de la fermeture de la chasse.

Les conclusions les plus significatives de ce séminaire ont porté sur les actions et mesures suivantes.

  • a nécessité de mettre en valeur toutes les aires de conservation de la faune;
  • la nécessité d’organiser la gestion des aires de conservation selon une approche écologique notamment la constitution de blocs écologiques ou unités de conservation.

La pertinence des analyses et conclusions de ce séminaire nécessitaient une application immédiate. Aussi un deuxième séminaire à été organisé en 1985 avec pour thème l’organisation de la CHASSE et pour sous-thèmes,

  • la réorganisation de la chasse sportive;
  • l’instutition de la chasse de subsistance;
  • les conflits populations humaines faune.

Les mesures d’application ont suscité tant d’intérêt qu’elles furent vite dépassées. C’est ainsi qu’un troisième séminaire national a eu lieu en 1993 pour apporter les ajustements nécessaires. Ce dernier a eu pour thème " la stratégie de conservation de la faune " et pour sous-thèmes ,

  • les aspects institutionnels de la conservation de la faune;
  • la législation portant conservation de la faune.
  • L’organisation de la gestion de la faune.

Comme conclusions phares de ce séminaire on peut retenir :

  • la nécessité de revoir la législation pour créer les conditions d’un partenariat et de co-gestion des ressources fauniques.
  • la nécessité de créer des unités de conservation dotées de moyens conséquents de fonctionnement pour harmoniser les actions et unir les efforts.

L’ensemble des conclusions des trois séminaires et leurs applications constituent l’essence de la loi portant code forestier au Burkina Faso . Cette loi fixe les options fondamentales et les objectifs de la politique forestière nationale et garantit la concertation entre l’ensemble des institutions et des structures de développement.

S’agissant du sous-secteur faune, la loi dispose en particulier des options fondamentales suivantes :

  • valoriser les ressources fauniques pour le développement économique national et pour l’amélioration des conditions de vie des populations rurales,
  • conserver la diversité biologique des ressources.

Elle fixe également de manière formelle la distinction entre les ressources de l’Etat, les élevages privés et les ressources communautaires (villageoises).

En application de cette politique il est mis en œuvre une stratégie (en cours d’écriture) qui a pour caractéristiques principales :

  • le partenariat entre l’Etat, les populations locales et le secteur privé (co-gestion et système de concession),
  • la volonté de mettre en valeur toutes les aires de conservations et toutes les ressources des terroirs villageois,
  • la volonté d’organiser, de former et de responsabiliser pleinement les communautés villageoises.
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•••Gestion du partenariat

Le partenariat est une réponse au constat suivant : l’Etat ne peut à lui seul assurer la protection et l’exploitation de la faune ; il a besoin de partenaires avec lesquels il va partager les responsabilités, les charges et les revenus.
C’est ainsi que pour la gestion du domaine de l’Etat le partenariat est régi par un cahier de charges générales et un contrat ou un protocole d’exploitation. Le cahier de charges dispose des conditions générales de la gestion de la zone concédée (concession) tandis que le contrat d’exploitation fixe les modalités pratiques d’exploitation des ressources.
Mais auparavant, le droit de gestion à une personne physique ou morale est concédé par un texte réglementaire (arrêté ministériel).
Le cahier de charges fixe les obligations et les droits des partenaires comme ci-après :

  • l’état demeure propriétaire des ressources, assure leur protection, a la charge de leur l’évaluation, accorde des facilités administratives, apporte un appui technique à ses partenaires et conserve ses prérogatives régaliennes et financières (application de la loi et recettes du trésor public),
  • Le concessionnaire a la charge de produire et de vendre le gibier conformément aux termes du cahier de charges générales et du contrat d’exploitation ; il a toute liberté pour fixer les tarifs de ses services, de la location de son matériel ainsi que le choix de ses partenaires,
  • Les communautés riveraines des aires de conservation ont l’obligation de constituer un organe représentant leurs intérêts ; une fois cette condition remplie, elles bénéficient de la priorité d’embauche, d’un fonds d’intérêt collectif et de l’appui des concessionnaires pour des réalisations socio-économiques ; en retour elles ont la charge de surveiller les ressources de leurs terroirs et des parties des concessions contiguës à leurs terroirs.

Outre le partenariat tripartite Etat/populations/secteur économique privé, il est mis en œuvre un projet pilote de gestion participative des ressources naturelles et de la faune pour expérimenter un partenariat bipartite Etat/Populations locales. Dans cette formule, les populations organisées en association inter-villageoise jouissent du titre de concessionnaire.
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•••Résultats de la mise en œuvre de cette stratégie

Les résultats sont probants surtout dans le domaine de la chasse. En effet, nous avons

  • une amélioration sensible des conditions de vie des animaux dans toutes les zones concédées : meilleure disponibilité d’eau, surveillance améliorée, baisse du braconnage, réduction des risques des feux indésirés, restauration des populations de gibier etc…
  • un allègement des charges de l’Etat : prise en charge des aménagements par les concessionnaires qui contribuent également au fonctionnement du personnel de surveillance,
  • amélioration des conditions de vie des populations locales :
    • désenclavement des villages qui bénéficient d’un fonds d’intérêts collectif de réalisations socio-économiques, de viande.( il est remis aux populations locales les 3/4 de tout gibier abattu par les chasseurs touristes),
    • injection de masse salariale,
    • motivation et engagement des populations dans la protection des ressources.
  • L’amélioration des recettes de l’Etat et du revenu du secteur privé comme le montre les tableaux ci-après.

Depuis 1996, année des derniers ajustements, le réseau national des aires de conservation de la faune du Burkina Faso est structuré comme suit :

  • vingt deux (22) zones cynégétiques ayant 910.320 hectares
  • quatre ranchs étatiques, totalisant 329.000 hectares
  • deux parcs nationaux et deux réserves analogues ayant 523.000 hectares. Le tableau n° 3 ci-après présente le détail du réseau.

A ce réseau il convient d’ajouter d’importantes superficies de zones villageoises giboyeuses.

 

TABLEAU N° 1 : SITUATION DES RECETTES DIRECTES DE L’ETAT ( x 1 000 FCFA)

 

Années
Recettes

1990
1991

1991
1992
1992
1993
1993
1994
1994
1995
1995
1996
1996
1997
1997
1998
1998
1999
1999
2000
Permis de chasse sport 23 455 34 524 36 653 51 887 70 574 68 501 61 017 63 553 66 949 44 290
Taxes d’abattage 18, 235 26, 574 29, 926 53, 729 70, 740 68, 501 51, 104 66, 798 65, 605 74, 797
Taxes de gest° conce - - - - - - - 16, 934 16, 040 24, 612
Taxes d’exploitat° - - - - - - - 22, 780 30, 880 26, 000
Frais de pistage 1, 147.5 1, 459 1, 615 2, 788 4, 076 3, 912 3, 912 2, 538 6, 025 -
Licence de guide de chasse 4, 500 3, 700 5, 300 15, 750 23, 900 26, 700 26, 700 13 900 22, 325 22, 250
Licence de marchand restaurateur 1, 790 902 2, 570 1, 937 1, 265 2, 480 2, 480 3, 335 3, 145 1 988
Cerificat d’origine 171 111 80 233 306 634 634 548 770
Location de zones non concédées - - 3, 117 2, 300 230 2, 175 2, 175 548 - -
Timbres + recettes provinciales - - - 844 108 304 304 285 67 -
Recettes contentieux faune 53, 447 72, 577 89, 801 160, 180 176, 919 197, 931 181, 408 195, 035 245, 242 227, 229

 

TABLEAU N° 2 : RECAPITULATIF DE LA REPARTITION DES RECETTES GENEREES
PAR LE SOUS-SECTEUR FAUNE DE 1996 à 2000

 

CAMPAGNE DE CHASSE ETAT POPULATIONS TOTAL
1996 – 1997 181 408 660 13 515 440 580 731 417
1997 – 1998 195 035 400 14 947 900 1 539 016 795
1998 – 1999 245 242 130 28 396 675 1 479 313 711
1999 - 2000 227229 710 23 815 300 635 873 593

 

TABLEAU N°3 : LISTE DES AIRES DE FAUNE

 

REGIME D’EXPLOITATION ET APPELATION SUPERFICIE (ha) LOCALISATION (PROVINCES)

1. Parc nationaux et Réserves analogues
- Parc National de Pô dit Parc National KABORE Tambi
- Parc National de " W "
- Réserve analogue d’Arly
- Réserve analogue des Deux Balés

Sous-Total 1

2. Ranch de gibier
- Ranch de gibier de Boulon-Koflandé
- Ranch de gibier de Bontioli
- Ranch de gibier de Nazinga
- Ranch de gibier de Singou

Sous-Total 2

3. Zones de chasse
- Zone de chasse de BELI
- Zone de chasse de DIBON
- Zone de chasse de DIDA
- Zone de chasse de DIEFOULA
- Zone de chasse de FAGA
- Zone de chasse de KOAKRANA
- Zone de chasse de KONDIO
- Zone de chasse de KONKONBOURI

 


155 000
235 000
76 000
57 000

523 000


42 000
42 000
94 000
151800

329 800


55 000
24 000
75 000
5 000
45 000
25 000
51 000
65 000

 


NAHOURI – BAZEGA –ZOUNDWEOGO
ZIRO – BOULGOU –
TAPOA
BALES – BOUGOURIBA

 


COMOE
BOUGOURIBA – IOBA
NAHOURI – SISSILI
KOMPIENGA

 


OUDALAN
HOUET
COMOE
COMOE
YAGHA
TAPOA
TAPOA
TAPOA

 


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•••Les difficultés de mise en œuvre de la stratégie

Elles peuvent être résumées en quatre points :

  • les capacités limitées des services techniques chargés de conduire la mise en œuvre : qualifications et moyens de travail insuffisants,
  • l’insuffisance de professionnalisme des partenaires privés (concessionnaires),
  • la faible fonctionnalité des organisations villageoises,
  • la convoitise des aires de conservation de la faune par les éleveurs et les agriculteurs,
  • la mobilisation des moyens nécessaires.

La conjugaison des efforts des partenaires est un atout pour faire face à toutes ces situations.


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