Cohabitation ou compétition entre la faune sauvage et les éleveurs… Où en est on aujourd’hui?

Thème 3 (du 6/12 au 17/12 et du 10/01 au 16/01)
Espaces pastoraux et aires protégées :
du jeu politique aux enjeux de conservation de la faune

Discussions: 1-10/11-16

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1- Contribution de Bernard Toutain (1) - 08/12/2004

Bonjour chers collègues !

Pour ouvrir le débat sur le thème 3, Bernard Toutain nous propose de commencer en repositionnant la question centrale de cette conférence (le bétail et la faune, entre cohabitation et compétition) en fonction du rapport à l’espace.
Le fait de délimiter, voire même clôturer les zones de conservation de la faune induit forcément une appropriation de ces espaces sauvages par l’homme… est-ce la meilleure solution en termes d’aménagement de l’espace pour la faune sauvage ? Comment réglementer l’accès à l‘espace tout en le laissant relativement « ouvert » ? Est-il réaliste de chercher une intégration entre les espaces pastoraux et les espaces de réserve pour la faune ?

Bernard Toutain conclut cette première contribution en observant que malgré la difficulté à faire cohabiter le bétail et la faune sur un même espace dès que les densités de faune ou de bétail sont importantes, force est de reconnaître que les pratiques liées à l’élevage extensif transforment peu le milieu, en comparaison de l’impact induit par exemple par l’avancée d’un front agricole... Les éleveurs : des collègues pour les agents de conservation ?

La Modératrice,
Aurélie Binot

Dear colleagues,

To start with the theme 3, Bernard Toutain opens the discussion with the interaction between men and space, and asks if the fact to fence the conservation areas is adapted to wildlife habits. Is it desirable to integrate conservation areas and pastoral lands into a continuum in terms of space? The herders should be conservation agents’ partners because ranching has less destructive impact than agriculture on the environment…

La modératrice,
Aurélie Binot

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Je précise d'entrée que je ne suis pas spécialiste d'aires protégées.

Les notions d'espaces pastoraux et d'aires protégées contiennent une nuance dans le choix même des termes: espace laisse entendre qu'il n'est pas fermé, aire fait référence à une étendue géographique qui a donc une certaine dimension et des contours ou des limites. Ces mots reflètent bien une représentation que l'on a de ces deux sortes d'espaces selon leur destination. Le pasteur n'est pas enfermé, au contraire, les terres qu'ils parcourent ne finissent jamais, il y a toujours un pâturage après le pâturage. La zone protégée dispose d'un statut plus précis, nécessitant une surveillance, et de ce fait a été délimitée. C'est une vision humaine qui ne répond pas forcément aux habitudes des animaux sauvages.

Si ces nuances s'appliquent telles quelles dans certaines situations, elles ne sont pas forcément la règle partout, et elles ne répondent peut-être pas à certains des objectifs de sauvegarde que l'on recherche. Fermer un espace de réserve, parfois même le clôturer, cela ressemble fort à une appropriation d'espace et de ce qu'il contient, une sorte d'emprisonnement, avec la nuance par rapport à la possession privée que le contenu est, dit-on, pour le bien commun.

J'ai toujours été surpris en visitant des réserves de constater que les animaux se concentrent là où ils se trouvent en sécurité et où ils rencontrent habitat et ressources convenables. Les densités baissent, me semble-t-il, assez considérablement lorsque habitat et ressources existent, mais sans la sécurité et la quiétude. Mais le plus merveilleux est de constater que beaucoup de réserves ne sont pas closes, que les limites sont poreuses ou libres d'accès et de départ. Et cela ne change pas le fait que les animaux peuvent être là nombreux, puis migrer, disparaître un temps, puis revenir. N'est ce pas cela la vie sauvage ?

Il ne devrait pas exister par conséquent de grandes différences entre l'espace pastoral et l'espace de réserve, à la différence près que l'accès au bétail devrait être très réglementé dans les parties "réserve".

Autre nuance que je voudrais apporter: les éleveurs ne sont pas forcément très mobiles. Cela dépend des régions. Si les ressources en fourrage suffisent, il n'y a pas lieu de bouger. C'est l'insuffisance temporaire d'herbe qui oblige l'éleveur à bouger. Par contre, il est tout à fait compréhensible que l'élevage extensif ne soit pas loin, et même se révèle concurrencer les ruminants sauvages. On a affaire à des niches écologiques similaires.

Ces considérations ne répondent pas vraiment aux questions de la conférence, mais il me semblait bon d'apporter ces précisions au départ.

Elevage et faune sont indubitablement en situation de concurrence. Donc, derrière ces activités d'élevage d'un côté et de conservation de l'autre, les intérêts divergent. L'éleveur va réduire la pression des prédateurs et des ruminants sauvages concurrents, parfois seulement en faisant peur aux animaux sauvages. Si l'on veut maintenir des populations élevées d'animaux sauvages, le bétail est un trouble-fête insupportable.

Pourtant, élevage et faune s'entre-aident: il y a entre ces deux objectifs des concordances importantes, à savoir l'usage de ressources naturelles avec un minimum d'intervention, d'aménagement, de transformation. Le parcours n'est pas éloigné de la prairie ou de la savane naturelles. Les deux types d'espace font front commun contre un autre envahissement autrement plus perturbateur, le défrichement pour l'ouverture d'espace cultivé ou planté et pour les infrastructures humaines. L'artificialisation du milieu, l'anthropisation, est bien plus forte si l'on développe des activités agricoles que si l'on se contente de passer avec des troupeaux. C'est pourquoi défendre l'élevage extensif tout en le réglementant peut avoir des conséquences utiles pour la protection de la nature. Ou pourrait tenir le même raisonnement pour l'usage forestier.

D'ailleurs, il est récurrent de poser la question de l'avenir de l'élevage extensif dès que l'on traite d'aires protégées. Cela montre bien la proximité des deux objectifs. Il devrait donc être possible de mettre au point des statuts d'utilisation des terres différents mais en harmonie lorqu'il s'agit de parcours et d'aires protégées.

Bernard Toutain
CIRAD-emvt

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2- Contribution de Bernard Toutain (2)- 08/12/2004

Chers participants,
Dans la continuité de sa première contribution, Bernard Toutain illustre à travers un exemple kenyan combien la compétition entre faune et bétail devient difficile à gérer avec la fragmentation de l’espace communautaire : appropriation permanente des terres, croissance démographique ……. Transformation radicale du rapport au foncier !
Le problème se situe-t-il vraiment au niveau des éleveurs ou se définirait-il d’avantage en termes de pression foncière ?

La modératrice,
Aurélie Binot

Dear participants,
Another Bernard Toutain’s contribution, focusing on the land tenure issues in Kenya; there, herders are in competition with wildlife because of the agriculture settlements, which fragment pastoral space….
What is the problem: livestock herders or land pressure?

La modératrice,
Aurélie Binot

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Le Kenya, dans ses plaines Massaï, connaît une rapide décroissance du nombre d'animaux sauvages. Quelles en sont les raisons ? La grande plaine pastorale entre Nairobi et la frontière tanzanienne est traditionnellement pâturée par les troupeaux des Massaï. La co-existence avec le bétail de la faune sauvage africaine, cette grande faune qui attire tant les touristes, pose certains problèmes de conflit homme / faune et bétail / faune, mais se maintenait bien. L'élément nouveau est l'installation permanente de domaines, de propriétés privées qui s'empressent de s'enfermer dans des clôtures, transformant profondément l'espace communautaire en le fragmentant. Non seulement la densité humaine augmente un peu de ce fait, mais surtout les déplacements, tant de la faune que du bétail, sont limités et contraints, les risques de conflits augmentent, les chasses punitives contre les prédateurs sont pratiquées. Un changement drastique de statut foncier, même sur des surfaces non contiguës, entraîne des perturbations profondes, tant de l'élevage que des mouvements de la faune. D'un côté les Massaï cherchent à sécuriser légalement leur espace, de l'autre , les conservateurs tiennent des propos pessimistes sur l'avenir. Il s'agit bien dans ce cas d'enjeu sociopolitique. Une ferme de céréales irriguées rapporte davantage qu'un bout de prairie naturelle... Derrière cet exemple, il y a vraiment un choix de société, en faveur de l'intensification et du gain monétaire.

Bernard Toutain
CIRAD-emvt

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3- Contribution de Bernard Toutain (3) - 08/12/2004

Re-bonjour à tous,
A travers cette dernière contribution, Bernard Toutain recentre très justement les questions de réglementation de l’utilisation des espaces et des ressources sur le plan sociopolitique : les règles et les lois ne sont viables que si elles sont légitimées dans un cadre socioculturel de référence.

La question sous-jacente à cette contribution est : comment construire un cadre de référence commun aux « éleveurs » et aux « conservateurs » ? Faut-il adopter une approche participative ?..... Chers collègues, la parole est à vous !

La modératrice,
Aurélie Binot

Good morning again!
With this last contribution, Bernard Toutain insists on the necessity to build a common socio cultural framework (between the pastoral and conservation sector) to legitimize regulations and laws in the mind of herders.
In this order, is a participative approach adapted and desirable?

La modératrice,
Aurélie Binot

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Une dernière contribution, en référence à des commentaires très pertinents du Prof. Turco (intervenant sur le programme régional Parc W ECOPAS, Afrique de l'ouest) sur la différence entre ce qui est édicté et ce qui est réellement appliqué. Une loi est aisément appliquée lorsque la grande majorité en reconnaît les avantages et les vertus. Les règlements stupides ne sont pas suivis. Il y a fort à apprendre dans l'observation de l'application des lois. En Afrique, il y a plusieurs niveaux de règles sociales, la loi édictée par le gouvernement, les règles coutumières défendues par les chefs, les usages ethniques et sociaux, les règles familiales, les règles et interdits religieux... La gestion de la faune n'échappe pas à tous ces filtres dans lesquels les choix individuels doivent passer. Souvent il y a des contradictions entre plusieurs de ces niveaux. Ce qui fait que des contrevenants peuvent avoir la conscience tout à fait tranquille car ils obéissent à un autre système. C'est pourquoi, dans les situations complexes, seule une autorité forte et plus ou moins acceptée ou légitimée peut donner de la cohérence.

Ce qui pose souvent problème, c'est que les éleveurs mobiles n'ont pas les mêmes références que les forestiers responsables de la conservation. L'avantage d'un espace protégé bien délimité est que l'on peut avoir un règlement clair et le faire appliquer militairement. Mais s'il n'est pas accepté et légitimé par les pasteurs ou les agriculteurs, ce qui est généralement le cas en Afrique de l'Ouest, les infractions seront incessantes, et l'on assistera à des jeux au chat et à la souris sans fin.

Comment donc oeuvrer pour que les fractions d'éleveurs légitiment les règles de protection de la nature. Au fond, ne pourrait-on leur demander ?

Bernard Toutain (Cirad EMVT)

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4- Contribution de Norbert Tchouaffé - 09/12/2004

Chers collègues,
Rebondissant sur les propos de Bernard Toutain, Norbert Tchouaffé (dont la contribution en anglais est reprise ci-dessous) reconnaît la pertinence d'une approche intégrée pour l'aménagement du territoire à l'interface des aires protégées et des espaces pastoraux. Cependant, il attire notre attention d’une part sur les risques accrus de prédation du bétail par les grands carnivores et d’autre part sur le risque sanitaire à l’interface faune/bétail (nous renvoyant par là au thème 2 de cette conférence) Contrairement à cette approche intégrée, la délimitation physique de l’espace (l’approche « clôture ») garantit une plus grande sécurité au bétail…

La modératrice
Aurélie Binot

Dear colleagues,
Please find below the contribution of Norbert Tchouaffé : an integrated approach of land management leads into bigger predation and sanitary risk at wildlife/livestock interface…. The fences vouch for security of the cattle…

La modératrice
Aurélie Binot

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Dear Participants good morning,

First of all I want to thank the moderator for the setting of issue; actually I do agree with Mr Bernard Toutain in some extends, I agree the fact that we can combine both management of the pasture Lands and the protected areas but beyond this issue we should advoid to mixt wild animals like Lion with cattle I Lion and other cannibals can't stand them, furthermore the mixture can facilitate the propagation of diseases from wildlife to pastoral milieu. I think for a better management , political administration ought to creat interactive management and implement a fence to secure the cattle.

Warm regards,
Tchouaffé Norbert
NGO ACADER
Box.876 Cameroon

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5- Contribution de M. Ouedraogo - 10/12/2004

Chers participants, bonjour !
Le débat aujourd’hui est ouvert par M. Ouedraogo (Projet de Valorisation Scientifique du Ranch de Gibier de Nazinga) qui, en s’appuyant sur la contribution de B. Toutain, approfondit certains points de débat concernant le risque sanitaire, les droits des populations riveraines et les difficultés d’application de la réglementation.
Outre le conflit homme/faune (les animaux sauvages étant, à la périphérie des aires protégées, des prédateurs du bétail ou ravageurs des cultures ou encore des vecteurs de maladies), se pose le problème du conflit agriculteurs/éleveurs (parfois sanglants), car lorsque (dans le cadre d’un aménagement du territoire intégrant élevage et conservation de la faune) les agents de la conservation favorisent (directement ou indirectement) l’accès à l’espace pour les éleveurs, cela se fait souvent au détriment des communauté riveraines sédentaires autochtones.
L’implication des différentes catégories d’acteurs pour la gestion des ressources environnementales est –elle réaliste ?....et souhaitable ? … je vous laisse sans plus tarder lire la contribution de M. Ouedraogo…

La modératrice,
Aurélie Binot

Dear participants, hello!
Today, M. Ouedraogo (Scientific valorization of Nazinga game ranching project) goes deeper into the questions of sanitary risk, local populations’ rights and how difficult it is to implement regulations.
In addition to the wildlife/men conflict (cattle predation, crop waste, disease transmission), the problem of herder/farmer conflict (sometimes a bloody one!) must be taken into account because when the conservation agents promote (directly or indirectly) herders land use rights, it is often to the prejudice of autochthon farmers. In the framework of an integrated approach of land management, how to involve all types of actors, from local and decentralized to international ones, in environmental governance issues?

La Modératrice,
Aurélie Binot

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L'accès du bétail aux réserves de faune repose le problème zoo sanitaire qui a été longuement discuté au cours des débats passés. Si on fait le choix officiel de mettre ensemble la faune et le bétail, on choisit également de mettre les productions animales africaines en dehors du marché international et ce, à très long terme. En effet, on sait que les budgets alloués à la prophylaxie et aux surveillances sanitaires sont dérisoires. De nombreux exemples dont l'épidémie de peste bovine introduite en Ubangui par les buffles montrent que le gibier peut être un réservoir pour certaines maladies. A contrario, Boum et Blench (1999) signalent que la contamination de la faune par le bétail est bien plus importante que l'inverse. Dans ce contexte, certaines maladies animales restent encore peu maîtrisées en Afrique de l'Ouest.

Par ailleurs, les normes sanitaires de l' OIE ( http://www.oie.int/fr/normes/mcode/f_00013.htm ) définissent bien les sous-populations aux statuts zoo- sanitaires différents, permettant un pays de participer aux échanges internationaux. La responsabilité de briser cette barrière apparente entre faune et bétail me semble assez lourde de conséquences pour l'avenir des producteurs et des Etats. Je suggère donc que l'on recentre la réflexion vers une classification des réserves et à l'examen de leur accès par le bétail au cas par cas. Le concept de « nature sous cloche » est de plus en plus dépassé par les réalités socio-économiques. Cependant, dans la mesure où les risques sanitaires et écologiques sont loin d'être maîtrisés, le maintien de certaines zones de conservation soustraites du bétail me paraît une démarche beaucoup plus prudente sur le plan écologique.

La gestion conjointe entre faune et bétail s'avère plus rentable que celle séparée. En Afrique du sud, en Namibie et au Zimbabwé , le game-ranching est une pratique très répandue. La diversification des activités est rendue possible lorsque les deux activités sont menées ensemble. Les revenus issus du tourisme, de la chasse, de l'élevage de la grande faune ainsi que du bétail sont parfois supérieurs à ceux de l'élevage du bétail. La coexistence entre les brouteurs et les paisseurs d'une population mixte faune et bétail sur les mêmes pâturages offre un avantage écologique certain et favorise l'équilibre des communautés végétales ligneuses et herbacées. Parent (1982) signale en plus de ces avantages, que la distance de fuite des animaux sauvages est réduite dans les zones où faune et bétail coexistent.

En Afrique de l'Ouest, la gestion des aires protégées dans la majorité des pays est restée sous le contrôle de l'état avec souvent une exclusion des populations riveraines qui ne profitent guère des retombées financières. Ce qui a provoqué une réaction négative des populations. La situation actuelle au Kenya bien décrit par M. Toutain met deux forces en présence pour le contrôle des ressources naturelles. D'un côté l'Etat, et de l'autre les populations locales agriculteurs et éleveurs. L' Agence France Presse (24/06/2003) rapporte ce fait qui illustre bien la situation. «  Cette jeune femelle est le dixième lion ainsi massacré en un mois dans le parc de Naïrobi et le 49 ème depuis 1999 par les Massaï . Nous allons tuer un lion pour chaque vache tuée » menace Joseph Nenenjeu (un éleveur Massai) occupé à ramasser ce qui reste de la carcasse de son taureau (…) tué par un lion . En Afrique de l'Ouest, du moins dans certaines zones, les tirs de vengeance sur la faune sauvage suite à des dégâts sont nombreux. L'éléphant est souvent la cible des agriculteurs et beaucoup de mâles adultes sont malheureusement tombés. Le cas en pays Moba au nord Togo est rapporté par Bruner et al (2001) où une bonne partie de la faune a été exterminée avec la complicité des populations exclues de la gestion de la faune. Dans le contexte actuel de la gestion des aires protégées en Afrique de l'Ouest où les populations riveraines sont frustrées, l'ouverture des aires protégées à l'élevage extensif va reposer le problème du droit de ces communautés riveraines longtemps mis à l'écart. N'oublions pas que la plupart de ces zones déclarées propriétés de l'état pour le bien commun leur appartiennent sur le plan coutumier. Si l'on n'y prend garde dans la démarche, l'exacerbation des conflits entre autochtones et transhumants sera incontrôlable. En effet, cette disposition va créer un appel des éleveurs transhumants et leur installation autour des réserves indiquées. On peut prévoir qu'à défaut de pouvoir manifester leur mécontentement vis à vis de l'administration si le processus ne rencontre pas leur attention, ce sont les éleveurs qui seront les victimes. Ce fut d'ailleurs le cas dans de nombreux zones d'aménagements pastoraux. Dans la zone agropastorale de Sidéradougou ( Sud-Ouest du Burkina Faso) pour ne citer que celle là, les affrontements entre agriculteurs et éleveurs ont fait plusieurs morts. Contrairement à ce que l'on peut penser, ce sont les agriculteurs des zones périphériques qui seront plus concernés par un changement de statut des réserves. Une décision de cette nature s'inscrit forcément dans la ligne de leurs intérêts et de leur culture. Avons nous suffisamment réfléchi à leur éventuelle réaction. Dans les débats, cette question mérite toute notre attention.

La réglementation en question

Oui pour la réglementation, mais avons nous les garanties politiques que ces textes officiels seront appliqués. M. Toutain dans sa contribution (3) à bien rappelé la diversité des niveaux sociaux ainsi que la complexité quant à l'application des lois. La superposition des niveaux de décision n'obéissent pas forcément à une hiérarchie technique ou officielle. A ce propos, Nguinguiri (2004) a présenté une étude au symposium international (les forêts tropicaux dans le contexte des changements climatiques) tenu à Bruxelles les 8 et 9 novembre 2004. La communication intitulée  : La gouvernance des aires protégées dans le Bassin du Congo (Brazza) : principes et pratiques  » a retenu mon attention. Lauteur rappelle qu'au Congo, en dépit des appuis financiers apportés aux aires protégées, celles-ci restent dans une situation de «  sous-administration  » ou « d' ingouvernabilité  ». L'étude conclut que les normes officielles ne peuvent être appliquées directement sur le terrain sans poser des difficultés parfois insurmontables. On aboutit presque toujours à de mauvais résultats lorsque le gestionnaire tient à appliquer la réglementation officielle établie. Par contre, dans la majorité des cas, des résultats appréciables ont été obtenus par les gestionnaires capables de manipuler les normes officielles, de les dissimuler parfois en vue de les adapter au contexte social locale. Ces comportements du conservateur peuvent aller à l'encontre des objectifs poursuivis (cas de la corruption) tout comme ils peuvent produire des résultats proches des objectifs poursuivis. Les gestionnaires savent souvent très bien que les textes ne peuvent pas être appliqués à la lettre compte tenu de réalités non dites (politiques, sociales et coutumières). Je ne prétends pas que ces résultats obtenus au Congo est une réalité dans toutes les régions, mais je crois que les conclusions interpellent chacun de nous et qu'elle donne un fort éclairage dans la réglementation dont il est question ici.

Ceci pour dire que le problème n'est pas d'obtenir des textes réglementant l'exploitation des réserves par le bétail. C'est de les appliquer et surtout d'obtenir les résultats attendus. Ce pari n'est pas évident lorsqu'on considère le niveau actuel de démocratie des différents états, le niveau de décentralisation ainsi que le transfert réel de pouvoir aux communautés locales encore balbutiants .

Pour conclure, si l'ouverture des réserves au bétail est envisagée, c'est parce qu'on pense pouvoir résoudre en partie les questions de pâturages, d'abreuvement et de maladies, et éventuellement d'améliorer les conditions de vie des agriculteurs et des éleveurs. Ces objectifs doivent être couplés au maintien de l'équilibre des écosystèmes, les seuls sanctuaires de faune et de flore encore existants dans certaines zones à ressources limitées. Sommes nous certains des résultats attendus de notre démarche compte tenu des contraintes écologiques et sociales ci-dessus développées ? A bientôt.

Cordialement

M. OUEDRAOGO
Projet de Valorisation Scientifique du Ranch de Gibier de Nazinga

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6- Contribution de Ibrahim Thiaw - 14/12/2004

Chers participants,

Vous trouverez ci-dessous la contribution de Monsieur Ibrahim Thiaw (UICN, Ouagadougou) en réaction à la note morbide et délibérément provocante que j’ai fait circuler hier, à propos d’un conflit sanglant survenu entre éleveurs transhumants sédentarisés et agriculteurs sédentaires en Afrique de l’ouest fin novembre 2004. Au cœur de ce conflit qui a dramatiquement dégénéré, il y a la gestion du foncier pastoral… autour de laquelle, d’une manière très générale, les acteurs sociaux et politiques interagissent dans des rapports de force pour le contrôle de l’accès à l’espace. Ces jeux de pouvoir se déroulent à l’interface du droit coutumier et du droit étatique (voire aussi du droit musulman) … mais aussi parfois en dehors des règles sociales, quand la violence n’est plus réprimée … Effectivement, ces débordements violents sont malheureusement récurrents et il est bien évident que la question ethnique est ici complètement hors de propos, dans la mesure où l’identité des différents groupes en présence se construit essentiellement ici autour du rapport à l’espace et à ses ressources (pour assurer notamment la mobilité des troupeaux). Compte tenu de la sédentarisation récente du groupe de transhumants dont il est question ici, c’est la légitimité des éleveurs sédentarisés à utiliser l’espace à leur gré (et la reconnaissance de cette légitimité par les « ayant droit » à l’espace et aux ressources) qui est la condition de la paix sociale….

Monsieur Thiaw propose très justement de commencer par dépassionner le débat afin de poser avec pertinence les données du problème dans sa contribution.

La modératrice,

Aurélie BINOT

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Le récit envoyé par AREN et ODLH est irrésistible, tant il est vrai que l'atrocité a atteint un niveau rarement égalé. On connaît, malheureusement, des conflits récurrents et sanglants entre éleveurs et agriculteurs et ce, dans toute la région ouest africaine. Mais la précision dans les gestes qui ont eu lieu à Passè (égorger un mort pour ensuite le brûler) ne peut laisser aucun humain insensible. Mais n'épiloguons pas trop sur la qualification des faits, d'autres instances le feront un jour ou l'autre, d'une façon ou d'aune autre (par la justice, je l'espère).

Je voudrais, en prélude à mes propos, recommander qu'on évite «  d' éthnitiser  » le débat, y compris dans cette présente conférence. On parle souvent de populations Peulhs, d'éleveurs Peulh, de conflits entre Peulh et sédentaires, etc. Cette indexation d'un groupe ethnique (on ne précise pas les groupes ethniques adverses) laisse une certaine impression de singularisation, voire d'une forme de marginalisation (cela rappelle les Tsiganes ou Tziganes d'Europe, ou les Indiens des Amériques). Ce serait peut-être plus neutre de parler d'éleveurs, de pasteurs, d'agriculteurs, de sédentaires, de transhumants….D'autant plus que les Peulh ne sont pas (du tout !) les seuls éleveurs nomades ou transhumants en Afrique de l'Ouest.

Revenant au sujet proprement dit, je dirais que ces conflits sont la cause de plusieurs problèmes cumulés qui, s'ils ne sont pas examinés et traités à temps, risquent de constituer des sources majeures de tension :

  1. Le foncier : très peu d'Etats de la sous région ont pris au sérieux le problème du foncier, notamment le foncier pastoral. Il est très rare (y en a-t-il ?) qu'un espace pastoral soit délimité et attribué officiellement à une communauté pour usage exclusif d'élevage. Autant les immatriculations foncières agricoles sont fréquentes, parfois sur des superficies très importantes, autant l'aménagement du territoire sahélien ignore le principe de l'immatriculation des espaces pastoraux. Il s'y ajoute que les grands éleveurs Sahéliens pratiquent la transhumance (qui va au-delà des frontières politiques des Etats), ce qui donne l'impression –aux sédentaires- que la terre qu'ils utilisent ne peut appartenir qu'aux résidents permanents du « terroir ». Or, usagers des grands espaces, les éleveurs s'estiment avoir le droit d'utiliser les couloirs de transhumance et les espaces pastoraux que leurs parents, leurs animaux et eux-mêmes connaissent depuis de longues années. On comprend bien les risques encourus si, dans les projets dits de gestion des terroirs, ou dans les politiques de décentralisation en cours dans plusieurs pays, on ne prend en compte et valorise la dimension « transhumance ». Les espaces existants sur un « terroir » donné n'appartiennent pas qu'aux seuls « villageois » mais à l'ensemble de la communauté, y compris ceux qui ne les exploitent que de manière saisonnière et qui, pendant une période de l'année, s'éloignent du « terroir ».

    Les textes juridiques existant sont généralement laxistes, hérités d'une administration coloniale qui privilégiait l'agriculture à l'élevage. L'occupation des terres d'Afrique, à commencer par le Walo du Sénégal (laissant en lègue l'ex-Capitale de l'AOF, Saint Louis, et de grands domaines agricoles, Richard Toll ) s'étant d'abord justifiée par la recherche de terres agricoles tropicales proches de la métropole et à même de l'alimenter plus facilement que les lointaines premières contrées françaises des Antilles).


  2. L'accroissement démographique (le Sahel aurait-il le taux le plus élevé d'Afrique ?) crée le besoin d'occuper de nouvelles terres, notamment autour des points d'eau. L'agriculteur a donc tendance à occuper un terrain d'apparence sans maître, mais dont l'usage –certes saisonnier-, pour l'éleveur est sans équivoque. Ainsi, d'une année à l'autre, l'éleveur trouve sur « son chemin » des champs nouveaux qui le privent d'accès à des pâturages, voire à des points d'eau. Le conflit est inévitable, surtout quand l'autorité est affaiblie par le manque de moyens et que les textes juridiques existant ne donne aucune référence propre au magistrat.


  3. La dégradation progressive des terres (agricoles et pastorales) et l'occupation tout aussi rapide des espaces pastoraux par l'agriculture laissent quelques choix aux autorités (à tous les niveaux) des pays concernés :


    1. aménager le territoire suivant une logique de développement (au sens large) et faire respecter un plan d'occupation des sols (dressé sur une large base de consultations des communautés concernées). Les intentions exprimées dans le nouveau dispositif de décentralisation au Burkina Faso laissent un espoir d'aller dans le bon sens, si elles sont appliquées correctement.

    2. Procéder à une transformation profonde des sociétés nationales, en éliminant progressivement le secteur de l'élevage transhumant du circuit de l'économie nationale, après avoir mesuré les conséquences politiques, sociales et économiques ;

    3. laisser se généraliser des conflits de plus en plus sanglants, comme celui de Gaya , avec les risques de représailles et contre représailles que l'on pourrait craindre.

Nous savons tous que le règlement d'un dossier aussi épineux n'est pas du tout simple car il engendre des décisions politiques, mais également des changements de mentalité (s'ouvrir au dialogue et au règlement pacifique des conflits). On sait par contre que la volonté politique au niveau national est un passage obligé. Ensuite, l'aide internationale, l'assistance des ONG et de toutes les couches de la société civile.

Ibrahim Thiaw
UICN, Bureau régional pour l'Afrique de l'Ouest
Ouagadougou , Burkina Faso

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7- Contribution de Alexandre Ickowicz - 15/12/2004

Chers participants, bonjour !

La question des cadres de concertation pour la gestion rationnelle de l'espace et des ressources est approfondie dans cette contribution. En périphérie des aires d'exclusion que sont les aires protégées (Alexandre Ickowicz illustre son propos autour du parc national du Djoudj au Sénégal), l’objectif de ces cadres de concertation est de mettre en place une co-gestion des ressources : cela implique qu’au-delà du contrôle de l'accès à l'espace se construise un dispositif d'auto contrôle par les utilisateurs et les autorités locales, en association avec les conservateurs, les biologistes et les représentants du pouvoir central...

Mais cette approche "co-gestion" pourtant très valorisée sur le plan théorique par les bailleurs, les institutions du pouvoir central et les conservateurs (agents des Parcs et des projets de conservation) balbutie dans sa mise en œuvre sur le terrain... Quelle est la part de responsabilité des projets et des institutions de conservation de la nature (qui sont pourtant à l'origine les demandeurs de cette co-gestion) dans le fait que la co-gestion ne reste souvent qu’une conception abstraite ? Au-delà de la déclaration d'intention, les moyens mis en œuvre et la volonté politique pour construire ce processus de co-gestion sont-ils suffisants?

La modératrice,

Aurélie Binot

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Chers collègues bonjour,

Une courte contribution à la conférence en raison de mon statut actuel très mobile. Ayant été confronté à des débats passionnés d'acteurs concernés par une récente étude d'impact du bétail sur les ressources végétales du Parc National des Oiseaux du Djoudj au Sénégal (2001) dans le cadre d'un projet de gestion de la périphérie du Parc (DPN-GTZ), voici quelques réactions aux questions posées par notre modératrice et aux commentaires qui ont suivi :

* la coexistence entre bétail et faune sur des espaces communs pose indéniablement des questions de compétition sur les ressources, de risques sanitaires, de perturbation des niches et cycles écologiques.

* cependant, ces risques sont généralement peu quantifiés et même peu argumentés, même sur le plan qualitatif (identification des zones de risque, des saisons, etc...). Or les interactions entre bétail et faune sont évidemmment très variables dans le temps et l'espace en fonction de leurs mobilités respectives et de leurs cycles biologiques.

* les études initiées au Djoudj montraient bien le peu d'impact des troupeaux bovins exploitant (hors la loi mais tolérés) la végétation du Parc. Des études complémentaires restaient nécessaires pour aborder d'autres aspects de ces interactions (fréquentation des biotopes et biologie des oiseaux nicheurs, etc ...). Cependant elle n'ont jamais été poursuivies en raison de la réticence des conservateurs de poursuivre le financement de ces études et du manque de cadres de concertation équitables associant conservateurs, autorités locales, agropasteurs, biologistes. Pourtant, les agropasteurs sont ici coincés entre frontière, fleuve et Parc sans alternative pour l'alimentation de leur troupeaux (ce qui explique cette tolérence hors la loi). Le dossier fut clos faute de pouvoir présenter des arguments complets.

* la maîtrise de ces interactions demanderait évidemment des efforts des uns et des autres. Autoriser des troupeaux à fréquenter ces espaces de conservation demanderait un contrôle mais aussi un autocontrôle. Effort des autorités pour y mettre des moyens. Efforts des éleveurs pour s'organiser collectivement, accepter des mesures telles que l'identification des animaux.

* Pour arriver à de tels accords, il est indispensable que les conservateurs et autres autorités comprennent les contraintes des pasteurs (mobilité, utilisation des ressources, gestion des risques,...), que les pasteurs comprennent les préoccupation des autorités (risques sanitaires, conservation de la biodiversité, tourisme). Les efforts doivent donc porter sur la formation de tous les acteurs, puis sur la création de cadres de concertation destinés à établir des plans de gestion véritablement participatifs. L'intégration de tous les acteurs et leur "intéressement" à la gestion de ces espaces et de ces ressources seront alors possibles pour contribuer à une gestion durable, pacifique et socialisée de biens publics.

Alexandre Ickowicz
Vétérinaire Pastoraliste
Cirad-Emvt

Dr Alexandre ICKOWICZ
Vétérinaire Pastoraliste
CIRAD-Emvt (Programme Ecosystèmes Naturels et Pastoraux)
GIS "POLE PASTORAL ZONES SECHES" (CIRAD-CSE-ENEA-ISRA-UCAD)
BP 5037 Campus de Baillarguet
34398 Montpellier cedex 05
France
http://www.ssi.sn/ppzs/

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8- Contribution de HD Klein -04/01/2005

Chers participants,
Henri Dominique Klein nous propose ici de partager une réflexion sur les enjeux qui sont associés à la mise en valeur des terroirs agropastoraux, à travers une analyse du sinistre cas du conflit de Passè. A travers la compétition pour la valorisation des résidus de culture, il identifie des enjeux de production (les résidus de culture constituant une part importante de l'alimentation des troupeaux), qui déclenchent directement, lorsque la pression foncière devient trop importante, des jeux de pouvoir pour le contrôle
de l'accès à l'espace. Les bouleversements des dynamiques socioéconomiques (sédentarisation des éleveurs, pression démographique...) induit un déséquilibre dans des rapports de production autour desquels, il y a encore 10 ans, les différents acteurs sociopolitiques avaient réussi à construire un cadre de concertation.
La situation qui est décrite ici illustre bien les tensions que l'on observe en périphérie d'aire protégée, c'est-à-dire dans des zones où toute une partie du territoire étant classée en zone de conservation, la surface des espaces de production est limitée et les tensions y sont d'autant plus aiguës que les dynamiques socioéconomiques sont en pleine évolution, en raison notamment de l'existence de ces zones d'exclusion...

La modératrice,
Aurélie Binot

Dear participants,
Henri Dominique Klein proposes to discuss about stakes that are linked with rangeland exploitation, in reference to the Passè dramatic incident. Through competition for agricultural residues, he identifies production stakes (this agricultural residues are very important in cattle feeding), that induces power relations for the territory’s control, particularly when there is pressure on the land. Modifications in the socioeconomics dynamics (herder’s settlement, demographic pressure…) disturbs the balance in the production relationships and destroy the past negotiations framework. It is the same in protected areas periphery, where part of the territory is classified as an exclusion zones, what is increasing tensions and pressure in the socioeconomics relationships….

La modératrice,
Aurélie Binot

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Je précise d'entrée que je ne suis pas spécialiste des aires protégées et que je vais avoir tendance à rester en marge du cadre de cette conférence, pour m'en tenir au domaine de l'élevage bovin et aborder plus particulièrement une ressource qui ne concerne pas la faune sauvage, mais qui me semble au cœur du drame de Passé, à savoir les résidus de culture.

Le « prétexte » donné par les agriculteurs, à savoir « le retour prématuré des éleveurs de Passè sur leur site et la libération (ouverture) de leurs propres champs à leurs animaux sans attendre la date du 31 décembre « convenue » pour cette libération », comme éléments explicatifs de la tension et de la tuerie qui s'en est suivie, est très intéressant et mérite effectivement d'être analysé.

1) Il est intéressant de constater d'abord l'importance des résidus de culture dans l'alimentation des bovins dans cette région ; ayant fait une mission (* cf. références bibliographiques) dans toute la région (administrative) de Dosso pour le compte du PADER (Projet d'Appui au Développement Rural du département de Dosso) en septembre 2002, j'ai été amené à évaluer très grossièrement pour le département de Gaya :

• la part des résidus de culture dans l'alimentation des bovins, à un peu plus de 70 % de la biomasse totale et à près de 80 % de la biomasse consommable produite dans le département, le reste étant apporté par les parcours (pâturages naturels, jachères, friches, etc.) ; il faut toutefois noter que les sous produits n'ont pas été pris en compte dans ce calcul, faute de données disponibles.

• le taux de couverture des besoins en fourrage pour les animaux recensés dans le département a été évalué à 66 % ; ce chiffre paraît conforme à ce qui a été observé dans le département, où plus de la moitié des animaux transhument à l'extérieur de la région en deuxième moitié de saison sèche.

Ces chiffres sont évidemment à prendre avec beaucoup de précautions, compte tenu du peu de précisions sur l'évaluation des effectifs et des ressources fourragères (c'est le moins que l'on puisse dire), sans parler de la mobilité des troupeaux, mais ils sont malgré tout révélateurs d'une tendance forte. A terme cette avancée des résidus de culture risque de poser de sérieux problèmes aux grands éleveurs (transhumants ou non), si on considère qu'un peu partout les agriculteurs s'approprient petit à petit les résidus de culture, et à la faune sauvage, qui à priori ne peut pas prétendre à ce type de ressources.

En plus de la tension « classique » sur la ressource fourragère « naturelle » il faut bien voir que les résidus de récolte relèvent d'un statut « particulier » dans la mesure où ils sont produits individuellement, mais que leur utilisation peut être à la fois individuelle et collective dans le cadre de la vaine pâture ; dans la plupart des régions (y compris celle du drame) une négociation a lieue entre les autorités locales et les éleveurs transhumants pour fixer une date d'ouverture des champs pour la consommation des résidus de récolte (dans ce cas précis le 31 décembre 2004) ; il s'agit d'un sujet extrêmement sensible chez les agriculteurs qui ont tendance à ressentir la pression exercée par les éleveurs comme une agression et qui surtout souhaitent de plus en plus conserver leurs résidus de culture pour leurs animaux, mais qui n'ont pas le temps de les récolter et de les transporter dans leurs « sarés ».

La pratique courante chez les éleveurs « traditionnels sédentarisés », qui consiste à faire pâturer ses propres résidus de récolte bien avant la date d'ouverture officielle des champs, doit être considérée par les représentants des communautés d'agriculteurs, comme une perte d'autorité sur un territoire sur lequel ils « considèrent disposer d'un pouvoir de contrôle exclusif ». De plus on imagine facilement qu'il est difficile localement de trouver une situation d'équilibre entre des agriculteurs qui ont peu d'animaux et qui produisent beaucoup de refus et des éleveurs sédentaires qui possèdent beaucoup plus d'animaux et qui produisent relativement moins de résidus, et plus encore des éleveurs transhumants qui n'en produisent pas du tout, et qui en consommenténormément.

2) Pour élargir le débat et sortir des résidus de culture, il est certain que des tensions permanentes existent dans cette région entre les différentes communautés et que les mesures d'apaisement prises en 1993 au cours du « Forum Régional de Birni Ngaouré » sont malheureusement totalement dépassées ; à l'époque les différentes parties concernées de la région de Dosso avaient recensées 118 aires de pâture exclusives, reconnues par tous (agriculteurs et éleveurs), mais pour la plupart ni balisées ni même localisées avec précision sur une carte ; ces aires réservées à l'élevage (appelées dans le PV enclaves pastorales) subissent un grignotage incessant du fait des mises en culture et une dégradation dramatique (disparition de la plupart des graminées appétées) du fait d'un surpâturage chronique ; elles sont rentrées dans une spirale de dégradation, avec toujours plus d'animaux sur des ressources et des surfaces de plus en plus réduites ; cette situation ne peut pas durer et est la cause de ces tensions, avec comme corollaire le développement d'un esprit d'intolérance (pour ne pas dire plus) de part et d'autre.

Les solutions pour remédier à cet état de fait sont dans l'ensemble connues, mais difficiles à mettre en œuvre ; il faut dans l'ordre :

  1. préserver la vocation pastorale des espaces pastoraux en (i) délimitant et balisant ces aires, (ii) en leur attribuant un statut juridique et (iii)surtout en faisant respecter ce statut, ce qui n'est pas le cas actuellement ; la plupart des représentants des communautés d'agriculteurs sont hostiles à une attribution à une communauté d'éleveurs, qui signifierait pour eux un abandon des droits sur des terres situées dans la limite de leur terroir.


  2. améliorer la disponibilité en eau pour le bétail,


  3. améliorer la gestion des pâturages, mais l'absence d'une attribution claire à une communauté pastorale complique considérablement une situation déjà difficile ; les « comités de gestion de terroir » mis en place dans cette région par les projets (PGRN, FIDA, PADEL, PADER) interviennent essentiellement sur les terroirs villageois (pas sur les aires de parcours) et ont souvent des difficultés à survivre aux projets qui les ont aidé à se mettre en place


  4. améliorer la productivité des pâturages, (i) sur les parcours par éradication des mauvaises herbes ou enrichissement de la flore, à condition de bien maîtriser la gestion et (ii) sur les soles de culture par la mise en place de soles fourragères, mais là aussi le droit de vaine pâture rend difficile cette mesure.

Pour l'instant il faut bien reconnaître que les exemples d'intervention sont tous ponctuels dans la région, (ou dans des régions similaires) et le plus souvent difficilement pérénnisables (durables).

Voilà quelques réflexions valables pour de grandes zones de savanes en Afrique Occidentale et Centrale, mais limitées aux systèmes pastoraux et agropastoraux ; je n'ai aucunes expériences concernant les aires protégées, mais force est de constater qu'il existe beaucoup de points communs dans nos approches : décentralisation, autorités coutumières, co-gestion des ressources, intervention des projets, intégration des éleveurs aux actions de conservation, aires pastorales, mises en œuvre délicates, etc.

Klein Henri Dominique, Chercheur sur les Agro - Ecosystèmes Fourragers et Pâturés des régions chaudes, CIRAD-EMVT- PPA / GREFO / base de Montpellier / Campus International de Baillarguet

* référence bibliographique : Klein H-D., Bagoudou M., mai 2003. Etudes agrostologiques, sociologiques et sur les pathologies aviaires. Aspects agrostologiques. Rapport final, Niger, Dosso, PADER - Projet d'appui au développement rural du département de Dosso. France, Clichy 92115, Sofreco, 59 p. + annexes, Français

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9- Contribution de Norbert Tchouaffé - 04/01/2005

Chers participants,
Ci-dessous un complément d'information à la contribution d'Ibrahim Thiaw, de la part de Norbert Tchouaffé : la
dynamique de sédentarisation dans laquelle sont engagées les populations nomades dans les zones sahéliennes est
en relation directe avec les différentes sécheresses qui ont sévit dans cette région depuis plus de 30 ans. Selon lui,
la cause des conflits réside essentiellement dans l'accessibilité aux ressources en eau et particulièrement dans les
processus d'appropriation des ressources en eau à travers la construction de barrages et de puits.

La compétiton entre la faune et le bétail s'articule notamment, dans les zones arides et semi-arides, autour de l'accès
aux points d'eau. Cette question parait donc être un enjeu capital des processus de négociation pour la gestion des
espaces périphériques aux aires protégées. Les modalités de gestion des ressources en eau entre sédentaires et
nomades peuvent elles être intégrées telles quelles aux cadres de concertation qui réunissent utilisateurs des
ressources et agents de la conservation?

La modératrice,
Aurélie Binot

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Dear Participants,

I am quite agree with Mr Ibrahim Thiaw , furthermore Mauritania , Mali and Niger are countries in transition from nomadic lifestyle to sedentary life in small small villages and towns.In most of this countries repetition droughts in the mid 60s,70s, and 80s decimated the herds of livestock and force the people to settle in small villages where they could find water . I think To advoid conflict amongst farmers and sheperds we have to go beyond the symptoms which was discribed and tackle the main causes which is water and others . Tso sum up my purpose , we have to lay emphasis on the water issues in the mentioned area and prescribe some appropriate solutions like building dams and wells ... etc. Warm regards, Tchouaffé Norbert

Acader ( NGO)
Box.876 yaounde , Cameroon

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10- Contribution de Arnaud Convers - 04/01/2005

Chers participants,
Vous trouverez ci-dessous la riche contribution de Arnaud Convers, qui recentre le débat sur les zones périphériques d'aires protégées à travers l'expérience du programme régional ECOPAS (parc régional W du Niger). Ce programme transfrontalier a appuyé un processus de concertation entre les éleveurs qui transhument dans la zone du parc régional et les autorités légales des trois pays concernés par la gestion de cette aire protégée....avant de penser à "élevage et aires protégées", il faut envisager d'abord "élevage et zones périphériques". Je vous laisse à la lecture de cette expérience passionnante!

La modératrice,
Aurélie Binot

Dear participants,
Please find below Arnaud Convers contribution, who focuses the debate on protected areas peripheries through program ECOPAS example (Niger regional Park). This transboundary program supported a negotiation process between herders transhuming around the park and the state authorities of the 3 countries that are concerned by this protected area’s management… before thinking of “ livestock and protected areas”, we have to think of “livestock and peripheral zones”.

La modératrice,
Aurélie Binot

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J'ai pris le temps de lire les différentes contributions qui ont été amenées par l'ouverture du dernier thème de la conférence LEAD : « espace pastoraux et aires protégées : du jeu politique aux enjeux de la conservation de la faune ». Elles sont chacune riches en enseignements mais démontrent surtout une chose très importante lorsqu'on tente d'aborder une telle thématique. Le sort d'une aire protégée est directement corrélé avec l'avenir de la périphérie qui l'entoure. Cet ensemble forme là aussi un système complexe et tenter de mettre à jour l'un de ses éléments, l'un de ses processus, l'une de ses relations revient à tirer le fil long et méandreux d'un contexte qui ne peut se contenter d'une approche superficielle.

Ainsi au départ de ce dernier thème de la conférence LEAD, ce sont les relations directes et parfois difficiles entre aires protégées et pratiques pastorales qui ont été discutées puis peu à peu le débat a glissé vers l'intégration laborieuse entre éleveurs et agriculteurs dans le cadre d'un aménagement du territoire. Certains pourraient penser que le sujet animé par Aurélie Binot serait flou et ne percevraient pas forcément les liens entre les différentes contributions. Pour ma part, j'estime que des premières contributions de Monsieur Bernard Toutain à la dernière de Monsieur Ibrahim Thiaw, le débat a suivi au contraire une véritable logique dans la manière d'appréhender la problématique très vaste de l'élevage/environnement. Je pense en effet qu'avant de se lancer dans une démarche et un raisonnement pour trouver des solutions afin de faire cohabiter élevage et aires protégées, la priorité reste d'établir les bases saines d'une coexistence durable entre éleveurs et agriculteurs à la périphérie de ces parcs ou réserves et de façons plus générale d'assurer une co-gestion des ressources naturelles entre tous les acteurs concernés. Je précise comme certains peuvent déjà le constater que mon expérience de l'élevage transhumant et des aires protégées se borne à la zone géographique de l'Afrique de l'Ouest…

A la question, pourquoi la plupart des aires protégées d'Afrique de l'Ouest sont-elles soumises à l'exploitation illégale de l'élevagetranshumant ou riverain ? Je pense que de nombreuses études ont déjà été réalisées à ce propos pour mettre à jour d'importants diagnostics clairs et fouillés. Ils présentent quasiment tous les mêmes explications à savoir d'un côté la réduction et la dégradation des terres de parcours sur les zones périphériques et de l'autre la richesse des ressources pastorales (eau et fourrages) dans les zones protégées. Les causes de cette saturation de l'espace dans les zones non réglementées sont connues et les pistes pour amorcer des solutions durables ont là aussi été décrites. Il manque alors souvent une véritable volonté politique à tous les niveaux (local, national et régional) pour lancer les solides mesures pouvant améliorer le sort de la gestion des ressources naturelles en périphérie des aires protégées et de manière plus large dans toutes les zones non réglementées des pays d'Afrique de l'Ouest. Comme cela a déjà pu être dit dans les précédentes contributions, le problème majeur reste la reconnaissance d'un code pastoral pouvant amener l'accès au foncier par l'élevage et plus seulement par la mise en culture des terres.

Certains pays, qui ont une réelle tradition pastorale pesant encore un poids important dans leur balance commerciale et dans leurs différentes élections, tentent de faire émerger du « monde agricole ambiant » les droits des éleveurs (cf. Secrétariat permanent du Code Rural au Niger). Plusieurs projets de conservation/développement essaient aussi de suivre cette voie. Le Programme Parc W-ECOPAS, (« Conservation et utilisation rationnelle des Aires protégées Contiguës du Bénin, du Burkina Faso, du Niger et de leurs zones d'influence »), soutenu par la Communauté européenne depuis janvier 2001 pour une durée de cinq ans, a pu ainsi participer à l'amélioration des conditions de l'élevage transhumant en périphérie du Complexe WAPO [Réserve transfrontalière de Biosphère MAB-UNESCO du W (Bénin, Burkina Faso, Niger), Réserve Totale de Faune de l'Arly (Burkina), Parc National de la Pendjari (Bénin) et Réserve de l'Oti Mondouri (Togo)].

L'exploitation illégale par les éleveurs transhumants des ressources naturelles de ces aires protégées avait été identifiée dès le premier CTS (Comité technique de suivi) du Programme ECOPAS comme la contrainte majeure à l'atteinte des objectifs de conservation de la biodiversité. Dès lors, un plan de recherche associé au fur et à mesure à une mise en œuvre opérationnelle a été initié par la Coordination scientifique du dit programme pour tenter de trouver des solutions réalistes et acceptables qui concilieraient préservation des ressources naturelles et besoins des éleveurs tout en atténuant les situations conflictuelles entre les différents acteurs concernés (agriculteurs, éleveurs, forestiers). On peut alors résumer la démarche entreprise selon trois étapes :

• Tout au long des deux premières années du programme, un diagnostic a été réalisé par des missions d'expertise, des thèses et des stages diplômants afin de connaître au mieux le contexte de la transhumance, notamment au niveau de ses pratiques (légales et illégales), de ses flux (estimation quantitative jamais facile à entreprendre), de son emprise géographique (jusqu'où peut s'étendre en matière de pratiques pastorales l'influence d'une aire protégée, en l'occurrence ici le Parc Régional du W) et des controverses (bien souvent sources de conflits) qu'elle peut susciter auprès des populations sédentaires et des services de l'Etat.

• Cet état des lieux devait ensuite être valorisé dans un processus de concertation entre les différentes parties. Des ateliers nationaux sur les problématiques de la transhumance ont donc été organisés dans une logique participative par chacune des trois composantes nationales du Programme ECOPAS (Bénin, Burkina, Niger), suivis d'une synthèse régionale tenue à Niamey en mai 2003. L'objectif de ces ateliers de concertation était donc la création d'une plate-forme de négociation pour la gestion des conflits, au sein de laquelle les acteurs sont impliqués dans la recherche d'un consensus, autour de thèmes comme ceux de la localisation des zones à aménager, ou de la définition des règles d'accès aux espaces et d'usage des ressources. La présentation de divers scénarios en présence de tous les types d'acteurs [(i) légitimes : chefs coutumiers (village, canton), représentants des éleveurs (rougas, garsos), représentants des agriculteurs, associations traditionnelles, et (ii) légaux : service de l'élevage, de l'agriculture, de l'environnement, des eaux et forêts, mais aussi les différents projets et ONG intervenant dans la zone], ont permis de confronter d'une part les différents types de structures qui régissent l'accès à l'espace et aux ressources naturelles et d'autre part, les différents types d'agents qui les exploitent. Cette initiative du Programme ECOPAS a permis de dégager une stratégie s'articulant ainsi autour de trois grands points : les aspects politiques et réglementaires, la mobilité et l'accès à la ressource et enfin le renforcement des capacités des acteurs de la transhumance.

• Une fois l'accord fait à la base, il restait donc de le soumettre à l'approbation des hautes instances décisionnaires des trois pays concernés. Le 26 février 2004, s'est tenue à Cotonou en République du Bénin, la première réunion extraordinaire du Conseil d'Orientation du Programme Régional Parc W- ECOPAS sous la présidence du Secrétaire d'Etat chargé de l'Environnement et de la Lutte contre la Désertification de la République du Niger et du Commissaire chargé du développement rural de l'UEMOA, entourés de huit ministres représentant les gouvernements des trois pays concernés ainsi qu'un représentant du Togo, et de tous les acteurs de la négociation en cours depuis 2002. Sur la base des travaux scientifiques et des ateliers nationaux et régionaux réalisés les années précédentes, cette réunion interministérielle a permis d'élaborer des mesures urgentes en rapport avec (i) les pistes et les couloirs de transhumance (ii) et la mise en œuvre d'une stratégie IEC (Information, Education, Communication) au profit des acteurs de la transhumance.

Ainsi au terme de ce processus, des solutions concrètes ont été apportées pour parvenir à diminuer la pression pastorale dans les aires protégées et pour sécuriser la mobilité et les activités d'élevage en périphérie :

- l'officialisation et aménagement de certains axes de transhumance traditionnels qui se sont révélés stratégiques au cours des recherches et ateliers initiés par ECOPAS, notamment un axe qui a la particularité de traverser le complexe d'aires protégées (couloir de Kondio-Kérémou) nécessitant de fait des mesures appropriées (aménagements d'aires de repos et renforcement des postes forestiers existants),

- l'implication des associations d'éleveurs dans les actions de sensibilisation/information en vue du retrait des troupeaux transhumants au sein même du Parc Régional du W,

- la sensibilisation/information à l'endroit des acteurs (notamment forestiers, douaniers, agents de l'élevage, etc.) en vue de supprimer certaines tracasseries pour les éleveurs au niveau des frontières,

- la matérialisation des aires protégées et de leur zone tampon afin de connaître les limites à ne pas franchir,

- la collecte et popularisation (traductions en langues locales) des textes communautaires et nationaux relatifs à la transhumance et aux aires protégées à l'endroit de l'ensemble des acteurs concernés (éleveurs, agriculteurs, forestiers, agents de l'élevage, etc.).

J'ai essayé au cours de cette contribution de ne pas rentrer trop dans les détails d'un contexte et d'une démarche pouvant pour ceux qui le désirent être consultés dans leur totalité à travers un article co-écrit par Aurélie Binot, Dominique Dulieu et moi-même. Je pense que sa version définitive sera disponible sur le site LEAD dans quelques temps.

En guise de conclusion, je pense qu'il est en effet primordial d'intégrer les représentants des éleveurs transhumants dans les politiques de gestion des ressources naturelles (du local au régional en passant par le national). Afin que personne ne soit laissé pour compte et soit tenté de basculer vers l'illégalité, il faut surtout faciliter les rencontres et les dialogues entre les différents utilisateurs de l'espace à la périphérie d'une aire protégée. Cette dernière est en effet soumise à de multiples pressions, chaque catégorie d'acteurs ayant sa propre logique, ses propres intérêts pour assurer au final la continuité légitime de son propre mode de vie. Personne n'est en droit de dire quel est le plus acceptable, d'autant plus lorsque les pratiques discutées sont ancrées dans de profondes traditions. Toutefois, il est normal de réfléchir à la coexistence de ces différentes activités afin que chacune puisse se maintenir dans le respect de l'autre. Cela fait toujours très utopiste de dire ce genre de choses… mais il est évident pour être plus concret que de manière générale les pratiques agricoles ont toujours été plus favorisées que les pratiques pastorales en Afrique de l'Ouest. Finalement dans un tout autre monde, cela aurait pu être le contraire mais les massacres d'éleveurs comme le dernier en date à proximité de Gaya et la traque incessante des forestiers du Parc National W du Bénin vis-à-vis des transhumants « hors la loi » nous montrent qu'actuellement les efforts des politiques et des projets de conservation/développement doivent converger vers une intégration réelle et rapide de l'élevage extensif dans l'aménagement du territoire des pays concernés par de tels problèmes.

Merci de votre attention (pour ceux qui ont lu jusqu'au bout !)

Arnaud CONVERS
Doctorant en Géographie
Programme Parc W-ECOPAS/CIRAD EMVT

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