Thème n° 1
Valeurs et Valorisation des ressources
de la biodiversité : Quel Bilan?
Quelles perspectives pour les éleveurs?

Synthèse des débats par Vincent Castel






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Introduction

Le premier thème de la conférence électronique posait, au travers de son document introduction, trois questions principales sur les quels les participants (450 enregistrés) étaient invités à réagir. La première question portait sur l'impact économique des efforts de valorisation de la biodiversité auprès des populations locales et des éleveurs en particulier, et sur la pérennité, économique entre autres, des actions entreprises. La seconde question portait sur la notion de valeur et sur les déterminants de l'attribution d'une valeur (économique ou autre) à ces ressources dans la logique propre des éleveurs et selon leurs critères de hiérarchisation. La troisième question portait quant à elle sur la nécessité de reconsidérer l'approche des actions entreprises auprès des populations locales et des éleveurs en particulier.

Afin d'apporter des éléments de réponses à ces questions une quarantaine de contributions ont été envoyées par des intervenants variés tant du point de vue professionnel que géographique. Les débats ne se sont pas focalisés sur les éleveurs mais ont largement dépassé ce cadre. Les ressources issues de la biodiversité ont été principalement abordées par les participants en terme de ressources fauniques. Au final les discussions se sont orientées autour de trois axes principaux qui sont retranscrits au sein de ce document. Le premier axe des débats a porté sur les valeurs de la biodiversité. Cependant plus que la valeur économique de la biodiversité les intervenants ont surtout débattu sur le fait que le moteur économique est l'un des principaux facteurs de la dégradation des ressources naturelles. La valeur économique de la biodiversité n'a au final été que peut abordée. Ceci traduit peut-être encore le manque de données concrètes sur ce sujet dans les pays en développement. Le second axe des débats a porté sur les actions de valorisation des ressources issues de la biodiversité. Beaucoup de participants restent sceptiques vis-à-vis des résultats des projets de valorisation de ces ressources par les éleveurs. Ils ont proposé des explications pour en comprendre les raisons, et ont suggéré des alternatives à partir d'expériences testées dans d'autres régions du monde. Pour finir, de manière plus diffuse, mais en directe relation avec le document introductif, les participants ont réfléchi sur la place de l'élevage dans la valorisation et la préservation des ressources de la biodiversité.

A) Quelles sont les valeurs de la biodiversité ?

La notion de valeurs de la biodiversité et la place qu'occupe ou que doit occuper l'économie au sein de celles-ci, ont été longuement débattues au cours de la conférence. Comme nous le rappellent Bernard Toutain et S. Etotepe dans leurs interventions, la notion de valeur, même si elle est à l'heure actuelle bien trop souvent synonyme de valeur économique, est une notion abstraite faisant référence à la représentation d'une entité selon des échelles de critères qui peuvent être économiques, sociaux, ethniques, spirituelles… Il est donc évidemment nécessaire lorsque l'on parle de valeurs de la biodiversité de prendre en compte, en autres, l'aspect social et culturel que ces ressources jouent. A titre d'exemple Urbain Belemsobgo nous rappelle que la faune est, pour les éleveurs, l'une des sources d'information principale sur la disponibilité de la ressource au travers des schémas de migration saisonnière et les renseigne sur la présence de zones humides ou sur la présence des hôtes définitifs ou intermédiaires de parasites. Ces aspects sont cependant, selon lui, difficilement quantifiables en termes économiques.

Les valeurs attribuées à la biodiversité sont de plus très différentes selon les acteurs interrogés (tels que les agriculteurs, les touristes, les décideurs, ou les membres d'une organisation non gouvernementale) qui ont leur propre perception d'une même ressource. On peut ainsi présenter de façon simplifiée que le touriste se sentira ou ne se sentira pas concerné par la disparition d'un prédateur selon qu'il ait le désir ou non d'aller un jour le voir, alors que l'éleveur pourra les percevoir, lui, comme une menace qu'il faudra combattre pour la protection de son bétail. Ainsi comme nous le rappelle Hubert N'djafa Ouaga la perception des acteurs locaux est d'autant plus malmenée lorsque ces mêmes acteurs manquent d'espaces de chasses, de terres agricoles, ou de pâturages. Il en découle logiquement que dans la plus part des pays d'africain on ne peut que difficilement parler de filière ou de processus économique vis-à-vis d'une ressource mais plutôt de prélèvements nécessaires pour pouvoir subvenir aux besoins alimentaires. Pour Jonas Djenontin la perception de la valeur d'une ressource naturelle varie non seulement selon les acteurs mais aussi selon la position géographique où on l'évalue. En effet les diverses zones géographiques ont des histoires écologiques différentes qui influencent la perception des acteurs locaux qui peuvent se trouver dans une zone d'abondance ou de pénurie d'une même ressource. Notre conception « occidentale » actuelle de la nature est une notion relativement récente dans notre culture, et les acteurs des pays développés ne la partagent pas ou ne peuvent simplement pas se permettre de la partager.

Selon Bernard Toutain la réalisation d'une étude des fondements des opinions des différents acteurs semble nécessaire pour rouvrir le débat et partager l'ensemble des points de vue. Miser sur le changement de l'opinion et de la perception de chacun est une vision à long terme et peut changer en l'espace d'une génération. Comment reconstruire à présent la perception des populations locales vis-à-vis d'une réalité qui s'est métamorphosée au cours des dernières décennies. De la même façon comment faire prendre conscience aux écologistes de certaines réalités de terrain vécues par les populations locales ? Cependant comme le souligne Léonard Ouedraogo cette étude si elle n'est pas exhaustive ne fournirait que des opinions dans un contexte environnemental et socio-économique précis et ne serait, pour lui, que d'une portée limitée dans l'analyse de la problématique de la conservation.

Plus que de la valeur économique de la biodiversité et sans négliger les aspects sociaux et culturels que celle-ci revêt, les intervenants ont surtout insisté sur le fait que le moteur économique est l'un des principaux facteurs de la dégradation des ressources naturelles et de la biodiversité en particulier.

Selon Leonard Ouedraogo les concepts économiques dépassent les frontières culturelles et s'imposeront aux plus faibles et particulièrement ceux accoutumés à vivre selon un mode de vie traditionnel. Lorsque les agriculteurs développent de nouvelles parcelles de culture au sein des aires protégées ou dans les diverses concessions, ils ne font que répondre à des exigences économiques que nous ne pouvons pas ignorer. De manière identique, comme nous le présente Marie Noël De Visscher, les conflits entre développement et conservation, dans les zones arides et semi-arides d'Afrique de l'Ouest, reposent clairement sur une logique économique qui se traduit en termes d'amélioration de la productivité et de la production et en termes de sécurisation des revenus. Le point clef au sein de ces conflits réside dans le partage d'un espace de production entre les différents acteurs. S'affrontent ici deux logiques : une logique de production exacerbée par ses enjeux économiques (souvent individuels) et par la pression démographique croissante face à une logique de conservation de biens publics que sont la faune sauvage et son habitat. Cependant si les éleveurs se voient contraints de faire pâturer les animaux dans les parcs nationaux (cas du parc du W), c'est que la pression agricole est telle que les espaces de pâture deviennent insuffisants. Cependant les agriculteurs pour des raisons de sécurité financière décident généralement d'épargner dans le bétail au risque d'accroître encore plus la charge animale dans la périphérie du parc. De la même manière c'est pour s'assurer des revenus complémentaires que les éleveurs se sont lancés dans la culture du berbéré dans la périphérie du Parc National de Zakouma (Tchad) réduisant ainsi l'habitat en saison des pluies de la grande faune.

La valeur économique de la biodiversité évaluée au travers de sa valorisation est abordée au travers des interventions de David Edderai, Papa Alassane Diop, Linda Rieux qui nous ont présenté l'importance des facteurs économiques dans les filières « viande de brousse » en Afrique centrale et en Afrique de l'Ouest. Il est clair que ces filières jouent encore un grand rôle dans la sécurité alimentaire des populations locales dans de nombreux pays. Comme nous l'indique Papa Alassane Diop, 50 à 70 % de la viande consommée, dans les pays d'Afrique Centrale, est de la viande de gibier. En Afrique de l'Ouest à la limite du Parc National du Niokolo Koba dans le département de Kédougou, 83% des ménages et 89% des individus vivent en dessous du seuil de pauvreté. Le braconnage représente pour eux un des seuls moyens de subsistance qui leur permet de plus de dégager des revenus complémentaires. Le produit du braconnage s'élèverait à 31 tonnes par an (autoconsommées ou vendues) soit 11 % de la consommation nationale en viande, son prix serait de 3,600 FCFA par kilogramme sur le marché noir au Sénégal. La valeur économique de ces produits dans les centres urbains représente donc une part non négligeable du Produit intérieur brut (PIB) en Afrique Centrale.

La filière viande de brousse reposerait en grande partie sur une logique monétaire. Et c'est parce qu'à présent cette filière se structure selon une logique commerciale qu'elle représente aujourd'hui une menace pour la pérennité de la ressource. Ce ne serait plus nécessairement la sûreté alimentaire ou son rôle social qui régulerait la pression sur cette ressource mais le niveau de demande des populations citadines sur une ressource qui leur était jusqu'à lors inaccessible. Sur le site de l'étude menée par Linda Rieu en République Centrafricaine l'analyse des déterminants du choix de la viande de brousse par rapport aux viandes d'élevage classiques confirme le fait que l'un des déterminants principaux soit le prix et non pas l'aspect culturel joué par les aliments. Le revenu des familles joue un donc un rôle important dans sa consommation et dans son remplacement par des protéines alternatives. Les sociétés d'exploitation forestière jouent un grand rôle dans l'organisation de cette filière. L'installation de la société d'exploitation forestière, sur le site d'étude de Linda Rieu, a provoqué des changements majeurs dans la structuration de la filière viande de brousse. La chasse réalisée traditionnellement par les villageois pour leur subsistance est devenue une activité lucrative mise en oeuvre sur des superficies de plus en plus grandes et à l'aide d'outils de plus en plus perfectionnés. Le désenclavement de la région suite à l'installation de la société a aussi transformé la zone en un bassin d'approvisionnement en viande de brousse pour les grandes villes. Les sociétés d'exploitation favorisent même dans certain cas ces pratiques en facilitant le transport des chasseurs et des armes vers les chantiers, ou en facilitant le transport du gibier vers les centres urbain. En Afrique de l'Ouest où le gibier est devenu rare, la viande de brousse est souvent deux fois plus chère que celle des animaux de production domestique. Comme le souligne Bernard Toutain, l'attribution d'une valeur économique à une espèce est une arme à double tranchant qui peut tout aussi bien attirer l'attention du public sur une situation critique ou exacerber les convoitises sans respect pour l'avenir de cette espèce.

La valeur économique de la biodiversité transparaît aussi dans les interventions de Guy Appolinaire Mensah et Leonard Ouedraogo, sur les élevages non conventionnels. Ainsi au Burkina une étude de Marché sur Ouagadougou a donné les résultats suivants: la demande est de 55 tonnes de viande d'aulacode par an avec 58 points de vente. Hors avec la capacité de production initial de 0,6 à 1 tonne de viande par an (15 à 20 animaux de 6kg), un producteur n'est capable que d'assurer 25% de la demande d'un seul de points de vente. Avec un prix de vente de 2500 FCFA au kg, le solde annuel d'une exploitation est de 1 307 000 FCFA par an. Ce revenu est équivalent au revenu d'un fonctionnaire burkinabé de Catégorie A de la fonction publique (Cadre supérieur). Cependant l'activité est faiblement soutenu politiquement et les éleveurs ont beaucoup de mal à se procurer des géniteurs. La filière a du mal à se développer. Au Bénin l'aulacaudiculture permet aux éleveurs de dégager des revenus importants. En effet un petit producteur génère 500.000 FCFA en termes de chiffre d'affaire annuel dont l'encaissement s'étale sur toute l'année alors que le revenu annuel moyen d'un petit paysan est de 30.000 FCFA encaissé généralement en une seule fois. Ce chiffre d'affaire est atteint après trois années d'exploitation et les charges d'exploitation ne dépassent pas 25 % du chiffre d'affaires.

Vis-à-vis des revenus générés, pour Leonard Ouedraogo, la question de l'appropriation de ces bénéfices et des activités se pose clairement. Comment peut- on effectuer un partage équitable des revenus générés lorsqu'une ressource est commune ?

Cependant ces valeurs économiques ne sont la traduction que d'un usage direct de la biodiversité, les intervenants n'ayant pas abordé en termes économiques les autres valeurs que celle-ci revêtait.

Pour conclure Leonard Ouedraogo replace, quant à lui, l'appréciation des valeurs économiques de la biodiversité dans une optique « projet ». Selon lui si les financements s'effectuent sur des durées trop courtes et ne permettent pas d'aboutir à des objectifs durables, la valorisation économique du surplus de productivité des écosystèmes devrait servir à financer la conservation de la matière première. Les bailleurs de fonds ne financeront pas éternellement et de manière continue les programmes de conservation. Si l'on désire assurer la continuité entre les actions de développement - conservation et maintenir les écosystèmes préservés en état, il est alors nécessaire de se concentrer sur le pôle économique de la problématique.

B) Bilan des actions de valorisation des ressources de la biodiversité.

Il clair selon Sedrati M'hamed que l'interdiction de l'accès de certains espaces aux paysans pauvres sans proposer d'alternatives est voué à l'échec car on les pousse soit à l'exil soit à enfreindre la loi. Comme le mentionne David Edderai le facteur déterminant dans la gestion des ressources naturelles reste le fait que les populations doivent subvenir à leur besoins. De fait lorsque ces besoins ne sont pas satisfaits et qu'aucune autre alternative ne leur est proposée, il est logique que la population exerce une pression sur la faune qui ne peut aller qu'en s'aggravant si l'on considère la croissance démographique de ces pays. Comme nous le rappelle Philippe Chardonnet il ne faut pas réduire le débat à l'opposition entre ceux qui sont pour et ceux qui sont contre l'utilisation durable de la faune sauvage car cette vision nous ramène au clivage obsolète entre conservation et développement. Il est en effet nécessaire de conjuguer les entrées biologiques et sociales, si l'on veut prendre en compte les intérêts des différents acteurs.

Plusieurs intervenants ont cependant conclu que les initiatives de valorisation des ressources naturelles n'ont été que peu couronnées de succès. Quelques explications sont proposées afin d'en comprendre les raisons.

Pour Daniel Cornelis, la promotion d'actions permettant, tout en protégeant les ressources naturelles, de générer des bénéfices au profit direct des populations locales est souvent handicapée par plusieurs facteurs. Selon lui qu'il s'agisse de faune ou de toute autre ressource, il est difficile de constituer des unités des gestion sans (ré) appropriation (légale, coutumière, ...) d'un terroir par les populations locales. Dans la plupart des pays africains les terres sont d'un point de vue historique (principalement issu de l'époque coloniale) des propriétés domaniales, cependant dans les faits, la terre et les ressources naturelles sont « res nullius ». De plus le contexte légal est généralement obsolète.

La durée des projets « classiques » de développement et/ou de conservation est quant à elle trop courte (3 ans). Pour Daniel Cornelis, il n'est pas réaliste d'imaginer pouvoir convertir localement un système de production en un autre moins préjudiciable à la biodiversité (écotourisme) sur des pas de temps si courts.

S. Etotepe insiste sur le fait que le tourisme dans les pays de l'Afrique de l'ouest mérite d'être développé car il permettrait aux populations locales de profiter de véritables retombées économiques. Cependant pour plusieurs intervenants, les populations locales ne peuvent souvent pas s'insérer professionnellement au sein des activités liées au tourisme qui pourraient leur être proposées par manque de formation. Trois exemples ont ainsi été présentés : le développement du tourisme au Sénégal (par Diop Gaye), la valorisation des ressources fauniques au Burkina (par Leonard Ouedraogo), et le développement de la chasse touristique au Sénégal (par Papa Alassane Diop) :

  • Au Sénégal, l'état et les investisseurs privés, s'arrogeraient la plus grande partie des bénéfices du secteur touristique (80 % environ). Le tourisme balnéaire reste ainsi sous le contrôle des investisseurs privés. Initialement exonérés de taxes et érigés sur des terres retirées aux populations, les complexes touristiques balnéaires devaient contribuer au développement économique de la zone. Cependant les principaux investisseurs étant étrangers, les capitaux générés par ce secteur ont tendance à être rapatriés. De plus les populations locales ne sont pas suffisamment formées pour répondre aux offres d'emplois : les bouchers ne découpent pas la viande selon les standards européens et ne produisent pas de charcuterie, les pêcheurs locaux ne peuvent pas fournir les bonnes espèces de poisson, les jeunes ne sont pas formés à l'hôtellerie et ne peuvent postuler qu'aux postes de gardien. Paradoxalement ces sociétés qui devaient contribuer à la création d'emplois locaux vont s'approvisionner en France sans nécessairement chercher à Dakar une main d'œuvre qui pourrait être disponible.

  • Le Burkina compte une douzaine d'opérateurs privés qui gèrent des concessions de zones de chasse. Leur chiffre d'affaire moyen avoisine les 705.000.000 FCFA. L'association des structures privées dans la gestion des ressources fauniques au Burkina s'amorce à partir de 1984 et est renforcée en 1996 avec la formation d'un partenariat entre l'état, le secteur privé et les populations locales. Cette réorganisation fut marquée par le regroupement des aire fauniques en grands ensembles écologiques appelés Unité de Conservation de la Faune (UCF), la diversification des formes d'exploitation de la faune (chasse, tourisme, élevage ex-situ), la professionnalisation des acteurs : création de métier de concessionnaires de zones de chasse, de guides… Cependant l'implication des populations locales est limitée par le manque cruel de formation. Les guides de chasse doivent ainsi, selon le code du Burkina Faso, être des « professionnel agréés » (Art 132) et réussir « avec succès les épreuves d'un examen » (Art 134). Cependant les structures chargées de leur formation sont encore inexistantes. La majorité des revenus tirés de cette exploitation sont donc partagés entre ces opérateurs et l'état burkinabé, tandis que les communautés rurales n'en perçoivent qu'une très faible partie. La population rurale se sent alors dépossédée de son terroir et subit les dégâts agricoles liés à la faune sans percevoir pour autant de compensation significative. Dans le même ordre d'idée, Khamada Baye se demande comment peut être perçu par les éleveurs, la venue de privilégiés étrangers qui chassent voire pillent une ressource qui leur est interdite.

  • Pour Papa Alassane Diop, beaucoup de pays africains auraient le potentiel faunique suffisant pour assurer une exploitation de façon durable de cette ressource. Ainsi au Sénégal en 2003, 2724 chasseurs ont été enregistrés dont 2386 touristes. 115.316 pièces de gibier ont été abattues dont 4232 pièces de gibier d'eau, 111.084 pièces de petits gibiers, et 21 pièces de grand gibier. La commercialisation de la viande de brousse (même issue de la chasse patentée) est interdite. Cependant son prix sur le marché noir est de 3600 FCFA le kilogramme. 29 tonnes de viande sont produites par saison de chasse qui sont soit consommées par les chasseurs soit offertes aux populations. Cependant plusieurs obstacles limitent le développement de cette activité et l'implication des populations locales : le manque de cadre en matière d'aménagement faunique, l'insuffisance de la formation des populations, ou le manque de mesures d'accompagnement (élevage de petits gibiers, pintades par exemple). Papa Alassane Diop insiste aussi sur le fait que la législation est souvent inadéquate pour permettre le développement de ce type d'activités.

Cependant pour les participants, ces actions doivent s'inscrire sur la durée. Ainsi Amar Bouzenoune nous cite l'exemple de nombreuses initiatives qui ont été menées en Algérie. Il nous cite par exemple le développement de micro entreprises spécialisées dans la zone limitrophe du parc de Chréa (Algérie) telles que la cueillette du fruit du caroubier (Ceratonia siliqua), le développement de l'apiculture, la revalorisation de l'artisanat (fromage blanc, …) et le développement du tourisme thermal et de l'écotourisme. Cependant ces actions de développement sont longues (10 ans) mais les résultats commencent à apparaître. Selon lui, un grand effort doit être mené sur la vulgarisation des techniques agricoles, forestières ou d'élevage. Diop Gaye nous présente le développement du tourisme local au Sénégal. On a pu ainsi noter depuis les années 80 dans certaines régions du Sénégal le développement du tourisme culturel ou de découverte. Les populations locales se sont ainsi organisées pour développer avec des moyens locaux une infrastructure hôtelière attractive (case et comité local de gestion du tourisme). Les populations locales profitent ainsi de manière significative du développement du tourisme dans leur terroir ce qui favorise la protection locale de l'environnement. Ce tourisme rural intégré semble être plus équitable et plus pérenne que les formes d'exploitation touristique plus classique. De plus depuis quelques années certains acteurs (artisans et guides locaux voire non locaux) s'organisent en syndicat d'initiative du tourisme et s'imposent comme interlocuteurs privilégiés vis-à-vis de l'état et du secteur privé. Cette structuration a l'avantage d'encadrer l'activité. Elle exclut cependant les plus petits et les nouveaux acteurs souvent moins bien organisés.

Des alternatives ou des pistes de réflexion ont été proposées pour permettre aux populations locales de mieux bénéficier d'un point de vue économique des retombées économiques de la biodiversité.

Selon Mauricio Rosales, les programmes qui permettent aux populations de bénéficier de ces retombées économiques se décomposent en deux catégories :

  • ceux qui développent et assurent le fonctionnement initial de structures qui permettent aux acteurs de capter cette valeur économique ;

  • ceux qui mettent en place un système de paiement direct qui dédommage les acteurs locaux pour les services environnementaux qu'ils rendent.

Pour Tchouaffe Norbert, l'angle d'approche du paiement pour les services environnementaux est intéressant car il aborde à la fois la lutte contre la pauvreté et la conservation de la biodiversité. Cependant comment un tel mécanisme peut-il être mis en œuvre au sein de terres collectives où la perception de la conservation de la biodiversité en tant qu'externalité est sûrement encore plus forte et où les services environnementaux rendus sont encore plus difficilement observables ? De plus la pérennité d'un tel mécanisme semble difficile en Afrique, les revenus issus des parcs nationaux pourraient-ils alimenter leur fonctionnement ?

Parmi les actions rentrant dans la première catégorie décrite par Mauricio Rosales, le problème ne peut, selon Marie Noël De Visscher, se gérer par de petites actions ponctuelles en périphérie des aires protégées et il est donc nécessaire de trouver des options permettant de modifier l'exploitation de cet espace de production et de conservation afin d'améliorer durablement le niveau de vie des éleveurs tout en assurant la survie des espèces.

Marie Noël De Visscher nous propose ainsi deux pistes de réflexion :

  • En Afrique Australe le développement des « conservancies » repose sur une logique économique puisqu'elles ont démontré que le marché de la faune sauvage était dans cette région et sur certains types d'exploitation plus rentable et à moindre risque. Il serait donc intéressant, selon elle, d'étudier les moteurs économiques des choix et des aspirations des éleveurs afin d'en dégager des propositions permettant de faire évoluer le mode d'exploitation de l'espace, notamment en Afrique de l'Ouest. Cette idée est soutenue dans l'intervention de Léonard Ouedraogo.

  • Au delà des contraintes réglementaires ne faudrait-il pas explorer la possibilité de faire de l'élevage rentable dans un espace de conservation, malgré le risque de conflits entre prédateurs et bétail qui s'impose ?

Dans le même ordre d'idée que les « conservancies », le développement d'élevage « intensifs » non conventionnels a été maintes fois cité comme une alternative prometteuse, cette idée sera développée plus en avant dans le prochain paragraphe.

La sensibilisation des acteurs locaux a souvent été présentée au cours de la conférence comme fondamentale. Pour Kakpo Comlan Marcel, les actions de valorisation des ressources naturelles ne peuvent être bénéfiques que si les principaux acteurs sont sensibilisés sur les problèmes actuels de leur milieu. Il est de plus important de ne pas focaliser l'attention des populations locales sur d'éventuelles retombées économiques. Selon Hubert N'djafa Ouaga le faible niveau d'éducation ne permet pas aux populations locales de comprendre ni l'importance que représente la biodiversité, ni le fonctionnement de l'économie mondiale. Pour illustrer cette idée Oussou Lio Appolinaire a présenté le travail de l'ONG Grabe-Benin qui forme des jeunes volontaires à la sauvegarde et à la protection de l'environnement et de la biodiversité. Cette formation vise à développer localement une prise de conscience vis-à-vis des problèmes environnementaux. L'organisation leur apprend ainsi des notions de conservation in situ et d'agriculture durable. Par la suite les jeunes transmettent ces nouvelles connaissances à leur entourage et continuent l'action de sensibilisation. L'organisation projette d'étendre leurs actions de sensibilisation aux chefs de villages en particulier dans le cadre de la protection des forêts sacrées et aux écoles au travers de la création de jardins d'éducation. Selon Leonard Ouedraogo il est de plus important de changer d'approche afin de mieux faire comprendre l'action des chercheurs et des différentes institutions. En effet un agriculteur ou un éleveur ne cherchera pas à mettre en œuvre une technique à laquelle il ne croit pas. Assurer la pérennité de nos actions passe en partie par le dialogue avec les producteurs pour les aider à formuler leurs problèmes pour éviter l'approche descendante (« top-down ») obsolète. Amar Bouzenoune et Appolinaire Oussou Lio, dans ce sens insiste sur le fait que le savoir faire local n'a pas été assez pris en considération dans le processus de développement local et qu'il faut encourager la transmission des techniques traditionnelles qui permettent la conservation des ressources et l'éducation environnementale des jeunes grâce à l'implication des chefs traditionnels et de la population.

Hubert N'djafa Ouaga et Khamada Baye re-soulignent l'importance qu'il y a à déléguer aux autorités locales un pouvoir décisionnel sur la gestion des ressources naturelles pour qu'ils puissent en bénéficier pleinement. Linda Rieu propose dans son étude de déléguer aux autorités locales le contrôle de l'accès aux territoires de chasse. Cette action pourrait permettre de réduire les prélèvements intensifs effectués à l'heure actuelle par les chasseurs des centres urbains. Ce type d'action est déjà mis en œuvre en Afrique de l'Est. En Tanzanie par exemple, le gouvernement crée des zones de gestion de la faune (« Wildlife Management Areas ») au sein desquelles les populations peuvent bénéficier pleinement des ressources naturelles et d'activités associées (tourisme de vision, chasse).

Pour finir, Kakpo Comlan Marcel nous rappelle que la croissance démographique associée à l'extension des zones cultivées amène dans de nombreuses zones à une réduction des aires de pâturage. Cette réduction favorise les conflits entre éleveurs et faune sauvage. Selon lui les plans d'aménagement du territoire pourraient permettre de réduire les compétitions pour les ressources et donc favoriser une meilleur valorisation de la biodiversité face à cette situation de compétition. Ils permettent en effet d'intégrer les préoccupations de tous les acteurs et utilisateurs des ressources de ces différents écosystèmes et parfois à un niveau régional. Il cite l'exemple, du Bénin et du Niger où la mise en œuvre de plans d'aménagement participatifs dans les forêts classées de Pénessoulou, de Toui-Kilibo, et dans les parcs nationaux de la Pendjari et du W donne de premiers résultats encourageants. Cependant Urbain Belemsobgo se demande s'il faut et si l'on peut avoir une vision purement cadastrale des espaces ressources en délimitant les zones d'habitation, les zones de production agro-pastorale et les zones de conservation.

C) Quelle peut être la place de l'élevage dans la valorisation et la préservation des ressources de la biodiversité ?

Comme nous le rappelle Kakpo Comlan Marcel, la biodiversité a été valorisée, depuis des siècles, par les éleveurs. Il est donc nécessaire de les intégrer au processus d'évaluation si l'on cherche à connaître la valeur de la biodiversité. Cependant pour ce qui de la valorisation des ressources naturelles par les éleveurs plusieurs intervenants restent septiques vis-à-vis du développement d'activités économiques alternatives issues de la faune (telles que le tourisme ou la chasse) pour apaiser les tensions entre élevage et conservation. Pour Marie Noël De Visscher, les actions de valorisation des ressources naturelles, actuellement mises en œuvre, peuvent fournir des revenus complémentaires à un individu ou pour le fonctionnement d'un bien collectif. Cependant celles-ci ne ciblent généralement pas les éleveurs et en particulier les éleveurs mobiles, qui sont en général peu intégrés aux populations sédentaires à la périphérie des parcs. De plus si les résultats avec les populations riveraines sont actuellement peu satisfaisants, il semble peu probable qu'il soit possible de les mettre en œuvre de manière efficace au près des éleveurs mobiles. Il semble donc nécessaire de développer des mécanismes qui leur permettraient de profiter du partage des bénéfices.

Le rôle de l'élevage dans la préservation et de la valorisation des ressources de la biodiversité a été abordé sous un angle différent de la question initiale posée par la conférence, à savoir l'amélioration du niveau de vie des éleveurs par la valorisation de ressources naturelles. En effet plusieurs intervenants ont présenté le rôle du développement de l'élevage pour soulager la pression exercée par les populations sur l'environnement et sur la faune sauvage en particulier. Ces activités se décomposent en deux catégories : le développement d'élevages non conventionnels et le développement de la production et de l'approvisionnement en viande d'élevages classiques.

Guy Appolinaire Mensah et Ouedraogo Leonard nous présentent le développement de l'élevage non conventionnel au Bénin et au Burkina Faso. Selon eux les projets d'élevage de gibier ne sont généralement pas rentables dans les premières années mais sont, au contraire, très déficitaires. Cependant ils débouchent sur des actions de développement qui sont économiquement durable comme l'on déjà prouvé nombre de projets financés par les agences de développement internationales. L'avenir de la faune résiderait-elle dans son exploitation ?

La viande de brousse est très prisée au Burkina tant en milieu rural qu'en milieu urbain où elle est appréciée pour sa saveur et est souvent considérée comme un produit de luxe. Cette viande représente toujours une part non négligeable de l'alimentation protéinique Burkinabé. Cependant cette forte demande, associée au fait que la chasse légale soit de courte durée, encourage le braconnage qui met en danger les populations sauvages. Dans le contexte actuel, la diminution de la pression de braconnage par l'utilisation de méthodes répressives semble illusoire, la preuve en est que les différents restaurants sont toujours approvisionnés en viande de brousse même en dehors des saisons de chasse. Une solution alternative consiste à augmenter l'offre de cette viande de brousse afin de répondre à la demande au moyen de système de production (semi-) intensif des animaux sauvages actuellement chassés. Cette alternative en diminuant le prix de la viande de brousse diminuera l'incitation au braconnage et diminuera de facto la pression sur les populations sauvages.

L'aulacode (Thryonomys swinderianus) est une espèce qui a été très fortement chassée. Son élevage permettait donc de conserver l'espèce tout en assurant un revenu aux populations locales au travers du développement de petites exploitations agricoles. Dans la sous régions le nombre d'élevages est estimé à 800 avec un cheptel estimé à 25.000 têtes.

Le processus de développement de l'élevage d'aulacodes s'est effectué en trois phases: 1) Recherches et développement à partir d'un cheptel d'aulacodes capturés, étude des références zootechniques et économiques ; 2) Transfert de la technologie 3) Vulgarisation de l'élevage.

L'élevage constitue la première source de revenus dans le monde rural burkinabé. Il représente 34 % des revenus monétaires des agro-pasteurs, contre 14% pour l'agriculture. L'élevage de l'aulacode trouve donc toute sa place dans un processus de consolidation des revenus liés à l'élevage. Tout en contribuant à la protection de la faune, l'élevage de l'aulacode permet de fournir au éleveur un revenu substantiel. Comme indiqué dans le premier chapitre l'élevage d'aulacodes permet aux éleveurs de dégager d'importants revenus : le solde annuelle d'une exploitation au Burkina est équivalent au revenu d'un fonctionnaire Burkinabé de Catégorie A de la fonction publique..

Cependant comme semble l'indiquer le message de Zougou Tovignon, l'élevage d'aulacodes et notamment son alimentation semble relever d'une certaine technicité et un soutien aux populations est nécessaire si l'on veut assurer le développement de la filière.

L'aulacaudiculture représente donc un mode de conservation ex-situ de la biodiversité. Elle contribue de plus à une réduction de la pression de chasse sur l'espèce sauvage et participe à la protection de l'environnement grâce à la réduction des feux de brousses utilisés traditionnellement pour sa chasse. De même certains projets de reconversion de pêcheur à l'aulacaudiculture ont permis de réduire la pression de pêche sur des plans d'eau très appauvris, et de favoriser leur rempoissonnement. Cependant pour Djenontin Jonas, malgré l'intérêt présenté par les populations locales pour ce type de projet, la motivation politique, tant sur un plan national qu'international, reste faible.

En afrique de l'Est et du Sud des fermes d'élevage d'animaux sauvages permettent d'approvisionner les populations. Le Burkina Faso a décidé pour répondre à ce besoin croissant de créer le Ranch de Gibier de Nazinga afin de valoriser un potentiel déjà existant. Cependant peu d'expériences de ce type ont été présentées par les participants.

Comme nous le présente David Edderai dans sa seconde intervention, face à la surexploitation des ressources fauniques, la promotion des viandes alternatives issues des élevages classiques est essentielle non seulement pour la protection des ressources fauniques mais aussi dans le but d'assurer la sûreté et la sécurité alimentaire.

Plusieurs études ont déjà démontré la préférence des populations, même rurales, vis-à-vis des viandes domestiques. La viande de brousse présente en effet de trop nombreuses contraintes : temps passé à la chasse, pénibilité, risque sanitaire. Le frein principal de la généralisation de la consommation de la viande d'élevage classique repose sur son prix encore trop élevé et sa trop faible disponibilité. Contrairement à beaucoup d'idées reçues, le principal frein au développement des unités d'élevage industriel au Congo n'est pas d'ordre technique, les résultats zootechniques de certaines unités de production le démontrent. Le premier frein relève de l'état des infrastructures du pays. Les routes sont généralement délabrées et les producteurs ne peuvent exporter correctement leurs animaux (coûts de transport élevé, mortalité élevée lors du transport) et ne peuvent importer facilement les intrants nécessaires à leurs unités de production (mortalité importante s'il y a une absence d'intrants vétérinaires). Le second tient du fait que les unités de production intensive locale ne peuvent produire à des coûts compétitifs face à l'importation de viandes subventionnées des pays du Nord. Cependant le prix de la viande reste, assez logiquement, le facteur déterminant de l'achat. Sans internalisation des externalités, le prix de la viande de brousse reste moins cher que la viande d'élevage même au sein des métropoles. Cependant les enjeux ne sont pas les mêmes. Au sein des métropoles la consommation de la viande de brousse ne représentant que 4% des plats à base de viande ou de poisson, elle ne constitue pas un enjeu en terme de sécurité alimentaire. De plus les espèces les plus appréciées sont plus chères et sont fréquemment considérées comme des produits de luxe.

David Edderai, Cheumani Noudjieu Charlotte et Linda Rieu concluent tous les trois que l'approvisionnement des chantiers forestiers en viande d'élevages est envisageable voire nécessaire. Les villes forestières sont des unités temporaires qui peuvent épuiser très rapidement les ressources fauniques si aucun approvisionnement n'est effectué. Les logiques de développement local ne peuvent répondre à ces besoins soudains, générés par des populations temporaires et allochtones. Des enquêtes dans les foyers de Pokola au Nord Congo ont ainsi clairement démontré la diminution de la consommation de gibier lorsque la consommation de viande domestique augmente. Cependant l'ensemble des viandes alternatives onéreuses (boeuf et poissons) semble en effet très prisé mais les villageois ne peuvent les produire ou les acheter sans une aide extérieure. Le développement de la pisciculture semble être une autre option.

Conclusion

Au final, cette conférence soulève plus de questions qu'elle n'apporte de réponses. Il semble clair pour les participants que le facteur économique est l'un des principaux moteurs de la dégradation des ressources naturelles. Cependant les alternatives proposées, à l'heure actuelle, aux différents acteurs (en particulier les éleveurs) pour dégager des revenus alternatifs tout en limitant l'impact sur l'environnement ne semblent pas convaincre tout le monde. Les participants s'accordent à dire que la valeur de la biodiversité est inestimable tant d'un point de vue social qu'économique (entre autres), cependant les mécanismes permettant aux populations locales de bénéficier d'un point de vue économique des ressources naturelles de façon durable sont soit inexistants soit peu mis en œuvre. Des alternatives déjà testées soit à petite échelle en Afrique de l'Ouest (tel que l'élevage d'aulacode) ou à plus grande échelle en Afrique du Sud et de l'Est (conservancies par exemple) semblent prometteuses. Cependant quelle sera leur applicabilité en Afrique de l'Ouest où les contextes législatifs, sociaux, environnementaux sont parfois radicalement différents. Et surtout dans un espace en pleine mutation y aura-t-il une place pour les actuels éleveurs lors du partage des bénéfices issus de cette ressource ?

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