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Pluies et vagues de froid

••• Les populations assommées par l'ampleur du désastre

Cadavres de troupeau dans la zone du Ferlo, suite aux intemperies. Photo Pesseat.S.Mouhamadou SAGNE
Article publié dans l'édition du " Le Soleil " duVendredi 18 Janvier 2002

Ross Béthio : Les populations de la vallée du fleuve Sénégal n'oublieront pas de sitôt les intempéries de la semaine dernière qui ont touché presque tout le pays. Mais ici, on a enregistré beaucoup de pertes en vies humaines et animales qu'on n'a pas fini de commenter. Il s'y ajoute aussi le pourrissement du riz dont une importante quantité de la production est enregistrée cette année surtout dans le Walo où nous sommes rendus avant-hier mercredi. Particulièrement dans la zone de Boundoum Barrage, communauté rurale de Ross Béthio où les populations ressentent durement cette calamité.

••• Reportage

Que ce soit Ross Béthio, Boundoum Barrage, Boundoum Est, Ronck, Wassoul, Diawar, Khone et Diadiem, partout où nous avons foulé le sol, c'est la désolation totale. Témoignage : “ c'est vraiment un désastre total et je suis vraiment peiné puisqu'il a ravagé vraiment tous les espoirs de quinze mille (15 000) âmes qui vivent dans la cuvette de Boundoum ” nous lance avec une mine tristesse Ndiawar Diop, coordonnateur de l’Union qui regroupe les sept (7) villages à l'exception de Ross-Béthio. Chargé d'aider le conseil d'administration à asseoir une politique qui permet d'exploiter l'ensemble des 3200 ha de superficies de l'Union, Ndiawar Diop s'est dit très “ désolé par l'ampleur du désastre qu'on ne peut pas expliquer tellement il grand ”

Avec lui et quelques-uns des membres de l'Union nous avons visité l'ensemble des seccos villageois et quelques parcelles rizicoles non encore récoltées et d'autres où les riziers ont effectué des meules. Le constat sur le terrain est triste. Toute une production de riz en train de pourrir dans les parcelles, dans les meules et même ce qui est déjà mis en sacs. La première étape de Ross Béthio dans l'usine de décorticage Delta 2000 gérée par l'entreprise Fall et frères, les commerçants que nous avons trouvés sur place venus se ravitailler en riz nous ont dit leur amertume. Babacar Seck commerçant à Saint-Louis premier vice-président de l’UNACOIS traite depuis 11 ans avec les producteurs de la vallée dans la promotion du riz local. Sa commande de 6000 sacs de 85 kg est menacée.

Tout est mouillé. Et le problème est que le riz mouillé, même s’il est séché comme sont en train d’y procéder les producteurs (parce qu'ils croient en Dieu) au niveau des seccos et décortiqué ensuite, le rendement baisse. D'ailleurs Ndiawar Diop est formel là-dessus : “ on n'aura que de la farine. Je pense que c'est même inutile. ” Babacar Seck lui nous dit s'en remettre à Dieu. De même qu'Abdou Fall, gérant de l'usine qui risque d'arrêter de fonctionner. Il avait même entamé la construction d'un hangar dans l'enceinte pour abriter les sacs de paddy déjà décortiqués.

Carcasses de betail dans la zone du Ferlo, peu apres les intemperies. Photo Toure.I.Cap fut mis ensuite vers Boundoum Barrage à 18 km d Ross Béthio. La piste latéritique que nous empruntons à bord dune L 200 n'est pas des meilleures. Le chauffeur négocie bien le chemin pour nous éviter trop de secousses. Le long de la route nous offre un paysage triste avec les nombreuses vaches mortes et disséminées un peu partout à proximité du hameau de Darey Mbaye Guèye dans la cuvette de la grande digue de Telle. On ne s'est pas limité là puisque dans tous les villages visités on nous a signalé des pertes de bétail. Comme à Ronk, à Diawar, à Boundoum Est. Au total c'est plus d'une centaine de vaches, moutons et chèvres qui n'ont pu résister à la vague de froid. On nous a même appris le décès d'un berger à Boundoum Est. Çà et là, la piste que longent par endroits des mares inondées par les pluies qui sont tombées deux jours durant (mercredi 9 et jeudi 10 janvier dernier), est argileuse et accompagnée de flaques d'eau.

DESOLATION

Le village de Boundoum Barrage est situé dans une zone argileuse de la grande cuvette vite inondable en cas de pluie. La nappe phréatique étant toute proche. Pour autant ceci n'explique pas le phénomène vécu actuellement. Dans le secco, nous avons trouvé des sacs gondolés dégageant une odeur nauséabonde. Le Président de l'Union locale, Pathé Diop évalue les dégâts suivant les chiffres des sections. Pour une superficie totale de 1367,98 ha exploités par l'ensemble des 15 sections villageoises et deux groupements qui composent l'Union, 233,96 ha ne sont pas encore récoltés. Selon M. Diop : “ les gens ont fait des efforts pour récolter, ils ont ensuite mis en meules pour 897,92 ha. Certains ont pu effectuer le battage et emmener leur production dans le secco pour le remboursement. Malheureusement la pluie est tombée là-dessus.

Sur le chemin de Ronck, nous faisons une halte à Boundoum Est, Wassul, Khone et Diawar. Mais là nous empruntons les pistes qui ont été réalisées dans le cadre des aménagements hydro–agricole. Ronck, situé sur la rive gauche du fleuve Sénégal, est le village le plus touché. Puisque les producteurs sont à 50 % de battage de leurs récoltes. Toutefois il faut dire que les périmètres rizicoles ne sont plus accessibles depuis que la survenance des intempéries. Mais dans le secco sont stockées 700 t de paddy mis en sacs. Les manœuvres s'activaient à notre arrivée à vider ceux-ci pour sécher le riz. Mais selon Alioune Diop, président de la section locale “ nous savons que ce riz est irrécupérable. On ne peut même pas le donner au bétail. Ce que nous faisons actuellement c'est uniquement pour limiter les dégâts. ”

À Diawar aussi qui se trouve être le siège de l'Union des organisations paysannes de Boundoum c'est le même constat. 85 % des récoltes sont hors d'usage de l'avis de Talla Wade de l'Union locale. D'autres aspects aussi ont retenu notre attention, comme ces maisons qui sont effondrées, l'eau stagnante, rendant difficiles d'accès certains endroits. Le terrain de sport du village aussi est complètement inondé. Le constat fait sur le terrain et que les spécialistes ne manqueront pas d'évaluer, il ressort que c'est vraiment un véritable désastre. ” Sur les lieux, le vieux Malick Diop ne manque pas de nous manifester son étonnement devant une telle situation qu'il déclare n'avoir jamais vu depuis qu'il est au monde.

UNE FAMINE QUI S’ANNONCE

Les conséquences sont énormes souligne Ndiawar Diop. Et si rien n'est fait par l'Etat en direction de la caisse du crédit agricole pour le crédit, cela veut dire les prochaines campagnes sont déjà compromises. L'Union de Boundoum a contracté le plus de crédit à la CNCAS avec 60 % (600 millions environs) sur le total des dettes dues par l'ensemble des producteurs de la région de Saint-Louis selon Pathé Diop. Sa section de Boundoum Barrage en est à 300 millions de francs de dettes dues à la CNCAS. Pour le coordonnateur de l'Union, il faut donc que l'Etat intervienne auprès de la Caisse.

Ensuite quand il y a problème, les gens pensent toujours au crédit. Mais il reste que cette situation catastrophique risque d'entraîner une famine dans toute la zone du Walo et au-delà même toute la vallée du fleuve Sénégal. Puisque comme le fait bien remarquer Ndiawar Diop, “ le gros problème est que les populations n'auront rien à manger. Et l'on s’en rendra compte bien sûr d'ici quelques semaines si aucune aide ne parvient ici. ” APPEL AUX AUTORITES Tout en déplorant qu'aucune autorité n'ait pris en compte leur douleur au lendemain de la catastrophe, les populations du Walo dans le Ross Bèthio souhaitent que les ministres de l'Agriculture et de l’Elevage, de la Solidarité nationale et de l’Economie et des Finances viennent constater sur place l'ampleur des dégâts. Pour au moins souligne Ndiawar Diop “ donner un espoir aux paysans afin qu'ils sachent qu'il y a des gens derrière eux, qui sont prêts à les épauler dans ces moments difficiles. ” Ce qui du reste n'a pas été le cas jusqu'ici à part le Directeur général de la SAED qui a effectué le déplacement pour s'enquérir de la situation. Alors que pour ces populations des ministres se sont rendus à Podor pour la même circonstance même si la situation diffère. À Podor, il y a eu des pertes en vies humaines plus importantes que les pertes matérielles. Mais quand même, le ministre de l'Agriculture devait au moins passer pour constater les dégâts qui sont énormes de l'avis de Ndiawar Diop. Ainsi ce sont des espoirs de durs labeurs et d'investissements qui s'envolent dans cette partie du Sénégal.

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