CONFERENCE ELECTRONIQUE LEAD (INITIATIVE ELEVAGE, ENVIRONNEMENT ET DEVELOPPEMENT) " PASTORALISME: EVOLUTION DU CONTROLE ET DE LA GESTION DE L'ESPACE " Sujet 4: " Perception et gestion des risques par les pasteurs: comment améliorer les conceptions et les interventions d'aide?" Résumé/ synthèse des discussions du 10 au 31 janvier 2003 Modératrice : Véronique Ancey --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- " Perception et gestion des risques par les pasteurs : comment améliorer la conception et les interventions d'aide ? " Véronique Ancey Le thème des risques pastoraux a suscité pendant trois semaines 40 communications de 18 participants après le texte d’introduction, à raison d’une à 10 interventions par personne (367 inscrits début janvier). Après deux semaines de stabilité (15 communications par semaine les deux premières semaines) le rythme des interventions a ralenti à 9 communications la troisième semaine. Le texte d’introduction était orienté vers les systèmes d’information destinés à prévenir les risques et aider aux prises de décision politiques. En réalité, le débat s’est nettement écarté de cette perspective : les pasteurs et les politiques ont été les principaux objets du débat. Le fonctionnement de la conférence électronique se prête mal à une progression linéaire du débat. Plusieurs dialogues croisés se sont engagés, à propos des systèmes publics d’indemnisation, d’un projet de développement, des différences de politiques pastorales au nord et au sud du Sahara, du risque en économie, (8 réactions explicites à des communications précédentes). Mais la majorité des communications portait sur un aspect ou l’autre, trouvant l’occasion d’exprimer des expériences ou un point de vue personnels. C’est ce qui explique la forme de cette synthèse : elle présente l’essentiel des arguments, datés et signés pour être retrouvés sur le site avec la totalité des interventions. Les risques ont été évoqués de plusieurs manières : a) Les conceptions et les gestions du risque sont nombreuses ; beaucoup d’exemples au nord et au sud du Sahara illustrent la richesse des pratiques pastorales et les initiatives de politique et d’aide ; b) au delà de la mobilité qui reste le principal recours pastoral face aux risques, il y a des contrastes au sein des régions, entre les systèmes pastoraux, les groupes et les classes de populations ; c) la précarisation s’accroît : les pratiques ne compensent pas tous les risques, les politiques sont accusées d’accumuler lacunes, faiblesses, travers ; d) la sécurisation du pastoralisme dépend à divers degrés des débouchés économiques, de la représentation politique des pasteurs, de la réhabilitation écologique, sociale de ce mode de vie. 1) PENSER ET AGIR FACE AU RISQUE · DES MANIERES DIFFERENTES DE CONCEVOIR LE RISQUE Les risques courus par les sociétés pastorales sont connus dans leurs grands traits, Gousseff (21/01) en dresse une liste après les premiers échanges : climatiques, sanitaires, fonciers, politiques, économiques. Face à cette liste, les propositions de la recherche pour le développement s’expriment parfois en sériant de grands thèmes : (Bellefontaine , 30/01) 1/ sur les terres arides non concurrencées par les agriculteurs et l'irrigation : * maintenir et renforcer le pastoralisme * mieux déchiffrer et connaître les savoirs traditionnels * soutenir les éleveurs les plus pauvres * avancer à petits pas dans la modernité avec des Etats forts : subvention des frais de transport, de coopératives céréalières, d'usines d'aliments pour bétail * l'information-formation 2/ sur les terres agricoles ou revendiquées comme telles : * faire évoluer les mentalités des divers acteurs * identifier les différents usages des ressources partagées par divers groupes sociaux. * prévoir des plans d'aménagement du territoire, négociés, * amorcer le dialogue et la négociation avant toute action d'envergure (notamment la modification des codes de l'élevage, code forestier, ...), * confier le système de décision local à des éleveurs élus * redynamiser la possibilité d'échanges entre éleveurs et agriculteurs (lait, fumier contre fourrages par ex.) * éventuellement et plus rarement dédommager les agriculteurs (Hammel) si la perte est occasionnelle et due aux troupeaux transhumants, * reconsidérer la notion de "mise en valeur" qui ne favorise dans le droit foncier que les agriculteurs (L. Boutinot 17/01) * réduire les risques par une meilleure communication, formation de certains cadres. Autrement, on peut aussi (Kamil 24/01) représenter la vie des pasteurs non en termes de probabilité d’un risque et de stratégies compensatoires, mais comme une manière de penser et d’agir profondément travaillée par l’expérience d’un milieu difficile : l’expression « penser et agir jdoub » correspond à cette représentation du monde : « Pour les éleveurs Ouled Khawa au Maroc, jdoub était plus proche de la notion du risque - qui est pensé et agi - que de la sécheresse même si la racine jdb veut dire sécheresse. Les éleveurs parlent de jdoub comme étant une période difficile : tnaqerna we jdoub, nous avons croisé jdoub, mna men jdoub, Untel a échappé à jdoub, etc. Kamil évoque (17/01) un risque quotidien qu'ils connaissent parfaitement : les chevreaux qui crèvent d'une maladie inconnue, le fils-berger qui égare la moitié du troupeau, la crue (...) Cette façon de concevoir les risques, plus proche de la réalité vécue par les pasteurs, serait aussi plus efficace pour programmer des actions d’appui au pastoralisme : Ferry (14/01)« Il ne s'agit plus de raisonner en pensant la sécheresse comme un risque. Lui donner ce caractère probabiliste (dont on ne sait d'ailleurs rien) c'est ne pas prendre la question à bras le corps et c'est réagir trop tard comme cela a été le cas à chaque fois. » Bourbouze (22/01) : Depuis 1995 au Maroc, « on s'achemine(lentement) vers l'idée que la sécheresse est structurelle, donc qu'il faut préparer de façon organique les "plans d'aide". · LE RISQUE ECONOMIQUE A côté du risque climatique, le risque économique a été abondamment cité (Hammel, Abeiderrahmane, Bedrani, Ferry…) Dès les sessions précédentes : Hammel 29/11 « La faiblesse face au marché est plus dangereuse que la vulnérabilité à la sécheresse. Les mécanismes de solidarité ethnique le compensent en partie (habbanae wodaabe, en Mauritanie hobse et Mniha). Au passage il explique que le prestige ne repose pas sur la taille du troupeau, (ce qu’affirment les préjugés habituels) mais sur la sécurité qui en découle, en l’absence d’autre garantie. Il y revient en détail (20/01) et introduit la notion de seuil de viabilité, un indicateur utile pour anticiper les risques. « Le système, et donc les familles de pasteurs doivent pouvoir disposer de marge de manoeuvre économique et stratégique. Pour cela, leur économie doit pouvoir être relativement saine au moment de la crise. Cela signifie que les familles vivent avec un cheptel suffisant, en dessus du seuil de viabilité. Il faut savoir qu'au Niger, la moyenne de la possession de bétail des pasteurs purs du département de Zinder est de 1,7 UBTs par personne, alors que le seuil de viabilité est établi à 3, 8 UBT par Maliki, et 3 UBT par la FAO. Dans le Nord Dakoro, j'ai trouvé 1,9 UBTs par personne. Cela signifie que toute ces familles ne pourront en aucun cas traverser une nouvelle crise, un nouvel épisode sec du type 84-85. Pour le traverser, elle doivent pouvoir se permettre une mortalité de 20 ou 30 % dans leur cheptel, elles doivent pouvoir scinder le troupeau pour maximiser les chances.....elles doivent pouvoir vendre pour se nourrir en attendant le retour des conditions plus favorables. - Nous avons vu en début de conférence, comment les termes d'échanges céréales-bétail compromettent chaque année leurs efforts. - Il faut mentionner aussi les pertes inutiles lorsque les troupeaux sont fortement amendés et mis en fourrière pour des dégâts aux champs qui sont parfois illusoires. - Le coût exorbitant des soins vétérinaires ajoutés aux frais de déplacements qui rendent toute intervention hors de prix et rarement envisagée par les éleveurs. Donc un surcoût pour des éléments vitaux du système de production. Le charbon symptomatique à lui seul cause déjà des pertes importantes en nombre. - L'absence totale de complément alimentaire de coût raisonnable. La graine de coton, même à 5 000 cfa le sac ne sert strictement à rien en cas de déficit fourrager. Des éleveurs se ruinent parfois en pure perte avec cette illusion. Mais qu’en disent les économistes (Kamil) ? le sujet est peu traité ; en tous cas l’approche économique des risques par les inégalités de degré et de nature des préférences et des besoins, développée par A. Sen, convient mieux à ces problèmes que l’approche néoclassique standard (Ancey 20/01). · RISQUE POLITIQUE : (Kamil 13/01) Les Regaybat, grands chameliers du Sahara, et dont le territoire s’étendait entre le Maroc, l’Algérie et la Mauritanie ne peuvent plus pratiquer l’élevage comme avant. Le trab regaybat est éclaté entre les trois Etats à la suite d’un conflit qui dure depuis presque trente ans. · MUTATIONS SOCIALES Autre échelle, autre pas de temps, les sociétés pastorales traversent des perturbations sociales d’ampleur, parfois induites de façon imprévue par des projets (Kamil 14/01) : - appropriation des terres au Maroc oriental, - stabulation et arboriculture au moyen Atlas avec périmètres clôturés qui désorganisent les mouvements - en zone saharienne de Missour, destruction des parcours On retrouve la manifestation de relations anciennes entre les Etats et les sociétés pastorales (cf un n° de Politique africaine « Etat et sociétés nomades ») : les Etats ont cherché régulièrement à moderniser en liquidant le statut collectif des terrains et niant ou supprimant la mobilité. Longue réflexion de Kamil (17/01) : le système international de l’aide reproduit les dépendances financières, politiques et intellectuelles qui le fondent ; dans le cas du risque pastoral, les bailleurs financent des travaux qui forgent des définitions du risque à leur idée ; les vecteurs de l’aide et de la coopération reflètent des intérêts spécifiques et reproduisent les relations de dépendance. · ORIENTATIONS DES INTERVENTIONS D’AIDE, PROJETS Ferry souligne la nécessité d’une préparation constante politique à l’action, ciblée sur les éleveurs vulnérables (14/01) « Raisonner en considérant que la prochaine saison des pluies 2003, comme celle de chacune des années à venir, va être désastreuse et qu'il faut dès à présent se préparer pour cela change complètement les perspectives et les dynamiques. Un tel changement de perspective n'est possible que quand on focalise la réflexion sur les petits éleveurs, quand on sait qu'une prochaine sécheresse sérieuse non anticipée équivaudrait très probablement à grossir le flot des miséreux des bidonvilles périphériques urbains. Les interventions de prévention et d’aide ciblent souvent la prévention des crises. Ferry (25/11) Des jardins oasiens de résistance à la sécheresse (JORES), sont expérimentés dans le piémont sud-ouest de l’Aïr nigérien pour diversifier les ressources, produire du fourrage et sauver le noyau du troupeau en cas de sécheresse ; comme ils comportent des innovations (techniques agropastorales, jardinage), ils nécessitent un encadrement fort. Certaines approches concernent la sécurisation des conditions de vie. Djimraou (17/01) coordonne un projet pastoral Niger oriental à Diffa, (1500 km à l'est de Niamey la capitale à la frontière avec le Tchad et le Nigeria). "Projet de Sécurisation des Conditions de Vie des Ménages pastoraux de la région de Diffa" auprès des des pasteurs peul fulbe, peul wodaabe, peul bororo, toubou daza, toubou teda, arabe mohamid, arabe awlad slimane, arabe choua, et arabe magharba. Il introduit la notion de « système de vie » : un ensemble dynamique de combinaisons entre des stratégies et des ressources de base en vue de réaliser des objectifs d'alimentation, de revenus ou d'économie, de santé-nutrition, d'accès à une bonne eau, de participation sociale, d'habitat, de sécurité. Mise au point de systèmes communautaires d'alerte précoce et de réponse aux urgences (scap-ru). Hall (20/01) expose les principes d’organisation d’un projet de gestion des parcours par rotation de parcelles, pour atténuer les risques au niveau d’une communauté et améliorer les interventions d’aide en appuyant des stratégies (faciliter l’organisation de la communauté, œuvrer avec les institutions extérieures, ne pas intervenir systématiquement, allouer en période critique de l’aide en nature aux «plus méritants»)… Des modules pédagogiques ont été élaborés pour renforcer les capacités des pasteurs. Un débat s’engage avec plusieurs intervenants qui avaient critiqué les effets constatés localement de ce projet (exclusion, accaparement des terres) (Hammel 16/01), (César, session précédente) ou bien réagissent (Thiam 24/01) à partir des expériences connues au Sénégal. Plaidoyer pour les « opérations » intégrées de la décennie 80 (Godet 22/01) qui coûtaient relativement cher, mais avec une efficacité mesurable : exemple des GVC d’embouche au nord de la côte d’Ivoire, sièges d’activités diverses (crédit bancaire, réserves fourragères, gestion de barrages…). 2) LIMITES DES ADAPTATIONS PASTORALES ET DES POLITIQUES FACE AU RISQUE. Les limites des systèmes de production pastoraux sont évoquées Ferry (14/01), «La stratégie traditionnelle d’élevage ne prévoit aucune anticipation face au risque de sécheresse, probablement parce qu’il n’avait pas la même importance avant la diminution moyenne de pluviométrie qui s’est produite depuis une trentaine d’années (environ 50 % de pluies en moins)» mais ce sont les interventions des projets, les politiques publiques, la gestion de l’aide, qui appellent le plus de commentaires. Des initiatives semblent donner des résultats dans un contexte et à une échelle précises, pour minimiser les risques : Cependant, Abeiderrahmane (22/01) voit des limites à la taille de l’expérimentation des jardins « Les JORES de Michel Ferry semblent très intéressants, mais quand il s'agit de plusieurs millions de bêtes éparpillées sur 1 million de km2, on se demande combien de milliers d'hectares il faudrait pour produire les centaines de milliers de tonnes d'aliment nécessaires ». · LE RISQUE VIENDRAIT-IL DES INTERVENTIONS ET DES POLITIQUES ? On peut se le demander, tant de nombreuses communications imputent les responsabilités majeures des risques aux interventions (de prévention, de gestion, d’urgence) souvent inadaptées aux besoins des sociétés pastorales dans leur méthode et dans leur fond. Quelle est la pertinence de la notion de projet pour le développement pastoral ? Pour Kamil (14/01), la globalité du système pastoral ne correspond pas au « cadre logique » des activités, les cycles courts et longs pastoraux dépassent la durée limitée d’un projet, la panoplie d’attitudes devant la nouveauté dépassent les options techniques ; un diagnostic global préliminaire aux projets est nécessaire. César (17/01). Critique nourrie et virulente des dérives des projets, des bailleurs et des politiques, accusés de méconnaître les risques pastoraux, voire de les alourdir encore davantage. « Les grands projets ne tiennent pas compte des stratégies pastorales » Hammel (16/01) dénonce violemment ce gaspillage de temps et d’énergie, les errances techniques et les collusions entre bailleurs, experts, politiciens qui contribuent à reproduire des approches simplistes, parfois nuisibles ; complété par César (17/01) « Que peut-on faire avec quelqu'un qui vient d'arriver dans ce pays »(…), il y a la règle de 4 ans de séjour à la coopération qui vous empêche de devenir efficace et que l'on abaisse maintenant à 2 ans pour être sûr que vous ne puissiez rien faire » et reprises par Abeiderrahmane (22/01) « Ces experts passent une ou deux semaines ici, sans comprendre le moindre mot de la langue, et partent faire des rapports sur des réalités extrêmement complexes que même les nationaux non pasteurs appréhendent difficilement », Kamil (17/01) «le risque peut être voulu : enclavement politiquement calculé de vastes zones maintenues en survie médicalement assistée ». (Thiam 28/01) : au Sénégal, le ranch de Doly, zone de repli pour les pasteurs, est en passe d’être morcelé au profit d’agriculteurs proches d’une puissante famille mouride. Abeiderrhamane (22/01) dénonce les effets pervers des appels à l’organisation professionnelle des pasteurs : « la multiplication des coopératives fantômes et des OSP de cartable ou de salon capables d'absorber tous les budgets mais pas de laisser une trace en brousse ». La situation actuelle est précaire : pas de politique, des initiatives insuffisamment coordonnées et parfois contre productives. Hammel (20/01) « Les éleveurs du Nord Dakoro qui ne sont pas partis suffisamment tôt, c'est soit parce qu'ils avaient modifié leurs habitudes et tendaient vers la sédentarisation, soit parce que l'aide alimentaire qui leur était distribuée dans le Nord les retenait par un faux sentiment de sécurité, soit encore parce qu'ils craignaient la réaction des autorités ». · L’INDEMNISATION PAR LES POUVOIRS PUBLICS : « Comment indemniser les éleveurs ? La volonté de connaître les effectifs des troupeaux et/ou d'identifier les animaux individuellement est ressentie comme une volonté de contrôle par les éleveurs » (Gousseff 16/01). Sauf, apparemment (Thiam 17/01) si cela répond à un souci précis des éleveurs : des initiatives locales d’identification des têtes de cheptel ont existé en Casamance au Sénégal par exemple, contre le risque de vol. Mais, Djimraou (17/01) : «un système d'assurance tel qu'on le voit en Europe est difficile à mettre en place pour les ménages et les communautés de pasteurs sahéliens. Il faut plutôt rester au niveau des ménages et des communautés pour promouvoir les meilleures stratégies de réduction des risques et de gestion des pertes qui existent en grand nombre au sein des sociétés pastorales : diversification, capitalisation sous des formes variées, développement du réseau et du capital social, épargne, stock de sécurité, etc... stratégies de gestion des pertes: adaptation, ajustements, substitution, rupture et changement de système de vie, ...) L'essentiel étant de sauver autant que possible les biens productifs, de retarder au maximum le début de la décapitalisation, de maintenir la décapitalisation à un niveau le plus bas possible. Ces stratégies varient fortement en fonction du niveau de vulnérabilité du ménage et de l'étape à laquelle on se situe dans le processus de développement des crises (avant la crise, pendant la crise, après). Au Sud de l’Iran, (Razavi 28/01) un projet pilote cherche à convaincre les pouvoirs publics de restituer aux pasteurs d’anciens pâturages distribués à des villageois sédentaires. Le contexte international contraignant des ajustements politiques et du financement conduit des Etats à subventionner de façon masquée, (Bourbouze, 22/01) : Les plans sécheresse se prolongent maintenant d'une année sur l'autre dans les régions difficiles (qq soit la pluviométrie !) et masquent tout simplement le souci de l'Etat de compenser (discrètement) les handicaps naturels (contre l'avis du FMI). 3) CONTRASTES · AU SEIN DES SOCIETES (Kamil 24/01 ) Au sein d'un même groupe, les stratégies d'exploitation différencient ainsi ceux qui ont réussi et ceux qui en sortent affaiblis, si on considère que jdoub est une période sèche. Pendant cette période que l'on du mal à identifier puisque chaque éleveur ou presque donne un intervalle différent de son voisin, à tel point que l'on se demande si la disette, ou les subdivisions en période d'estivage, période d'hivernage, etc, n'étaient pas subjectives, même si globalement la disette s'étale entre décembre et juillet de l'année d'après. Contraste également entre les petits (Ferry 14/01, Hammel 20/01) démunis de leurs moyens de production et les leaders des tribus (qui) « s'entendent comme cul et chemise avec le pouvoir central (Bedrani, 22/01). Leaders et leur clientèle,«qui soit continuent leurs pratiques prédatrices sur la végétation pastorale, soit s'accaparent de fait les meilleurs parcours ». Donc avant d’intervenir, les projets et les politiques doivent connaître ces écarts de besoin (César 17/01). Identifier les petits éleveurs, les pauvres, qui pâtiront le plus de la crise. Ce sont eux qu'il faut soutenir, mais pour les reconnaître, il (me)semble nécessaire d'insérer dès le départ un volet social dans chaque projet. Ici la technique ne suffit plus. On retrouve le souci des précédentes sessions(2)de bien distinguer les besoins inégaux des différents contextes, populations, groupes de pasteurs. Dans certains cas, il ne s’agit plus de trouver à l’extérieur du pastoralisme les ressources nécessaires à sa survie, mais de fournir à des pasteurs exclus définitivement de nouveaux moyens de production. · NORD / SUD DU SAHARA Maghreb / Sahel : Incitations de Kamil (21, 22 et 24/01) à mettre en perspective les politiques pastorales au nord et au Sud du Sahara ; selon lui les Etats au Sud reconnaissent mieux le poids politique et économique des populations pastorales (O.P., décentralisation, approches participatives, codes pastoraux…) : il n’est pas en contradiction avec Bedrani (22/01) qui est plus sensible à l’exode rural et à la prolétarisation des petits éleveurs au Maghreb. Il recommande que les projets financent des activités rentables pour les démunis, de préférence non agricoles et pérennes, ayant un effet intégrateur sur l’économie nationale. 4) LES CONDITIONS DU DEVELOPPEMENT SECURISE DU PASTORALISME · LA PLACE RECONNUE DU PASTORALISME DANS LES POLITIQUES… « Le concept le plus important à faire passer à l’extérieur (Abeiderrahmane 22/01) est l’utilité du pastoralisme, qui pourrait justifier une volonté politique. Plusieurs interventions défendent la légitimité politique du pastoralisme (Kamil ) « la place de l’élevage ne peut pas être saisie en termes de nombre de têtes et d’évaluation des prix », Maiga (27/01) « le pastoralisme est pour les pasteurs ,le seul système de production durable ,le plus efficace pour gérer les risques divers et multiples dans les milieux arides et semi-arides comme le Sahel ,à la lisière du Sahara. Alors,il suffirait de préserver la mobilité des pasteurs tout en leur facilitant l'accès aux produits de première nécessité et aux soins. » (Abeiderrahmane, (24/01) « Tant que les pasteurs souhaitent conserver (ce mode de vie), c'est une bonne chose. D'autre part, au plan macro-économique, et même micro, c'est utile - toute la conférence l'a prouvé ; d'autre part, le nomadisme est la seule forme d'exploitation possible des maigres mais très étendus pâturages des zones arides ». · UNE POLITIQUE DE PREVENTION La gestion des risques n’est pas une fatalité Thiam (14/01) qui appuie Ferry, si on définit une politique de développement du pastoralisme reconnu au même titre que l’agriculture (supposant la sécurisation des pratiques foncières). Elle doit s’accompagner de mesures complémentaires ambitieuses (élaboration de filière lait en Tunisie) et de l’organisation structurelle de plans d’actions : au Maroc, Bourbouze (22/01) « Depuis 1995(…)on s'achemine (lentement) vers l'idée que la sécheresse est structurelle, donc qu'il faut préparer de façon organique les "plans d'aide". Fond de Sauvegarde et de Protection du Cheptel (FSPC) approvisionné en permanence par des taxes prélevées sur les abattoirs et sur les sous produits industriels au niveau des usines (pulpes, son...). Des fonds complémentaires de solidarité sont prévus en cas de sécheresse grave. L’Etat subventionne(i)les aliments fabriqués par les usines d'aliments du bétail(environ 1 million de quintaux par an avec une subvention de 50%)et les coop céréalières,(ii) exonération des droits de douane sur aliments importés par opérateurs privés (5 millions de quintaux et 13 millions de quintaux entre 92 et 95 pour orge et pulpes sèches) et (iii) prise en charge des frais de transports de l'aliment concentré vers les régions déclarées sinistrées. L'impact de ces plans est incontestable sur les prix des aliments et de la viande. · LA REPRESENTATION DES PASTEURS La volonté politique de soutenir le pastoralisme dépend de la représentativité des pasteurs : selon Boutinot (17/01), il faut jouer le jeu de la reconnaissance institutionnelle, et travailler avec des instances légales ; c’est là que la représentation des éleveurs doit augmenter. Autre aspect, le transfert des compétences et des outils de décisions aux pasteurs Hammel (20/01) Dans le cadre du PAAPB de 98 à 2000 (…) « Plus on remet de décision et d'outils de décision dans les mains des gens, mieux ça marche. A condition de travailler sur un terrain favorable, où existent déjà des structures. Ici c'était les groupements associatifs qui pré-existaient avant le projet, et qui ne se sont pas créés pour le projet. C'est un détail important. (ça aussi c'est un thème à maîtriser qui nécessite de l'expérience, et encore quelque chose qu'on ne peut faire comprendre aux bailleurs. Poser un diagnostic des structures en termes de représentativité réelle des leaders et de fonctionnement démocratique et non pas sur des standard de type... tenue des comptes, tenues des PVs.) Il faut leur reconnaître des droits et des espaces, quitte à indemniser des agriculteurs en année sèche. (Hammel ) Mobilité et zones de repli, à des degrés variables dans le temps. - Accès aux espaces cultivés après les récoltes. - Accès aux espaces de transhumance en saison des pluies. -Accès aux zones de repli en période de crise. · DEBOUCHES ECONOMIQUES Pour Abeiderrahmane (22/01), la réponse aux problèmes se trouve sur une voie médiane entre d'une part la préservation coûte que coûte d'un mode de vie devenu trop précaire et d'autre part la sédentarisation : c'est à dire dans une petite transhumance avec des débouchés économiques viables et sécurisés, et une collaboration avec les agriculteurs pour l'alimentation du bétail. Pour cela il est indispensable de mettre sur pied des industries agro-alimentaires et autres (lait, viande, cuir, tapis, boutons, peignes etc) fournissant des débouchés à la production des éleveurs, et une politique de sauvegarde du marché, voire d'exportation. Cela est du ressort du secteur privé », mais impossible sans l’appui des politiques commerciales nationales : une protection est nécessaire contre les importations à bas coût. Assurés de revenus stables, les éleveurs trouveront eux-mêmes les meilleures formules de mobilité, d’alimentation, etc… · Hammel insiste sur l’importance de méthodes, pour ne pas en rester à un simple affichage de bonnes intentions et expose le travail réalisé au Niger : (des thèmes de formation commandés par les éleveurs, un travail avec des structures pré existantes, un équipement utile assuré aux auxiliaires formés…) - Banques céréalières autogérées de A à Z. Stocks de mil achetés en période de récolte et revendus prix coûtant en période de hausse des prix. - Crédit à la vente de bétail. - Récolte du foin en vert. Pour les éleveurs démunis seulement, afin de trouver un fourrage de première qualité en saison sèche. - Appui à la commercialisation du beurre clarifié. - Crédits d'élevage aux femmes démunies. Avec des délais cohérents avec la notion d'élevage. - Formation de para-juriste. (thèmes établis sur commande des éleveurs) - Formation d'auxiliaires d'élevage (réellement utiles, c'est à dire disposant des médicaments utiles dans leur zone. - En sus, formation d’animateurs SIDA qui distribuaient des préservatifs gratuits aux jeunes, et soutien aux écoles des éleveurs en brousse.