THEME 4 (Modérateur: Véronique Ancey) Perception et gestion des risques par les pasteurs: comment améliorer les conceptions et les interventions d'aide? ===================================================================================== Date: Fri, 10 Jan 2003 17:39:36 +0100 From: PESSEAT =?iso-8859-1?Q?S=E9bastien?= Subject: LEAD-PASTORAL-ECONF-Téléchargements-liste discussions T3 Bonjour à tous, La liste des dernières discussions(du 6 au 24/12/02) sur le thème 3 (modérateur G.Gintzburger)"Dégradation et restauration: réhabilitation des parcours des zones semi-arides et arides . Fiction ou réalité?" est disponible à la fois au format texte (208Ko)et au format HTML (83Ko; 4pp). Elle vient ainsi compléter la liste des discussions déjà disponibles pour les deux premiers Thèmes. Pour la consulter, il suffit de vous rendre à l'adresse du site Internet LEAD(http://www.virtualcentre.org/fr/frame.htm ; menu "conférences électroniques" ; bouton "téléchargements"). Le dernier thème "Perception et gestion des risques par les pasteurs: comment améliorer les conceptions et les interventions d'aide?" (modératrice: V. Ancey) de la conférence électronique vient juste de démarrer aujourd'hui, et, vous pouvez déjà, si vous le souhaitez, consulter ou télécharger en ligne, la lettre d'accueil (format texte et HTML) et le document d'introduction (format texte, Html, Word ou Pdf). Bonne lecture et à bientôt dans cette conférence. ------------------------------------------------------ Pour consulter en ligne un document, cliquez (gauche) sur l'icône du format de votre préférence. Pour télécharger un document, cliquez (droit) sur l'icône du format de votre préférence, puis choisissez l'option "enregistrer la cible sous..." Pour toute information supplémentaire (inscription, participation, ou désabonnement), cliquez sur le lien suivant http://www.virtualcentre.org/fr/ele/inscrir.htm. Cordialement. Sébastien Pesseat (FAO/CIRAD) Webmaster de la plate-forme francophone LEAD Email : sebastien.pesseat@virtualcentre.org ------------------END OF MESSAGE---------------------------------------- Date: Fri, 10 Jan 2003 17:27:51 +0000 From: =?iso-8859-1?Q?V=E9ronique_Ancey?= Subject: LEAD-Pastoral-Econf-T4 . Contribution de Hassan Kamil Et puis nous avions gardé au frais pour aujourd'hui cette contribution d'Hassan Kamil, arrivée trop tôt sur notre thème des risques. Les enjeux géostratégiques, les relations mercantiles : voilà qui centre le débat sur des questions moins climatiques et plus sociales. La sécheresse n'est pas le seul facteur de risques. >Les éleveurs, par la mobilité arrivaient à l'esquiver. D'autres risques >sont aussi grave que la sécheresse. : Les Regaybat, grands chameliers >du Sahara, et dont le territoire s'étendait entre le Maroc, l'Algérie et la >Mauritanie ne peuvent plus pratiquer l'élevage comme avant. Le trab >regaybat est éclaté entre les trois Etats à la suite d'un conflit qui dure >depuis presque trente ans. Or personne ne peut nier l'importance >géostratégique de la zone : relais entre les marchés d'Afrique du nord et >le Sahara. Il s'agissait d'un marché important ( datte, laine, mouton, >ustensiles, mobilier, etc.). Il s'agissait aussi d'un marché d'idées >(les écoles de Tabelbalt, Zaouit Ahansal, les oulémas et écrivains tajakant >de Tindouf, et ceux d'Araouane et de Tomouctou). Aujourd'hui, les >programmes de réhabilitation des bibliothèques traditionnelles et des >centres d'Archives sont devenus un marché de capteur de fonds de l'Unesco >d'Arabie saoudite, etc. Les manuscrite se vendent comme du poulet - j'ai >rencontré un chercheur d'outre-atlantique qui s'évertuait d'avoir tout calé >avec le petit budget que son tuteur lui a accordé, entendons transférer une >richesse dans les rayons de la bibliothèque de son maître - et les >collectionneurs déguisés en touristes, n'en parlons pas. Aujourd'hui, >les circuits assurés par les Regaybat et les Tajakant sont effacés de la >carte, les centre culturels et le pastoralisme avec. Les prélèvements >non réglementés Un autre facteur de risque non moins important est >l'exaction des douaniers des gendarmes.- qui exigent ,au grand étonnement >des transhumants, des laissez-passer, ces derniers ne comprennent pas >comment on peut être étranger chez soi alors que l'on dispose de >certificats de transhumance. Mais, les autorités ont besoin de fonds, et >puis un transhumant est assez riche pour ne pas être inquiété par les >prélèvements .tel est leur argument. », ou si le troupeau contient des >animaux d'un associé puissant.certains éleveurs ont compris la manip.. >», d'aucuns diront l'ordre, l'équilibre stratégique.et peut-être d'autres >intérêt. : un simple constat, dans les steppes et les zones sahariennes >d'Afrique du Nord, ils gardent la plaisance des émirs du golfe venus >chasser et profiter du désert. ça s'appelle la pluriactivité. » ?). >(Toute ma reconnaissance à A. Lemasson qui m'a montré comment ça se >réprcute sur le taux d'exploitation d'un troupeau.) Sauf que la >réalpolitik a voulu que ce soit l'institution de pouvoir qui s'en accapare. >Moderne, l'institution a développé un circuit de redistribution opaque. >Traditionnelle, elle s'entoure des exégèses malléables, qui peuvent >modifier leur acuité de conscience au profit du chef. : pourquoi les >femmes n'héritent-elles pas la terre alors que les textes de lois >coraniques leur reconnaissent ce droit. une question à lancer dans le camp >des gender studies) Mais, la meniha chez les maures et le habbanae ? >Certainement beaucoup). La pratique d'agdal (mise en défens) chez les >éleveurs berbères du Maroc, n'est-elle pas une stratégie de gestion du >risque Hassan KAMIL ------------------END OF MESSAGE---------------------------------------- Date: Fri, 10 Jan 2003 17:19:09 +0000 From: =?iso-8859-1?Q?V=E9ronique_Ancey?= Subject: LEAD-Pastoral-Econf-T4 . Contribution de Najari Sghaier La première intervention du jour, tombée avant même le texte d'introduction ! Concernant la gestion des risques par les pasteurs. Nos suivis des élevages traditionnels des régions arides tunisiennes nous mènent à souligner l'originalité des pasteurs au niveau de la conception des risques. Pour les risques naturels surtout climatiques, les pasteurs les considèrent comme tous les autres facteurs de production mais de nature aléatoire. Il s'agit de constantes que la conduite traditionnelle devrait prévoir et gérer par certaines techniques comme la transhumance ou les modalités de regroupement des troupeaux. Traditionnellement, la gestion collective des ressources offre des solutions; la collectivité doit aider les individus pour surmonter le manque temporaire d'aliments de bétail de manière qu'il conserve son troupeau. Egalement d'autres techniques comme la diminution des effectifs, par vente ou par association permet de gérer les risques. L'individu pasteur doit lui aussi se conformer à certaines mesures traditionnelles pour éviter les risques qui peuvent toucher le cheptel de la région comme les maladies qui peuvent être générés par l'apport d'animaux d' autres régions infectés. Najari Sghaier Institut des Régions Arides de Médenine Tunisie Véronique Ancey Cirad Econap Pôle Pastoral Zones Sèches, ISRA LNERV BP 20 57, Dakar Hann ------------------END OF MESSAGE---------------------------------------- From: Pesseat Sébastien Subject: LEAD-Pastoral-Econf-T4 . Contribution (BIS) de Hassan Kamil To: LEAD-PASTORAL-ECONF-L@mailserv.fao.org Bonjour, Je retransmets la contribution d'Hassan Kamil, qui a été involontairement coupée à certains endroits. Mille excuses pour l'auteur et sa contribution très intéressante. Pour plus d'information sur la zakat, je vous suggère de lire l'interview de El Hacen Ould Taleb, président de l'Union Inter-africaine des Organisations Professionnelles d'Eleveurs (UIOPE), sur le site LEAD (lettre d'information N2- carnet de route), à l'adresse http://www.virtualcentre.org/fr/enl/EN2/interview/index.htm). Propos recueillis le 30 /01/02 lors du programme de l'atelier régional à Dakar de lancement du programme pilote LEAD en Afrique de l'Ouest. Sébastien Pesseat (FAO/CIRAD) Webmaster de la plate-forme francophone LEAD Email : sebastien.pesseat@virtualcentre.org ------------------------------------------------------ Un complément à des contributions sur les risques qu'affrontent le pastoralisme La sécheresse n’est pas le seul facteur de risques. Les éleveurs, par la mobilité arrivaient à l’esquiver. D’autres risques sont aussi grave que la sécheresse. Risque politique : Les Regaybat, grands chameliers du Sahara, et dont le territoire s’étendait entre le Maroc, l’Algérie et la Mauritanie ne peuvent plus pratiquer l’élevage comme avant. Le trab regaybat est éclaté entre les trois Etats à la suite d’un conflit qui dure depuis presque trente ans. Or personne ne peut nier l’importance géostratégique de la zone : relais entre les marchés d’Afrique du nord et le Sahara. Il s’agissait d’un marché important ( datte, laine, mouton, ustensiles, mobilier, etc.). Il s’agissait aussi d’un marché d’idées (les écoles de Tabelbalt, Zaouit Ahansal, les oulémas et écrivains tajakant de Tindouf, et ceux d’Araouane et de Tomouctou). Aujourd’hui, les programmes de réhabilitation des bibliothèques traditionnelles et des centres d’Archives sont devenus un marché de capteur de fonds de l’Unesco d’Arabie saoudite, etc. Les manuscrits se vendent comme du poulet – j’ai rencontré un chercheur d’outre-atlantique qui s’évertuait d’avoir tout calé avec le petit budget que son tuteur lui a accordé, entendons transférer une richesse dans les rayons de la bibliothèque de son maître – et les collectionneurs déguisés en touristes, n’en parlons pas. Aujourd’hui, les circuits assurés par les Regaybat et les Tajakant sont effacés de la carte, les centre culturels et le pastoralisme avec. Les prélèvements non réglementés: Un autre facteur de risque non moins important est l’exaction des douaniers des gendarmes.– qui exigent ,au grand étonnement des transhumants, des laissez-passer, ces derniers ne comprennent pas comment on peut être étranger chez soi alors que l’on dispose de certificats de transhumance. Mais, les autorités ont besoin de fonds, et puis un transhumant est assez riche pour ne pas être inquiété par les prélèvements …tel est leur argument. Sauf, s’il s’agit d’un troupeau d’un « nèo-èleveur », ou si le troupeau contient des animaux d’un associé puissant…certains éleveurs ont compris la manip…. A la question de Hammel « que gardent les militaires ? », d’aucuns diront l’ordre, l’équilibre stratégique…et peut-être d’autres intérêt. Ils n’en sont que l’instrument : un simple constat, dans les steppes et les zones sahariennes d’Afrique du Nord, ils gardent la plaisance des émirs du golfe venus chasser et profiter du désert. ça s’appelle la pluriactivité. Les prélèvements « réglementés »: Un autre facteur de risque : la zakat, est un prélèvement obligatoire dans le troupeau, nous apprennent les textes d’orthodoxie musulmane, au profit des pauvres et de Beit El Mal (les Ongs sont-elles si nouvelles et si pionnières ?). (Toute ma reconnaissance à A. Lemasson qui m'a montré comment ça se répercute sur le taux d'exploitation d'un troupeau.) Sauf… que la réalpolitik a voulu que ce soit l’institution de pouvoir qui s’en accapare. Moderne, l’institution a développé un circuit de redistribution opaque. Traditionnelle, elle s’entoure des exégèses malléables, qui peuvent modifier leur acuité de conscience au profit du chef. La cupidité empreinte toutes les voies (le machisme aussi : pourquoi les femmes n’héritent-elles pas la terre alors que les textes de lois coraniques leur reconnaissent ce droit…une question à lancer dans le camp des gender studies) Mais, la meniha chez les maures et le habbanae chez les peuls nous disent qu’il y a des institutions intelligentes de l’entraide pastorale ( combien mobilste-t-elle de fonds ? Certainement beaucoup). La pratique d’agdal (mise en défens) chez les éleveurs berbères du Maroc, n’est-elle pas une stratégie de gestion du risque? Hassan KAMIL Prodig Univ Paris I Vétérinaires Sans Frontières Cordialement. ------------------END OF MESSAGE---------------------------------------- Date: Tue, 14 Jan 2003 09:28:49 +0000 From: =?iso-8859-1?Q?V=E9ronique_Ancey?= Subject:LEAD-Pastoral-Econf-T4 Contribution n°1 de Michel_Ferry Merci à Michel Ferry d'avoir entamé le débat : relativiser la portée de l'aide, distinguer les niveaux de vulnérabilité des pasteurs et anticiper...ou faire anticiper... V. Je réagis à plusieurs points du texte d'introduction sur "Perception et gestion des risques par les pasteurs : comment améliorer les conceptions et les interventions d'aide?" Il est bien précisé que la question porte sur perception et gestion par les pasteurs. Dans l'ordre des acteurs concernés les pasteurs me paraissent effectivement prioritaires. Mais dans le développement qui suit cet intitulé, il n'est plus question des pasteurs mais des décideurs politiques et plus précisément ceux en charge de l'aide! Ce double glissement ne me paraît pas très souhaitable parce qu'il peut signifier: - un que les pasteurs ne sont pas les premiers concernés par cette question - deux que l'aide est la réponse à cette question Pour ma part, sur cette question, j'ai bien l'impression que les pasteurs ont tout intérêt à raisonner en ne comptant que sur eux-mêmes.eux-mêmes organisés en force de pression et de proposition politique. Comme cela a bien été souligné dans divers messages des précédents thèmes, ce sont surtout les pauvres qui trinquent en cas de sécheresse, les autres sont plus ou moins capables de mobiliser des ressources pour se déplacer vite, acquérir des aliments ou racheter des bêtes après la sécheresse, ce qui réduit la casse ou même les enrichit. Suivant que l'on s'intéresse aux uns ou aux autres l'analyse et les propositions vont être bien différentes. Auxquels s'intéresse-t-on ici ? Si c'est aux petits éleveurs, je pense que je ne me risque pas trop en affirmant qu'ils ne peuvent plus se permettre d'affronter une nouvelle sécheresse dans les conditions dans lesquelles ils ont vécu celles des années 70 et 80. Ce serait leur mort et/ou plus exactement leur chute dans l 'appauvrissement absolu. Beaucoup des touaregs du Nord Mali et du Nord Niger qui n'ont pas encore sombré dans la dépendance de la charité internationale ou familiale en sont bien conscients. Ils ne peuvent plus prendre de risque et sont donc à la recherche de formules qui leur permettent de surmonter la prochaine grosse sécheresse. Parmi ces formules, celle que je connais mieux consiste à créer un jardin de repli. Nous avons engagé avec certains groupes un travail de réflexion et d'expérimentation sur la création de jardins résistants à la sécheresse (JORES). Je vais essayer de charger sur le site le modèle sur lequel nous travaillons et sur lequel je serais très heureux de recevoir vos commentaires. Pour finir il ne s'agit plus à mes yeux de raisonner en pensant la sécheresse comme un risque. Lui donner ce caractère probabiliste (dont on ne sait d'ailleurs rien) c'est ne pas prendre la question à bras le corps et c' est réagir trop tard comme cela a été le cas à chaque fois. Raisonner en considérant que la prochaine saison des pluies 2003, comme celle de chacune des années à venir, va être désastreuse et qu'il faut dès à présent se préparer pour cela change complètement les perspectives et les dynamiques. Un tel changement de perspective n'est possible que quand on focalise la réflexion sur les petits éleveurs, quand on sait qu'une prochaine sécheresse sérieuse non anticipée équivaudrait très probablement à grossir le flot des miséreux des bidonvilles périphériques urbains. Michel Ferry Véronique Ancey Pôle Pastoral Zones Sèches, ISRA LNERV BP 20 57, Dakar Hann ------------------END OF MESSAGE---------------------------------------- Objet:LEAD-PASTORAL-ECONF T4. Hassan Kamil : développement et logique de projets Date: Tue, 14 Jan 2003 15:27:18 +0000 De: Véronique Ancey Je vous livre une contribution de Hassan Kamil qui traite les projets d'aménagement, certes, mais dans la perspective du développement, et d'une discussion sur les limites de la logique de projet. De plus, les notions et les interventions strictement écologiques a priori sont toutes tissées de pratiques, d'objectifs, de références, qui sont aussi bien spatiales sociales, historiques. Difficile de couper entre les deux ! difficile aussi d'arrêter le cours des choses au cadre, dit logique, d'un projet. Nous sommes un peu loin des risques, peut-être ? mais il fallait bien mentionner les questions de pertinence d'approche. l'enfer est pavé... Comment réfléchir à une action de développement pastoral, et comment la traduire en un projet ? quelle est la pertinence de la notion projet ? telles sont les questions que je pose aux participants. On peut se demander si une réflexion sur le développement pastoral ne doit pas appréhender le système pastoral dans sa globalité. Or la difficulté surgit dès que l'on s'intéresse à des systèmes en perpétuelle mutation. Car la complexité des décisions techniques à arrêter se trouve accrue par la panoplie d'attitudes adoptées par les acteurs devant des situations nouvelles. Peut-on discerner des tendances tant dans les dynamiques des systèmes pastoraux identifiés que dans la prévision de scénarios lors de la mise en place d'aménagement pastoral ? Car l'efficience technique, souvent mise en avant comme but à atteindre, permet d'isoler les composantes du système pastoral et de les évaluer séparément, ce qui aboutit souvent à des conclusions classiques comportant des recommandations d'ordre zootechnique, agronomique, et économiques, mais qui demeurent sans réelle pertinence si un diagnostic global n'a pas été fait. Cette séquence dans l'élaboration préliminaire d'un projet de développement pastoral nous semble importante vu le caractère décisif des actions à entreprendre. Tout aménagement, matériel ou organisationnel, contribue à modifier les composantes de l'environnement naturel et social, ou à en influencer l'évolution. C'est pour cette raison qu'une lecture des actions d'aménagement entreprises dans d'autres zones pastorales s'avère nécessaire. Or, la formulation de toute action en patoralisme est souvent contrainte de s'inscrire dans un canevas qui obéit à des règles souvent rigides. Pour élaborer un document-projet, on est souvent obligé d'établir un cadre logique, à décliner des objectifs généraux en objectifs spécifiques, pour enfin déboucher sur des résultats et des actions à mettre en ouvre. La logique projet est donc contraignante à travers la durée (quel projet de pastoralisme respecte la longue durée ?), le diagnostic, car le cadre logique impose souvent (et dédouane de tout effort d'analyse) d'inscrire la lutte contre la désertification ou la régénération des ressources naturelles comme objectif à atteindre. Lourde mission qui justifie des financements d'actions, jugées quelque fois héroïque : arrêter l'avancée du désert, sauver les villages et les champs, lutter contre la stérilité des sols. Bref, maintenir la vie. Vaste programme où l'ambition dépasse la réalité. Le développement pastoral concerne l'adéquation entre des ressources pastorales qu'il convient d'évaluer et une population pastorale vivant de l'élevage, tout en sachant que des dynamiques importantes sont à l'oeuvre. Le développeur sera contraint de composer avec ces dynamiques. La restauration du couvert végétal associe la notion l'appétabilité des plantes et leur contribution spécifique dans un peuplement en équilibre climacique. La valeur fourragère des pâturages peut être en valeur énergétique, exprimée en unités fourragères, et en matières azotées digestibles, etc. Un pâturage à production primaire importante peut ne pas représenter un intérêt pour les pasteurs : Ces derniers pilotent leur élevage en fonction d'objectifs qu'il convient de comprendre. Le pasteur cherche des fourrages d'appoint, mais cherche surtout des pâturages qui peuvent développer le gras, la production du lait, induire des chaleurs précoces, etc. Même, une notion telle que la capacité de charge, ou le nombre d'animaux que peut supporter un pâturage donné provient de la nécessité de l'adéquation entre les besoins des animaux et les disponibilités en valeur fourragère du parcours, et ne se réduit pas à une simple notion écologique. Car, l'évolution climacique et la tendance vers un équilibre dynamique ne signifie pas nécessairement des écosystèmes à haute valeur fourragère, ce serait réduire le parcours à un écosystème spécialisé, dont la finalité est de nourrir les petits ruminants, ce qui revient à reconnaître que la notion de dégradation du parcours est un faux concept, puisque l'herbevorie est ancienne. Il s'agit plus d'une insuffisance dans l'élaboration d'outils et de problématique adéquats. Elaborer un schéma d'exploitation du pâturage est avancé comme une évidence que comme le résultat d'une réflexion préalable. Cordialement Hassan KAMIL ------------------END OF MESSAGE---------------------------------------- Objet:LEAD-PASTORAL-ECONF. Contribution 2 de Kamil, aires pastorales 2. Date:Tue, 14 Jan 2003 15:27:02 +0000 De: éronique Ancey La contribution de Kamil (suite et fin). 3- La zone de Missour se présente comme une enclave saharienne, et se caractérise par la rudesse du climat exige une irrigation intense, ce qui exige des investissements énormes en matière de forage de puits, d'irrigation. Dans l'état actuel, la course vers l'appropriation au Maroc oriental tend à créer les circonstances de destruction des parcours et des élevages. Au niveau de la moyenne Moulouya, les mouvements d'appropriation intenses de la steppe de Missour tendent-ils vers des scénarios similaires à ceux de régions environnantes ? Il est difficile de répondre à cette question dans l'état actuel. L'extension de l'arboriculture vers la steppe est une tendance lourde. Elle se présente comme une suite logique du développement de cette spéculation au niveau des piémonts des zones limitrophes. Les modifications de la structure du groupe et de la spatialité induiront certainement d'autres conflits qui ne procéderont pas des normes anciennes du groupe. L'évolution du mode de vie nomade en mode de vie agraire fait que les conflits ne peuvent plus se régler selon les modalités classiques, notamment par l'éloignement (la mobilité est un mode de gestion des pâturages, mais aussi une stratégie d'esquive des confrontations) Le transfert juridique des terrains vers les gros propriétaires ou les propriétaires-citadins, traduit-il une autre facette du rapport de l'Etat aux paysans qui ne serait pas seulement un rapport de modernisateur, mais surtout un rapport de médiation entre la société globale et les structures paysannes, qui tout en maintenant l'ordre public, vise à faciliter la modernisation en douceur des secteurs agricoles, et à la liquidation du statut collectif des terrains, qui a constitué une question épineuse pour les chercheurs et les développeurs ?. On peut même postuler que le cas des tribus de la moyenne Moulouya illustre indéniablement la rencontre du local et du global. Le local se manifeste à travers toutes les stratégies sociales que j'ai tenté de décrire, le global par contre, se manifeste dans une évolution inéluctable de l'Etat et de ses structures. ------------Quelle dimension reconnaître au changement ? Le pouvoir colonial va ouvrer pour le contrôle des mouvements de populations, de la délimitation des territoires des tribus. Or dans une société agro-pastorale, l'effet de la modification d'un élément du territoire parcourt le reste des éléments composant la mosaïque sociale, car tous les mouvements et les processus de territorialisation étaient intimement liés. L'Etat marocain indépendant a visé la modernisation de la paysannerie, en commençant par les secteurs agricoles les plus porteurs, en l'occurrence l'agriculture irriguée. On peut dire que la pénétration des acteurs étrangers dans les zones reculées du Maroc est un prolongement de cette politique de modernisation de l'Etat marocain, qui s'accélère de façon assez remarquable ces dernières années. Or la présence de l'Etat se manifeste d'abord par l'apparition de nouveaux acteurs, administrations, autorités locales, aménageurs, sociétés privés, etc. , qui vont jouer un rôle certain dans le laminage des rapports traditionnels et dans l'apparition de rapports inédits qui commencent à prendre forme chez les populations pastorales. Le tableau suivant illustre l'évolution différentielle des zones étudiés selon la combinaison des différentiels acteurs présents (le tableau avec ce document au format Word, sera disponible sur le site LEAD, prochainement). Kamil ------------------END OF MESSAGE---------------------------------------- Objet:LEAD-PASTORAL-ECONF. contribution 2 de Kamil, aires pastorales (1). Date:Tue, 14 Jan 2003 15:27:33 +0000 De: Véronique Ancey Encore une contribution de Kamil (en deux épisodes) sur le thème des bouleversements supportés par les sociétés pastorales, étayée d'exemples dans trois régions du Maroc. C'est une lecture très élargie de la notion de risque ; ici on est loin des indicateurs de probabilité de sécheresse ! Etes-vous d'accord pour considérer les mutations sociales, induites ou pas par des interventions de développement, comme un risque parmi d'autres ? A propos, quelqu'un nous rappelle-t-il les définitions de risque, de crise, etc, souvent employées à propos des sociétés pastorales ? Ci-joint un essai d'analyse des interventions de développement des aires pastorales dans trois contextes différents au Maroc. Il est certain que le développement des zones pastorales pose des questions nombreuses. On peut légitimement se poser les questions suivantes : quelle signification donner au développement ? devrait-on considérer les pratiques de développement comme un changement social particulier ? Peut-on ébaucher une analyse des mécanismes d'actions sur les espaces pastoraux et sur les populations pastorales ? . C'est à travers l'analyse de trois cas rencontrés au Maroc, que je voudrais illustrer les spécificités des bouleversements que subissent les sociétés pastorales. ------------Gestion coutumière et modernisation La gestion de l'espace pastoral dans le droit coutumier est d'abord une gestion du temps d'accès à la ressource à travers la mobilité. Les agdals (mises en défens traditionnelles), l'exploitation du finage selon les contraintes saisonnières imposées par le milieu, et les accords pastoraux permettaient d'élargir le champ des déplacements et de réguler la fréquence d'utilisation des ressources, garantissant ainsi la régénération des pâturages. Les expériences de privatisation et de labour dans les autres pays du Maghreb, montrent la fragilité des écosystèmes steppiques, le développement de stades post-culturaux, à travers des plantes arbustives ou rudérales qui sont souvent les premiers signes d'une perturbation irréversible du milieu. Les labours livrent souvent à la nature des milieux qui ne sont plus propres ni aux cultures ni aux pâturages. C'est un risque écologique qu'occasionne l'agriculture dans ces milieux. La réduction des espaces pâturables affectent ainsi considérablement les troupeaux des nomades. Les mutations actuelles que subit l'espace pastoral ne sont pas sans agir sur l'ordre social, aussi bien au niveau de l'équilibre entre groupes sociaux (fractions, tribus, douar) qu'au niveau de leur composition. Quand les bases territoriales des communautés sont sapées, la déstructuration du groupe est inéluctable. 1 - Au Maroc Oriental, le PDPEO (Projet de développement de l'élevage et des parcours de l'Oriental), qui concerne plus de 9000 familles nomades, conduit à des mouvements d'appropriation de grande ampleur ; la pratique de zniga (labour au tracteur d'une large bande entourant la tente ou l'abri), se présente comme une délimitation d'un futur terrain dont la violation des limites pourrait conduire à des conflits ouverts tant avec les membres de la tribu qu'avec les techniciens et aménageurs ; or, la majorité des éleveurs pratiquaient avant le projet une culture pluviale, et abandonnaient les terrains après les récoltes, sans qu'il y ait eu des droits fixes sur ces terrains. Les mises en repos d'une superficie totale dépassant les 700 000 ha - l'objectif du projet est d'atteindre un million d'hectares clôturés - ont poussé les éleveurs à s'assurer des terrains à titre privatif. Or, ce mouvement ne se fait pas sans heurts entre les tribus constituant la confédération des Beni Guil, ou au sein des lignages, avec l'émergence de notables détournant à leur profit les aménagements du projet. 2 - Le Moyen Atlas est une région pastorale riche, elle dispose de plusieurs atouts, notamment la multiplicité des sources au niveau du piémont, et la richesse du tapis herbacé et de la strate arborée. La réduction des mouvements des troupeaux est entrain de céder la place à des exploitations modernes développant un élevage de stabulation et une arboriculture fruitière (pommier et cerisier) assez moderne ; en plus, les CT (Centres de Travaux) et les directions provinciales d'agriculture font de la vulgarisation auprès des agriculteurs, qui disposent souvent de compétences certaines en matière de commercialisation. La logique des notabilités locales est de renforcer leur pouvoir local, étendre leur assise économique, et jouer le rôle de protecteur des leurs tribus et donc celui d'intermédiaires avec l'Etat. Au Moyen Atlas, le projet censé améliorer les conditions des populations locales est, de l'avis de tous les observateurs, un échec total ; les clôtures des périmètres pastoraux sont souvent choisies sur les meilleurs pâturages, car leur réussite devait convaincre les éleveurs de la nécessité de multiplier les mises en défens. Or, elles étaient quelques fois situées sur les axes de transhumance des tribus, ce qui désorganisa les mouvements des troupeaux. (à suivre) ------------------END OF MESSAGE---------------------------------------- Objet:LEAD-Pastoral-Econf-T4 Contribution 1 d'Ibrahima Thiam : risque politique Date:Tue, 14 Jan 2003 15:27:57 +0000 De: Véronique Ancey Eh bien, voilà qui ramène vigoureusement le risque politique au centre de la discussion ! Merci Ibrahima pour cet exemple argumenté. A la suite de l'intervention de Michel Ferry, qui m'a du reste inspiré, je me permets de porter ma réflexion sur la gestion des risques en milieu pastoral (du Ferlo Sénégal) suivant deux entrées. D'abord celle des risques naturels, sécheresse surtout mais aussi intempéries comme celui de janvier 2001 (pluies de contre saison et froid) qu'a connu le Sénégal avec tous les ravages connus (des milliers de têtes de bétail morts et même des pertes humaines). De ce fait, je suis particulièrement d'accord avec M. Ferry quant à ne plus gérer la fatalité mais non plus il ne faut plus se focaliser sur les mesures d'aides venant de l'Etat. Les pratiquants de terrain que nous sommes savons tous que ces mesures ne sont pas efficaces (détournement de l'aide, clientélisme.), ne touchent jamais tous les pasteurs particulièrement les plus pauvres et même si c'est le cas elles sont loin de régler la problème. Dès lors, il me paraît important de revoir la gestion des risques sous un autre angle, celui des politiques de développement même si on ne peut pas se passer de la première « pour être proche des populations » comme disent les politiciens mais aussi pour mobiliser l'aide au développement. En effet, et ce sera la seconde entrée, il est indispensable que l'Etat en rapport avec les acteurs que sont les pasteurs, définit une véritable politique de développement à objectifs. Dans ce cadre, la reconnaissance du pastoralisme comme système de production et d'exploitation du milieu me paraît indispensable, avec une reconnaissance au même titre que l'agriculture. Cette reconnaissance pourrait, devrait passer entre autres par une sécurisation des pratiques foncières et notamment des modes d'appropriation ou d'accès aux terres (et donc aux ressources qu'elle portent). Bien qu'il soit évident qu'on ne va pas créer des exploitations privées sur un modèle européen, le contexte socioculturel, économique n'étant pas pareil, des mesures doivent être prises pour faire face à l'avancée sans cesse croissante des fronts pionniers agricoles sur les terres de parcours (A. DIOUF, 2000 ; I. THIAM, 2001 et BONNAFIS R., 2002). Des mesures rapides (en concertation avec les usagers) doivent être prises pour conserver et gérer l'existant. A cet effet, comme l'a dit Michel FERRY, « . les pasteurs ont tout intérêt à raisonner en ne comptant que sur eux-mêmes. eux-mêmes organisés en force de pression et de proposition politique ». Ce serait un premier niveau de sécurisation et de gestion des risques et on voit que les pasteurs ont le premier rôle à y jouer : les stratégies de décision et d'action ne peuvent venir que d'eux car les agriculteurs savent plus que quiconque que le pouvoir (gérer des risques c'est acquérir de l'information, donc du pouvoir que n'est pas sensé détenir le voisin) n'a de sens que si elle sert à atteindre ses objectifs. Et là tout le monde, chercheurs, développeurs, pasteurs et l'Etat ont leur rôle à jouer. Les chercheurs en cessant de contourner la question foncière s'ils veulent aider à la pérennité du pastoralisme qui est, du fait justement de cette insécurité notamment, loin d'être un système d'exploitation du milieu durable. Mais cela peut se « comprendre » dans une situation d'incertitude qui ressemble fort à la tragédie des communs. Les développeurs doivent de leur côté jouer comme une véritable interface entre d'un côté les chercheurs qu'ils disent cloisonnés dans leur coquille et l'Etat qu'ils ont du mal à faire toucher aux véritables problèmes de la base par peur de sanctions (expérience de terrain suite à des discussions avec des collègues). Eh oui, car paradoxalement, l'Etat ne veut pas entendre parler des véritables problèmes des ruraux de peur de les voir servir d'arme contre lui par les entrepreneurs politiques notamment de l'opposition. Ainsi d'une certaine manière on peut comprendre la position de certains agents de l'administration à la base quant à leur refus de servir de cible, d'être coincés entre le marteau et l'enclume. Mais revenons à l'Etat par rapport à cette politique de développement pastoral qui me paraît indispensable dans la gestion des risques. En effet, il me paraît important qu'une véritable lecture doit être faite en matière de politique global du secteur élevage. En effet, il faut savoir ce que l'on veut. Si le Sénégal importe selon certaines sources entre 30 et 40 milliards de francs CFA de produits laitiers, le cas de la Tunisie est là pour nous montrer qu'il n' y a pas de fatalisme. Ce pays, en l'espace d'une vingtaine d'années (1970-2000) a su atteindre l'autosuffisance alimentaire en lait et même envisager d'en exporter vers ses pays limitrophes. Cependant cela s'est fait au prix de sacrifices et d'efforts de tous et notamment des pasteurs : mesures incitatives ( subventions) par ci, coercitives par là (privatisation des terres et disparition quasi totale de la race bovine locale), mise en place d'institutions et d'organismes à tous les échelles de la filière laitière. Mais le résultat n'en vaudrait-il pas la peine ? En effet, il faudrait reconnaître que quelles que soient les critiques de ce modèle elle est basée sur une planification raisonnée et elle a le mérite de sécuriser une corporation, un système de production et qui plus est, dans un environnement plus hostile que celui sénégalais du Ferlo. Mon intention n'est pas d'aller dans le sens ou contre tel ou tel système de production et particulièrement le pastoralisme, mais il me paraissait indispensable d'apporter ces éclairages (critiquer pour aider, orienter) car on ne peut pas vouloir une chose (maintenir un système de production pastoral dont plusieurs auteurs ont démontré sa meilleure adéquation avec un tel contexte environnemental de rareté des pluies, des ressources, d'hostilité du milieu.) et son contraire (ne pas mettre les moyens qu'il faut pour arriver à ces fins). Mais peut-être que sauver le pastoralisme (par une gestion des risques) n'est qu'une représentation que se font les chercheurs de ce système de production ? qu'en est-il vraiment des décideurs politiques, de l'Etat, des développeurs ? PS: Pour ceux que ça intéresserait, j'ai le document sur l'étude de la filière lait bovine en Tunisie. A mon avis, un exemple de décision et de politique de développement qui devrait inspirer nos Etats. ===== Ibrahima THIAM Ingénieur Tech. Agr. ------------------END OF MESSAGE---------------------------------------- Objet: LEAD-Pastoral-Econf-T4 . Contribution 1 de Roland Hammel Date: Thu, 16 Jan 2003 15:57:03 +0000 De: Véronique Ancey Ah ! Roland Hammel parle des déterminants, du fonctionnement et du suivi des décisions politiques : l'angle mort de l'analyse dans trop de débats techniques. Il le fait bien, lisez. V. Hélas, Véronique nous rappelle dans sa première partie du texte d'introduction, que l'expérience passée n'est guère prise en compte dans les stratégies, pas plus au niveau politique qu'au niveau des bailleurs de fonds, en ce qui concerne la gestion des risques. En cas de nouvelle crise grave, chacun va ré-inventer la roue en toute hâte, c'est à dire avec la hâte habituelle des superstructures de l'aide et des Etats. Personne n'est prêt, aucun plan n'est élaboré, les fonds ne sont pas prévus. Et l'aide sera insuffisante, mal adaptée, et elle arrivera comme toujours trop tard..beaucoup trop tard. S' il s'agissait de catastrophe dans nos pays du Nord, on serait prompt à chercher des responsabilités et faire tomber des têtes des élus ou des responsables techniques. Mais c'est de l'aide et du développement...l'essentiel est que le volume de fonds nous aide à approcher des quotas prévus, et les gonfle pour approcher les fameux 0,7 % gagner une place dans ce palmarès de pays donateurs dont aucun n'a respecté cet engagement. Pourtant des sommes colossales sont investies dans les systèmes d'alerte précoce, d'observation, etc.. mais on doit constater que ces savants et couteux systèmes nous fournissent rarement plus d'information que ce que tout le monde savait déjà depuis plusieurs mois sur place...que le prix du mil grimpe et grimpera encore, que le prix des animaux s'effondre, que les éleveurs décapitalisent à grande vitesse..et ne font plus qu'un repas tous les trois jours. En juin 1998, au Niger, quand les bailleurs de fonds étaient occupés à Niamey à faire fonctionner leur belles machines à brasser de l'argent, Quand l'Etat s'attelait à la tâche urgente de repeindre en bleu et blanc les murs des grands bâtiment et à construire des sculptures sur les places de la ville.. Quand au niveau des autorités locales ont niait simplement l'existence d'une famine qui était pourtant évidente... A ce moment là, les bouchers traditionnels du Nigéria étaient déjà arrivé à pied dans les zones pastorales du Niger. Ils étaient déjà à pied d'ouvre et achetaient pour quelques tia de mil, les animaux mourrant pour faire sur place de la viande boucanée. Même au niveau politique, on peut parier que les éleveurs se trouveront confronté aux même difficultés, peut-être même pire qu'il y a 19 ans, à savoir les difficultés pour trouver des zones de repli et se déplacer. Dans certaines régions en 84, c'est l'Etat qui a empêché les éleveurs de descendre au Sud pour protéger des cultures pourtant déjà compromises. C'est parfois aussi l'Etat qui a mobilisé des camions pour déplacer des troupeaux..tout dépendait de la sensibilité personnelle de l'administrateur local, en l'absence de plan. Et pourtant, après la sécheresse, le paysan retrouve son champs et ses capacités de production. L'éleveur lui, doit impérativement sauver le cheptel pour exister après la crise. Tout le monde le sait.. A-t-on déjà fait des priorités quelque part pour prévenir ce cas de figure ? Ou croit-on encore que quelques camions de graines de coton suffiront à sauver le cheptel...surtout si elle arrive finalement en août ou septembre ...? Véronique dit."sans parler pour l'instant des difficultés de fonctionnement des politiques et des systèmes d'information..." Moi je dis parlons-en ! L'incurie de décideurs politiques, mais surtout de décideurs au niveau des grands bailleurs de fonds, ont souvent causé des désastres humains, par non assistance, alors que les actions étaient possibles. Des recherches sérieuses sont menées depuis des décennies par des gens compétents concernant le système pastoral et ses stratégies, mais rares sont les grands projets ou grands volumes d'aide d'urgence qui en tiennent compte. La grande découverte du PNUD en 1992, à savoir le "nouveau paradigme de l'élevage au Sahel" n'était nouveau que pour ceux qui prenaient le train en marche au niveau du PNUD. Les quelques tableaux que j'avais fourni en début de conférence sur la répartition de propriété du cheptel, les temps de reconstitution, etc, proviennent pour l'essentiel d'un grand projet de recherche mené au Niger de 1979 à 1984, qui avait fortement argumenté de manière scientifique et pluri disciplinaire pour la sauvegarde des capacités de mobilité des éleveurs et réalisé des études profondes de leur économie (NRLP, avec Jeremy Swift et Cynthia White, etc.). Cela n'empêche pas de voir dans les années 90 de grands projets qui ont pourtant dépensé des fortunes dans les experts, refaire des découvertes similaires après plusieurs années d'errance technique et se rendre compte que leurs approches étaient simplistes. Un exemple ... ?. On a testé quelque part au Sahel, dans un grand projet, des protocoles de rotation des pâturages établis dans des régions à strate herbacée vivace sur un autre continent, avec pour seul résultat tangible des phénomènes d'exclusion et des accaparement de territoire. On a tenté dans un GROS projet, quelque part au Sahel, d'établir un découpage de la zone pastorale en créant artificiellement des unités pastorales qui incluaient la population "résidente" dans des carrés réguliers de 15 Km de côté. Non ce n'était pas en 1950, mais il y a moins de 10 ans !!!!. Et il ne s'est trouvé personne pour relever cette approche pour le moins étrange...personne ne veut faire de vagues et froisser des gens dont on aura un jour besoin. Une évaluation a conclu grosso modo que cela ne fonctionnait pas après quelques années et puis voilà...tous le monde est resté bon amis, et le contribuable des pays du Nord n'en sait rien de toute manière. Peut-être cela vient-il du fait que les "boss" chez les grands bailleurs de fond ou les responsables des coopérations bilatérales sont rarement arrivés là après une longue expérience de pratique du développement ? Et ce cas de figure est de plus en plus fréquent. Lorsqu'il faut argumenter un plan d'urgence ou de prévention de crise dans un pays donné avec quelqu'un qui vient d'arriver dans ce pays, n'a jamais été confronté à une gestion autre que virtuelle du problème, et ne connaît pas encore les choses les plus élémentaires du milieu social, comment faire ? Dans certains cas, ces gens n'ont même pas l'intérêt académique pour la question, ne lisent pas les travaux d'experts ou les livres existants, uniquement centré sur le débats interne de leur structure, leur fonction. Qui n'a jamais été confronté à l'incompréhension de décideurs étrangers au débat et qui n'ont pas le temps (ou l'envie) de lire vos documents ? Qui ne sont même pas des interlocuteurs ? J'avais fourni un tableau dans la conférence, présentant sur deux ans les fluctuations des prix du mil et des taurillons, dans une région donnée, basée sur des relevés de 5 marchés différents ( voir le site LEAD) Il y a du travail, de la rigueur et du temps derrière ça, pas seulement le mien, mais aussi celui des services d'élevage et de nos animateurs de projet. Ceci devait aider, dans le dernier projet dans lequel j'ai travaillé, à la compréhension d'un système financier visant à temporiser les effets des fluctuations, que nous avions mit en place et qui fonctionnait assez bien. Nous voulions le vérifier et le démontrer par un suivi rigoureux et avoir des résultats à présenter. C'est la moindre des choses, aussi bien pour le bailleur, que pour les cadres de terrain et les éleveurs participants. Et pourtant je n'aime pas particulièrement faire ce genre de compte je vous assure.. Lorsque le responsable chez le bailleur à vu la couverture du rapport de suivi de cette action, il m'a dit.."C'est quoi? Le prix des chèvres ? ça c'est technique, ça m'intéresse pas". Et c'était pareil avec tous les aspects. Notons que c'était son premier poste "de terrain" puisque chez ce bailleur, c'est ainsi qu'on appelle les nominations dans les capitales des pays du Sud. Un an après, il coupait les fonds du projet parce qu'il n'avait rien suivi et ne connaissait pas notre travail. Un évaluateur envoyé auparavant n'avait même pas pu retracer le fonctionnement élémentaire des 7 axes d'intervention du projet, ni le système de décision du projet basé sur des représentants élus. J'appelle tout ça de l'amateurisme et un manque de conscience professionnelle, un manque d'Ethique de travail. Alors oui, les "difficultés de fonctionnement" dont parle Véronique, j'avais envie d'en parler, et je pourrais encore continuer, il y a tant à dire..(et je me retiens). Voilà pour mon premier message sur ce thème, un peu passionnel, mais on est entre nous.. Je serai plus précis et plus concret dans le prochain, ... Mais le préalable a toute approche de travail concertée et efficace sur le terrain dans le futur, passera sans doute par une amélioration des critères de recrutement des cadres au niveau des grands bailleurs et par une adaptation de leurs procédures internes, qui actuellement totalement en déphasage avec des objectifs d'efficacité. Qu'on aie enfin des interlocuteurs sérieux, et des procédures qui permettent de travailler ! ------------------END OF MESSAGE---------------------------------------- Objet: LEAD-Pastoral-Econf-T4. Contribution 1 de M. Gousseff : aide publique Date: Thu, 16 Jan 2003 16:05:06 +0000 De: Véronique Ancey Voici une question simple et directe (ce sont les plus difficiles). Dans quelle mesure peut-on transposer dans les Etats et les sociétés sahéliennes des éléments des systèmes d'aide publique (assurance, indemnisations...) d'ailleurs sur la sellette dans les Etats du Nord ? V. Bonjour, Je ne suis ni pastoraliste ni agronome ni forestier mais plutôt biométricien/modélisateur. Je voudrais juste apporter une bien modeste contribution sur un milieu que je ne fais que découvrir. Les intempéries hors saison que le Sénégal a subi en janvier 2001 ont entraîné des pertes importantes au niveau du cheptel, comme M. Thiam l'a déjà évoqué. Si on considère l'aide publique comme participant à la gestion du risque, une question toute particulière s'est posée. Comment indemniser les éleveurs ? En effet les troupeaux ne sont pas recensés de manière précise, et les chiffres officiels disponibles comme par exemple les animaux recensés dans les parcs de vaccination sont très biaisés (sous estimés bien sûr dans ce cas). De même les animaux réellement morts suite à ces intempéries sont difficiles à estimer précisément, et les actuelles demandes d'indemnisation semblent sur-estimer ces effectifs. Par exemple si on compare le nombre d'animaux déclarés morts à cause des intemmpéries au nombre total d'animaux déclarés dans le département de Podor, on devrait conlure que 95% des animaux sont morts ! Ce qui ne correspond pas à l'impression qu'on peut avoir à vue d'oeil ! (malheureusement je n'ai pas encore ces chiffres "officiels" !) La question est posée notamment par la SAED (Société d'aménagement et de développement du delta et de la vallée du fleuve sénégal) de l'identification des animaux et du recensement des troupeaux. Cette procédure qui paraît inévitable pour une répartition juste des aides publiques en cas d'occurence de "catstrophe" climatique ou sanitaire se heurte pourtant à une réalité complexe et délicate : - L'unité de gestion du troupeau est le gallé, avec un seul gestionnaire mais plusieurs propriétaires pour les animaux - Notion de confiage : certains animaux appartiennent à d'autres éleveurs ou à des agriculteurs voire à des commerçants ou fonctionnaires urbains qui les confient pour le pâturageà des éleveurs de la zone - Les éleveurs rechignent à ce que soient connus les effectifs réels de leur troupeau, pour des raisons fiscales, sociales, culturelles. La volonté de connaitre les effectifs des troupeaux et/ou d'identifier les animaux individuellement est donc présentée comme un facteur favorisant les aides publiques par " l'administration" et ressentie comme une volonté de contrôle par les éleveurs. N'en est il pas de même pour toutes les formes d'aide publiques ? (question non réthorique d'un néophyte attendant des contributions en ce sens, merci d'avance) Par exemple volonté de sédentarisation ou de contrôle des populations ? J'espère ne pas m'être trop éloigné du thème 4 en soulevant l'ambivalence des aides publiques dans le cadre de la gestion des risques. Gousseff, Cirad EMVT Equipe Modelisation de la productivité des cheptels. gousseff@cirad.fr PS : Si certains d'entre vous connaissent des initiatives de recensement et d'identification de troupeaux dans ce type de contexte merci d'avance de me contacter ! ------------------END OF MESSAGE---------------------------------------- Objet: LEAD-Pastoral-Econf-T4. Réponse de I. Thiam à M. Gousseff Date: Fri, 17 Jan 2003 09:46:54 +0000 De: Véronique Ancey Je donne un élément d'éclairage sur la contribution de Gousseff. En effet, le probléme du recensement des cheptels se pose en Afrique et cela renvoie à des processus historiques liés à la colonisation et la taxe sur le bétail. Mais je ne m'attarderai pas sur ce point et mon objectif est tout simplement de donner une piste sur des initiatives entamées par le ministère de l'Elevage dans la région de Kolda avec des privés du groupe Laprovet; le responsable est Monsieur Waly Niane ex-inspecteur départemental de l'élevage de kolda passé depuis dans le privé. Ce qui se faisait (j'en ai eu écho par les média) consiste en un peu une numérotation des animaux de tout les éleveurs de la région (phase test et qui devrait se généraliser partout au sénégal si les résultats sont concluants !) basé sur le modéle français d'identification nationale par codage : pays, région ou département, commune, puis un code pour chaque éleveur. La finalité d'un tel processus est bien sûr la gestion du risque vu sous l'angle de l'insécurité de la région et des razzias vers la guinée bissau; ce qui fait appraemment que les éleveurs soient à priori très ouverts à cette innovation. depuis lors, je n'en connais pas plus étant donné mon éloignement du Sénégal. j'espère avoir apporté un plus mais je pense qu'il pourrait tjrs se rapporcher de la Direl pour de plus amples informations. A mon avis ce questionnement ne sort pas des risques car étant de toute façon une stratégie des éleveurs face à un risque aux origines historiques; comme tout processus d'innovation, et partant du fait que les éleveurs sont des homo oeconomicus à la rationalité même limitée, il faudra du temps et de la patience pour inverser les tendances. Car comme disait C.H. KANE dans l'aventure ambigüe " Ce que l'on gagne vaut-il mieux que ce que l'on perd ?" C'est là toute clé de la maitrise des effectifs du cheptel et qui renvoie une fois de plus aux politiques publiques pastorales. Ibrahima Thiam ------------------END OF MESSAGE---------------------------------------- Objet: LEAD-Pastoral-Econf-T4. Réponse de Jean César à Roland Hammel Date: Fri, 17 Jan 2003 10:31:07 +0000 De: Véronique Ancey Contribution de Jean César, Bravo à Roland Hammel pour son intervention ; il a osé écrire ce que tout le monde pensait sur « les critères de recrutement des cadres des grands bailleurs » Qui n'a jamais été confronté à l'incompétence des bailleurs ? Qui n'a pas vu son projet fermer au moment où il commençait à porter ses fruits ? Et que peut-on faire avec « quelqu'un qui vient d'arriver dans ce pays »? Mais pour que tout soit en ordre, il y a la règle de 4 ans de séjour à la coopération qui vous empêche de devenir efficace et que l'on abaisse maintenant à 2 ans pour être sûr que vous ne puissiez rien faire. Nous nous écartons du sujet ? pas vraiment car si notre travail peut aider à la gestion des risques, il faut qu'il soit utile. L'exemple des les systèmes d'alerte précoce, est intéressant. Il suffit de poser trois questions à un transhumant pour comprendre que leur système traditionnel d'information sera toujours plus rapide et plus efficace que le notre. Mais on s'est bien gardé de les poser avant de bâtir le projet. Le question de l'inégalité devant les risques à été posée par plusieurs d'entre-nous. Les petits éleveurs, les pauvres, sont ceux que pâtiront le plus de la crise. Ce sont eux qu'il faut soutenir, mais pour les reconnaître, il me semble nécessaire d'insérer dès le départ un volet social dans chaque projet. Ici la technique ne suffit plus. Dans un projet de lutte antiérosive au Tchad, le volet social avait cette question à résoudre : quels sont les bénéficiaires du projet ? à quelle classe sociale profite-t-il ?. La projet a été arrêté avant d'avoir eu la réponse. Jean César ------------------END OF MESSAGE---------------------------------------- Objet: LEAD-Pastoral-Econf-T4. Contribution de Laurence Boutinot Date: Fri, 17 Jan 2003 13:13:33 +0000 De: Véronique Ancey D'un point de vue du Sénégal ..entre autres.. A la suite de M. Ferry , je pense qu'il convient de ne pas considérer les pasteurs comme une seule entité homogène même si leurs situations se ressemblent d'un pays à un autre. Mais également à l'intérieur d'un même pays, il existe des stratégies et des niveaux de vie différents. Il en est de même chez les agriculteurs. On reproche de plus en plus aux méthodes participatives de ne rendre compte, à travers des diagnostics rapides, que des points de vue des groupes sociaux et des individus autorisés à parler , parfois au nom des autres, souvent en leur propre nom, excluant de fait les groupes dominés, faibles ou marginalisés : entre autres, les femmes, les jeunes et les éleveurs transhumants . Ce qui semble le plus difficile dans la gestion des ressources naturelles est bien l'identification des différents usages d'une ressource et les groupes sociaux qui y sont associés. Mais les études indispensables pour ces identifications nous apprennent les différents modes de régulation et les normes partagées par ces acteurs : gestion concertée familiale ou en groupes solidaires , ou gestion individuelle, monnayée ou non, ; ou bien encore des modes de gestion plus ou moins médiatisés par les organismes d'aide, les ONgs, les projets dits participatifs, qui , du reste, modifient souvent la nature des relations existantes au préalable. Par exemple, des solidarités familiales larges peuvent être remplacées par des enjeux individuels pour capter l'aide au développement. En fonction de ces connaissances , la recherche doit pouvoir rendre compte de l'évolution des normes de gestion en vigueur et des enjeux sur les ressources qu'elle nous révèle. Ces enjeux sont dus à la raréfaction des ressources, mais aussi à la "marchandisation" de plus en plus évidente de ces ressources. D'ailleurs la notion même de ressources naturelles apparaît déjà comme une sorte de "chosification" d'un environnement naturel ; ce dernier pouvant au contraire avoir une "valeur en soi" ( C Claeys-Mekdade, F D Vivien 2002) pour les acteurs en question (du monde pastoral comme du monde agricole) . Bien sûr ces études nécessitent un pas de temps plus long que les expertises et les études de faisabilité avant projet. Mais elles sont indispensables et permettent , tout en rendant compte d'une plus grande complexité et d'une plus grande diversité des situations, de ne pas réduire le problème de développement ou d'appui au pastoralisme aux seuls problèmes de politique économique ou de communication et d'information. Si la problématique générale est l'appui au pastoralisme , elle reste encore imprécise (et c'est en cela que la recherche est utile ) : s'agit il de sauvegarder un mode de vie, le réhabiliter , ou bien s'adresser aux plus démunis du monde pastoral ? Les choix politiques ne sont pas tant dans la définition d'une planification de l'aide à l'élevage , on a vu souvent qu'elle était orientée vers la sédentarisation volontaire ou forcée (ce qui n'est pas toujours très différent) et qu'elle ne répondait pas aux attentes de nombre d'éleveurs. Même si les décisions politiques et économiques nationales sont nécessaires pour améliorer le sort des éleveurs, et qu'elles doivent être "bien" informées, elles doivent interroger en même temps la place politique et sociale qui est faite aux sociétés pastorales dans l'ensemble de la société . Le démarrage des processus de décentralisation au Niger, voire au Mali, n'est pas sans lien avec la crise Touareg et la conférence nationale au Mali en 1991. Si les rapports de force sont inégaux dans le partage d'un territoire et des ressources , entre agriculteurs et pasteurs en l'occurrence, il reste que la question pastorale, bien que spécifique, doit s'intégrer dans un ensemble de préoccupations qui touche le monde rural. Les questions touchant à l'objectivité des méthodes de "ciblage" des populations sont fondamentales en même temps qu'étroitement liées à celles qui touchent au système d'information à mettre en place pour prévenir des risques les éleveurs , et prévenir des aides les décideurs . Les relations entre l'Etat et les dites "sociétés civiles" sont suffisamment brouillées (et les projets de développement ne sont pas les derniers responsables ) pour qu'on se permette l'économie de l'étude de ces multiples interférences.. ou pour le moins d'en tenir compte dans un système d'information, comme dans une politique d'aide. Les systèmes d'information doivent tenir compte dans leur contenu des études de cas empiriques qui illustrent les relations des éleveurs aux agriculteurs,aux commerçants, aux leaders politiques, religieux, aux services techniques de l'Etat, aux administrations, aux Ongs etc. et surtout des formes de représentations et d'intégration qu'ont les éleveurs dans les lieux de décisions locaux et dans leurs extensions nationales . L'organisation des sociétés pastorales à l'échelle locale (et l'organisation des populations en général) dans une représentation légitime qui puisse leur permettre d'ouvrir eux mêmes le débat et de le replacer dans les instances légales décentralisées, est à considérer tant dans les recherches scientifiques que dans les projets de développement. Il s'agit de démocratie , certes, mais contrainte dans des modes locaux de régulation sociales à comprendre ( et souvent très hiérarchisés ) et dans des milieux écologiques fragiles dont la durabilité est à considérer comme élément irréductible et comme base de négociations. La question pastorale a cela de spécifique qu'elle ne se limite pas à une collectivité locale, mais qu'elle doit également mettre en jeu les relations entre les différentes collectivités locales concernées par les mouvements de transhumance. Pari d'autant plus difficile mais qui peut également contribuer à préciser les attributions des collectivités locales, encore mal définies dans la pratique . Cette situations de gestion des parcours dans les cadres légaux de la décentralisation peut permettre également de reconsidérer la notion de "mise en valeur " qui ne favorise dans le droit foncier que les agriculteurs et obligent les pasteurs à le devenir. ( à noter que cette même notion rend également dans le milieu agricole la "sécurisation" foncière conflictuelle). Ces questions de gestion décentralisées commencent à être prise en considération par certains organismes d'aide et des bailleurs de fonds. Et ce, quand bien même les élus locaux des collectivités décentralisées ne sont pas assez - pas encore, pas du tout - représentatifs des populations en général et des pasteurs en particulier ; même si ces élus locaux ne sont pas assez - pas encore , pas du tout - redevables envers leurs "administrés" . C'est à travers ces instances légales que les représentations légitimes des pasteurs (quand il y en a) doivent négocier. C'est à ce niveau là qu'il y a un besoin d'information, ou plutôt d'échange mutuel d'information entre tous les acteurs . La définition des risques est aussi un choix politique , à la fois pour la recherche et pour l'action. Le risque des conflits sociaux ne fait-il pas partie des risques de vulnérabilité des éleveurs ? Laurence boutinot Cirad Forêt PPZS Dakar ------------------END OF MESSAGE---------------------------------------- Objet: LEAD-Pastoral-Econf-T4 Hassan Kamil : perceptions du risque et dérives de l'aide Date: Fri, 17 Jan 2003 15:31:27 +0000 De: Véronique Ancey Ci-dessous, les éléments d'une vision du risque qui, comme la plupart de nos contributions met davantage en cause les dysfonctionnements de l'aide que le climat. L'intégralité de ce texte sera sous peu disponible sur le site (S'il vous plaît, prenez garde à ne pas dépasser trop le format d'une ou deux pages, lisible dans les échanges de ce genre !) A titre de participante, je me demande s'il faut forcément toujours imbriquer l'aide et les bailleurs dans le débat sur le risque pastoral, que ce soit pour les condamner ou pour s'en remettre à eux ? Comme le disent Roland, Hassan, Michel, les pasteurs devront compter d'abord sur eux. Quel est notre rôle là-dedans ? Véronique Je me demande jusqu'à quel point le risque peut-il être une notion opératoire ? N'est-il pas plutôt un élément de travail pour les chercheurs qui font des investigations sur les modèles de prévision de pénuries, ou les modèles multi-agents ? (...) Je crains que tout ce qui n'est pas explicable, et donc assimilé à des erreurs résiduelles, soit considéré comme un facteur de risque (mais je serais ravi si un économiste, par exemple, nous fait une petite contribution ou des orientations sur ce qu'est le risque)(...) Peut-on parler d'une topique du risque ? qui le définit, à partir de quelle position et pour exprimer ou défendre quel intérêt ? Quels instruments de gestion de risque - pour autant qu'ils existent dans les pays du sud - peut-on parler ? Car le risque existe pour tout le monde. (...) Le risque est donc à considérer dans son contexte local. Il n'est donc pas spécifique aux zones pastorales. Rappelons-nous que les régimes d' assurances sociales ont été instaurés au siècle dernier de façon obligatoire. Tout est affaire de pouvoirs publics. Et seul l'Etat, un Etat fort, peut protéger ses citoyens. (...) Nous savons tous que les thématiques du risque - et aussi la pauvreté - sont de plus en plus disséquée, recomposée et évaluée. Le but est de les contrôler ou les éradiquer. Les programmes et les observatoires de la désertification, de la faim ont coûté très cher, ont mobilisé de grosses équipes de chercheurs, mais n'ont pu encore produire un effet de masse auprès des populations concernées. (...) Le risque peut être voulu : parlons de l'enclavement politiquement calculé de vastes zones maintenues en survie médicalement assistée. Comment peut-on exiger du sud algérien, du nord Mali, du Niger ou du Maroc de faire le saut fatidique, et à leur population de vivre autre chose que le risque alors que tout a été fait pour qu'elles restent à la traîne ? Comment peut-on parler de l'exploitation du bois de chauffe alors que les entreprises indonésiennes et européennes râpent chaque jour les forêts, alors que l'exploitation de l'or au Mali a laissé un paysage lunaire, qu'on colmate à coup d'études et de plantations ? Parfois, on se demande comment on peut fustiger le sous-développement dans ce pays, ses agriculteurs, ses pasteurs, alors que quelque société étrangère d'exploitation de l'or y puise sa gloire, y laissant des pourboires insignifiants. A propos de l'aide et le risque Comment les acteurs de développement sont-ils restés contemplatifs, lorsque les agences dictaient les lettres de politiques agricoles à chaque Etat du Sud, ou lorsque les arrivages de viande sur les côtes cassent le prix des produits locaux ? Comment peut-on cautionner un système et des procédures qui réservent l'accès aux fonds aux instituts et aux ONG du nord ? Comment enfin réduire l'humanitaire, une notion universaliste qui lie tous les êtres humains sous toutes les latitudes, à une seule sémantique : l'aide assoit des hiérarchies, des lieux de production de sens, et du pouvoir ? Et ce qui devait rester universel devient culturel. L'aide vient du Nord, donc les idées, les compétences, .viennent aussi du nord. L'aide fonctionne ainsi comme des lignes de haute tension qui véhiculent un tas de choses. Plus que l'aide, c'est toute la politique de coopération qui est ainsi biaiséee. L' échec du développement, des programmes de prévision des risques, de la maîtrise locale des projets, est d'abord l'échec de la coopération. (...) Il est certain que l'insécurisation foncière se présente comme un facteur de risque. Les terres collectives sont souvent sous la tutelle des autorités, Ministères, Muderiyet El Badia (Cf . Gintzburger), le HCDS (Cf. Bedrani),.Or, il est peu probable que ces structures soient mues pas les mêmes intérêts que les éleveurs. Ce n'est pas en subventionnant l'aliment de bétail, en aménageant les pâturages ou en distribuant les plants, qu'elles vont résoudre les problèmes du pastoralisme. Ce n'est pas -et c'est valable pour les ONGs - en conduisant des projets dont les frais de fonctionnement dépassent de loin les réalisations, ce n'est pas en restant au bureau, à discuter des coopératives d'éleveurs, du planimétrage des parcours, ..que ces structures vont pouvoir aider les pasteurs à faire face au risque, un risque quotidien qu'ils connaissent parfaitement : les chevreaux qui crèvent d'une maladie inconnue, le fils-berger qui égare la moitié du troupeau, la crue (...) Quel positionnement du bailleur ? Un autre acteur dont on parle peu, est le bailleur de fonds. Dans les contributions précédentes, il n'a pas " le temps d'attendre " selon Gintzburegr, ou vise une large superficie (Tielkes), ou doit être conseillé (Peter Shiman), dans les précédentes communications sur le thème 3. Dans les discussions informelles, on le considère comme un pouvoir peu démocrate, éclairé par moment, mais aveugle tout le temps. Mais peut-on critiquer celui qui donne ? Qui n'a pas été confronté aux procédures autoblocantes des bailleurs, érigés en normes, parce que mise en place par des experts (en microéconomie ou en finances). Tout le monde sait que certains d'entre eux poussent parfois leur technicité jusqu'à dicter la politique du pays ou décréter par exemple que l 'élevage ne peut être financé - tous les bailleurs en bloc - tant quelqu'un certain pays n'a pas adopté les lois sur la santé animale- .deux ans de panne sèche, justifié par la priorisation du secteur cotonnier - comme c'est le cas dans tous les autres pays de la sous-région. (...) Imaginez, dans un pays X, un bailleur qui commence à distribuer l'argent à corrompre les chefs de tribus, à monter la population contre les autres opérateurs, à blâmer le chef de projet qui ne décaisse pas - un indicateur du bon fonctionnement des bailleurs - , à dire haut et fort que ni les autorités locales, ni les autres ONGs ne pourront occuper son terrain. Imaginez, dans un pays Y, un autre bailleur qui a fait le choix de confier l 'identification du projet à quelques commis sans scrupules, à tel point que l'on se demande si le document-projet n'était pas une plaisanterie. Hélas, le projet qui a été bel et bien accepté.même s'il constitue un saut en arrière. (...) Imaginons un bailleur dans une zone Z du Sahel qui y finance des périmètres rizicoles, et qui se refuse à en confier la gestion aux producteurs, et qu' il confie à une Direction de Projet. Rien de mal à cela sauf que les missions d'expertise, de réorientation, et d'évaluation n'ont pas évalué que lors d'une campagne agricole, un fonctionnaire s'est permis de subtiliser, mettons 3. 000 000 Fcfa de carburant qui devait faire fonctionner les turbines. Conséquences -évaluées à la baisse et uniquement pour 500 ha - chaque parcelle d'un ha a perdu 20 sacs, soit 150 000 Fcfa. En somme, 3 M de Fcfa ont englouti 75 M. La sécurité alimentaire passe d'abord par la sécurisation des droits des producteurs (chose que ne désirait probablement pas le bailleur) Une gestion virtuelle, comme le dit si bien R. Hammel. Ce risque-là existe, car en dépit des critiques sourdes des paysans, ils n'ont aucune emprise sur lui. Histoires imaginaires ?.Hélas elles sont plus vraies que je ne le dis. Les agro-pasteurs en sont les premières victimes. Cordialement Hassan KAMIL ------------------END OF MESSAGE---------------------------------------- Objet: LEAD-Pastoral-Econf-T4 Djimraou : assurance, aide publique et sociétés sahéliennes Date: Fri, 17 Jan 2003 15:51:35 +0000 De: Véronique Ancey Voilà une intervention d'Aboubacar Djimraou qui va particulièrement intéresser Mathieu Gousseff, à propos de la reproduction des mécanismes d'aide publique, Laurence Boutinot qui nous signalait à raison ce matin les différences d'état et de stratégies des groupes pastoraux, et Thiam qui évoquait la rationalité économique : ici c'est l'approche des différents capitaux (éco, social, humain) qui sous-tend l'évaluation de la vulnérabilité, donc des capacités de réponse diversifiées des pasteurs. Véronique Je m'appelle DJIMRAOU Aboubacar; je suis nigérien; je suis agro-économiste et, depuis mai 2000, je coordonne, pour l'ong CARE International à travers CARE Danmark et CARE Niger, un projet pastoral dans la région de Diffa au Niger oriental (1500 kms à l'est de Niamey la capitale à la frontière avec le Tchad et le Nigeria). L'intitulé officiel du projet est "projet de Sécurisation des Conditions de Vie des Ménages pastoraux de la région de Diffa ou projet SCVM pastoral" Assurances, indemnisations ... dans le contexte (non restrictif, non exclusif) des sociétés pastorales sahéliennes nous renvoient à la question de la réduction (ou minimisation) des risques et de la gestion des pertes (ou déficits) résultant des crises. Un des traits marquants de la zone pastoral de Diffa (et du sahel???) réside dans les crises clima tiques qui affectent périodiquement le milieu et les systèmes de vie des ménages et des communautés. Un système de vie peut se définir comme étant un ensemble dynamique de combinaisons entre des stratégies et des ressources de base en vue de réaliser des objectifs d'alimentation, de revenus ou d'économie, de santé-nutrition, d'accès à une bonne eau, de participation social, d'habitat, de sécurité, etc... la notion de déséquilibre prend tout son sens dans le contexte de la zone pastorale de Diffa et des zones pastorales sahéliennes de manière générale. le niveau des dommages causés par une catastrophe est d'autant plus grave que ces dommages touchent les biens productifs des individus, des ménages ou des communautés. ici, la notion de biens productifs comprend la force active de travail, le capital bétail, le capital financier, le capital & réseau social, la terre, etc ... ......restons au niveau des ménages pastoraux de la zone d'intervention de notre projet..... On y rencontre surtout des pasteurs peul fulbe, peul wodaabe, peul bororo, toubou daza, toubou teda, arabe mohamid, arabe awlad slimane, arabe choua, et arabe magharba. Chaque groupe social de pasteurs représente une façon particulière de comprendre et de réagir aux crises. Transposer des systèmes ou des mécanismes ici serait un travail difficile et quelque peu hasardeux. notre projet essaie de promouvoir des systèmes communautaires d'alerte précoce et de réponse aux urgences (scap-ru). ces scap-ru reposent d'abord sur la vision, les stratégies et les ressources des communautés de pasteurs. ... une aide publique utilisent des ressources individuelles et collectives mobilisées et gérées à un niveau collectif où des personnes "légitimée, légalisées, mandatées" apprécient les situations d'urgence, évaluent des besoins, priorisent des actions et décident de l'affectation des ressources. dans un système d'aide publique, tout dépend donc de l'importance des ressources disponibles et de la manière d'exercer des décideurs ..... mais aussi et surtout du poids de la société civile au sein de la collectivité locale et nationale. Dans notre contexte, l'aide publique se résume à quelques distributions de biens (alimentaires ou productifs) dépendamment des humeurs et sensibilités de quelques politico-administratifs ..... alors meme que ces biens proviennent généralement de gouvernements et/ou organismes des pays riches... heureusement que les organisations et associations nationales et internationales de développement s'impliquent de plus en plus directement dans "la décision d'affectation de l'aide et l'acheminement de l'aide"..... autrement il est difficile, au stade actuel de développement de nos pays, de parler d'une transposition de systèmes d'aide qui puissent apporter des bénéfices réels aux ménages et aux communautés de pasteurs victimes de crises ou de catastrophes. cherchons le système d'aide d'abord dans le génie propre des pasteurs. S'assurer, comme dirait Paul-Marie Boulanger, c'est accepter de perdre un peu maintenant (la prime d'assurance) pour ne pas perdre beaucoup demain (du fait de l'occurence de la crise ou de la catastrophe) Le système d'assurance relève donc, au prime abord, d'une stratégie de gestion anticipée des pertes. cette perte possible étant liée à une crise ou une catastrophe probable donc risquée, le système d'assurance participe aussi d'une stratégie de réduction de la gravité des conséquences du risque transformé en crise ou en catastrophe. L'assurance suppose donc, un minimum de présence et d'implication consciente de l'assuré lorsque celui-ci est une personne "autonome" avec des responssabilités dans un système de vie qui lui est propre. le fonds d'assurance, pour se constituer, pour fonctionner et se perpétuer a besoin que la catastrophe ne survienne pas trop souvent et ne touche pas tous les assurés au meme moment avec la meme gravité. sinon le cout de la prime sera proche de la valeur des pertes encourues ...... et on pourrait préférer affronter la catastrophe. Au stade actuel de développement de nos pays, un système d'assurance tel qu'on le voit en europe est difficile à mettre en place pour les ménages et les communautés de pasteurs sahéliens. Il faut plutot rester au niveau des ménages et des communautés pour promouvoir les meilleures des stratégies de réduction des risques et de gestion des pertes qui existe en grand nombre au sein des sociétés pastorales (stratégies de réduction des risques: diversification, capitalisation sous des formes variées, développement du réseau et du capital social, épargne, stock de sécurité, etc... stratégies de gestion des pertes: adaptation, ajustements, substitution, rupture et changement de système de vie, ...) ........ L'essentiel étant de sauver autant que possible les biens productifs, de retarder au maximum le début de la décapitalisation, de maintenir la décapitalisation à un niveau le plus bas possible. Ces stratégies varient fortement en fonction du niveau de vulnérabilité du ménage et de l'étape à laquelle on se situe dans le processus de développement des crises (avant la crise, pendant la crise, après la crise). la crise ou la catastrophe pour un ménage résulte de la conjonction de son niveau de vulnérabilité avec le seuil de risque auquel il devient effectivement sensible et vulnérable. la "connaissance participative exhaustive" des risques internes et externes liés au contexte de vie des ménages est une étape nécessaire dans le débat avec les communautés. Les discussions en cours entre notre projet et les communautés de pasteurs de la région de diffa cherchent le meilleur chemin qui permettrait de déboucher sur des systèmes communautaires appropriés et efficaces d'alerte précoce et de réponse aux urgences. Djimraou ------------------END OF MESSAGE---------------------------------------- Objet: lead-pastoral-econf-T4. Contribution de John Hall Date: Mon, 20 Jan 2003 10:03:29 +0000 De: Véronique Ancey Ci-dessous, la version définitive de la contribution de J. Hall. : la précédente est partie trop tôt. Mes excuses. En réponse à la question du rôle des institutions / agences / dans la prévention des risques pastoraux, John Hall évoque ici les principes d'un projet de gestion commune des ressources par la rotation de parcours diffusé dans plusieurs pays sahéliens. Et puis, il nous donne à réfléchir sur la notion de risque, d'une manière différente de celle qu'exprime Roland Hammel dans la contribution que je vous envoie ensuite. j'y reviendrai. Véronique ____________ Au terme d'une semaine d'echanges, les grandes lignes de la reponse a la question posee par le quatrieme theme commencent a se dessiner: D'une part, on reconnait que le "risque" est le propre de toute entreprise. En ce qui concerne les systemes pastoraux, si la diversite et la gravite potentielle de ces risques sont particulierement importantes, il s'agit d'une difference de degre et non de nature. Par ailleurs, si, comme le souligne N. Sghaier, le risque participe de la nature aleatoire du systeme d'exploitation, il est clair que ses effets ne pourront etre efficacement prevus et attenues de facon durable que par ceux qui concoivent et mettent en oeuvre ces systemes d'exploitation, c'est a dire les pasteurs eux-memes (I. Thiam). Dans cette optique, le role des institutions politiques, administratives et d'assistance supposees appuyer le secteur visera a assister les pasteurs dans la mise en oeuvre de leur propre strategie. SCENARIOS D'ATTENUATION DES RISQUES Le principe meme du processus de programmation de la gestion des ressources que le PPPOA s'est efforce de systematiser avec les communautes participantes vise au premier chef a assimiler le "risque" a une contrainte devant necessairement etre prise en compte dans l'exploitation de ces ressources: J'ecris "s'est efforce de systematiser" car que ce soit au niveau individuel, familial, ou de communautes plus vastes, ces strategies existent toujours. La question est comment les rendre plus efficaces et effectives. Cette programmation consiste donc a prevoir differents scenarios appropries AVANT que la catastrophe ne se produise, plutot que de gerer crise apres crise sans preparation adequate (R. Hamel). La litterature fournit un repertoire comprehensif des risques pesant sur les systemes pastoraux (Y. Evers, IIED, 1994, B. Toutain, 2000, etc)...incluant les risques de secheresse, de sante animale, les conflits, les predateurs, les feux de brousse, etc...auxquels H. Kamil ajoute les risques d'exactions douanieres particulierement graves pour le betail transitant du Sahel vers les pays importateurs de la Cote. Bref, la diversite de ces risques et leur gravite relative sont telles que l'identification des risques et la priorite avec laquelle ils seront abordes, ne peuvent etre efficacement decidees QUE par chaque communaute pastorale donnee en fonction de ses objectifs propres, des contraintes qui pesent sur elle et de son experience. S'il est clair que le nombre des "risques" pesant sur les systemes pastoraux est considerable, le contenu des scenarios supposes les attenuer ou les eviter est infini; par exemple: la recherche de la mobilite comme moyen d'attenuer le risque de secheresse comporte l'identification prealable de zones " de repli" et la passation d'arrangements avec d'autres usagers. Le risque sanitaire suppose l'incorporation d'eleveurs dans le systeme d'encadrement veterinaire. Les questions de commercialisation (vente d'animaux et achat d'aliments) se trouvent abordees plus efficacement par des communautes organisees que par les eleveurs individuels; les risques de conflits lies a l'acces aux ressources doivent faire l'objet d'une concertation entre les differents usagers avant que ces ressources ne se rarefient, etc... AMELIORATION DES INTERVENTIONS D'AIDE Si l'etablissement de la strategie d'attenuation du risque ne peut se concevoir qu'au niveau d'une communaute donnee, sa mise en oeuvre requiert, la plupart du temps, un environnement institutionnel favorable, et c'est a ce niveau, conformement a l'approche "oportunistique" developpee a la suite des travaux de R. Behnke et L. Scoones, que doivent intervenir l'administration, les organisations non gouvernementales et les bailleurs de fonds: - En encourageant/ facilitant l'organisation de la communaute concernee, au moyen du developpement de sa capacite de decision et de mise en oeuvre, bref un ensemble d'activites visant a developper les formes d'organisation communautaires (Comites de gestion), leur capacite de programmation (en facilitant la mise en commun de l'experience des membres de la communaute), la communication avec l'administration, les autres usagers et les bailleurs de fonds, etc... - En oeuvrant avec les institutions exterieures a la communaute pour creer les conditions susceptibles de permettre a celle ci de mettre en oeuvre les scenarios qu'elle aura etabli: reconnaissance des formes d'organisation choisies, acces aux resources conformement aux arrangements passes entre les usagers, appui financier aux amenagements necessites par de tels scenarios, etc... - En se gardant d'etablir une automaticite entre l'ocurrence du risque et leurs mesures correctives: le meilleur exemple etant les subventions des aliments concentres en Afrique du Nord et au Moyen Orient, etablies initialement les annees de secheresse exceptionnelle, puis systematisees a chaque saison seche, pour devenir finalement permanentes. Il est clair que de telles interventions ne devront viser qu'a MINIMISER les risques, et en aucun cas, a les COMPENSER. En effet, lorsqu'un systeme de compensation automatique est etabli, son beneficiaire perd toute incitation a prevoir et a amenuiser le risque en question. - Dans les cas critiques ou des aides en nature doivent etre distribuees, en intervenant de la maniere la moins autoritaire possible dans leur allocation aux groupes juges, de l'exterieur, les plus "meritants". - Par la promotion de services adaptes aux besoins de prise de decision des communautes concernees en matiere de diffusion des prix du marche, des previsons meteorologiques, des systemes d'alerte, etc... Je concluerai en indiquant qu'au terme d'un exercice auquel s'etaient livres les representants des sept pays participant au PPPOA a Ouagadougou, en Fevrier 2002, a la question "Quelles sont les contraintes et les oportunites qui se sont presentees a vous dans la mise en oeuvre du programme ?" pas un seul participant n'a juge bon d'identifier ni la secheresse, ni l'insuffisance du cadre reglementaire, comme "risques" auxquels il se serait trouve confronte. En effet, il s'agit la de parametres inherents aux systemes pastoraux Saheliens qui sont necessairement pris en compte par les communautes fonctionnelles dans chacune de leurs decisions. -- John M. Hall ------------------END OF MESSAGE---------------------------------------- bjet: lead-pastoral-econf-T4. contribution 2 de Rolan Hammel. seuil de viabilité, mobilité, Niger. Date: Mon, 20 Jan 2003 10:38:34 +0000 De: Véronique Ancey Roland Hammel nous livre ici des actions menées au Niger pour sécuriser le système de vie des pasteurs. A l'appui de ces actions, l'indicateur du seuil de viabilité, en UBT/ps et la prise en compte de la nécessité et des droits à la mobilité. Merci, Bonne mission au Niger Roland. Véronique ____________________ Voici ma dernière contribution à la conférence, car je pars pour le Niger demain. Je mène une recherche postgrad sur les politiques de développement de l'élevage, et je vais rencontrer des bailleurs....peut-être que certains ont lu mon précédent message à la conférence ? Bien sûr, personne n'a de recettes qui soient applicable à tous les systèmes si l'on parle de sécurisation et de gestion des risques, mais je crois qu'un certain nombre d'éléments sont tout de même une constante sur laquelle on peut se baser, pour ensuite chercher des adaptations et des formes, de concert avec les interessés. Survolons la question point par point : (Encore une fois ici dessous, je parle du Sahel, des contextes que je connais, qui sont ceux du Niger, du Tchad et de la Mauritanie.) 1) Mobilité et zones de repli. Si l'on admet que la mobilité est l'outil de prédilection de la gestion des crises, et je crois que plus personne ne remet cela en cause à moins d'avoir manqué 30 ans d'épisodes sur le sujet, je pense que cette notion devrait devenir présente dans l'esprit de tout projet, de toute action, de tout texte de loi, et surtout des actions d'aménagements du territoire. je pense notamment au processus de décentralisation, et je crois fermement que la possibilité d'accès aux RN pour les pasteurs devrait être sérieusement protégée par des textes nationaux, cadres dans lequel les plans d'aménagement locaux pourraient être réalisé. Ceci à des degrés variables dans le temps. - Accès aux espaces cultivés après les récoltes. - Accès aux espaces de transhumance en saison des pluies. -Accès aux zones de repli en période de crise. Rappelons l'exemple donné en début de conférence. Les pasteurs du Nord Dakoro qui vivent encore en 2003 de leur propre cheptel, donc qui ne sont pas inféodés aux grands propriétaires, sont ceux qui ont pu, qui ont su, qui ont voulu prendre la route du Sud assez tôt en 1984. Les autres ont perdu leur cheptel et ne se sont pas relevés jusqu'à aujourd'hui, ou alors au prix de mille compromissions et patiences de tout ordre, après deux décennies de privations et de misères. S'ils ne sont pas partis suffisament tôt, c'est soit parce qu'ils avaient modifié leurs habitudes et tendaient vers la sédentarisation, soit parce que l'aide alimentaire qui leur était distribuée dans le Nord les retenait par un faux sentiment de sécurité, soit encore parce qu'ils craignaient la réaction des autorités. Les zones de repli qui les ont accueillis vers la frontière du Nigéria sont aujourd'hui presque totalement cultivées et défrichées pour le coton, l'arachide, etc... Je tire une sonnette d'alarme bien que cela serve rarement à quelque chose...si cela se reproduit nous verrons une catastrophe pire que la précédente, à moins que l'Etat ne fasse des priorités. Une année de récolte ce n'est rien comparé à 20 années sans troupeaux ou l'exode vers des villes qui n'offrent aucune alternative. Les zones de repli doivent être prévues à grande échelle dans ce monde désormais très peuplé. Les agriculteurs de ces zones doivent savoir, être informés que leur zone est une zone de repli pour le bétail en cas de catastrophe. Quitte à les indemniser pour une année, cela coûtera moins cher que d'assister des dizaines de milliers de personnes durant des années et des années. 2. Sécurisation du système. Le système, et donc les familles de pasteurs doivent pouvoir disposer de marge de manoeuvres économiques et stratégiques. Pour cela, leur économie doit pouvoir être relativement saine au moment de la crise. cela signifie que les familles vivent avec un cheptel suffisant, en dessus du seuil de viabilité. Il faut savoir qu'au Niger, la moyenne de la possession de bétail des pasteurs purs du département de Zinder est de 1,7 UBTs par personnes, alors que le seuil de viabilité est établi à 3, 8 UBT par Maliki, et 3 UBT par la FAO. C'est le résultat d'une grande ennquête menée sérieusement en 2000 dans le cadre du plan stratégique de l'AREN Maradi-Zinder, qui n'a interessé personne d'ailleurs, ni les bailleurs de fonds du projet, ni l'opérateur, et qui est aux oubliettes aujourd'hui. Dans le Nord Dakoro, j'ai trouvé 1,9 UBTs par personne. On ne fait que survoler le sujet ici, car c'est assez complexe. C'est pour cela que cela n'intéresse pas les bailleurs...il faudrait lire les documents pour suivre les raisonnements et ils n'ont pas le temps. Mais en résumé, cela signifie que toute ces familles ne pourront en aucun cas traverser une nouvelle crise, un nouvel épisode sec du type 84-85. Pour le traverser, elle doivent pouvoir se permettre une mortalité de 20 ou 30 % dans leur cheptel, elles doivent pouvoir scinder le troupeau pour maximiser les chances.....elles doivent pouvoir vendre pour se nourrir en attendant le retour des conditions plus favorables. Pourquoi en sont -elles là ? - Nous avons vu en début de conférence, comment les termes d'échanges céréales-bétail compromettent chaque année leur efforts. - Il faut mentionner aussi les pertes inutiles lorsque les troupeaux sont fortement amendés et mis en fourrière pour des dégâts aux champs qui sont parfois illusoires. - Le coût exorbitant des soins vétérinaires ajoutés aux frais de déplacements qui rendent toute intervention hors de prix et rarement envisagée par les éleveurs. Donc un surcoût pour des éléments vitaux du système de production. Le charbon symptomatique à lui seul cause déjà des pertes importantes en nombre, et n'est pas disponible....ou si peu. - L'absence totale de complément alimentaire de coût raisonnable. Non la graine de coton, même à 5 000 cfa le sac ne sert strictement à rien en cas de déficit fourrager. Des éleveurs se ruinent parfois en pure perte avec cette illusion. 3 Une piste de travail ?. Dans le cadre du PAAPB de 98 à 2000, nous avions cherché à agir sur tous ces paramètres par des renforcements adaptés. Le projet avait tracé des grandes lignes, et ensuite le système de décision passait dans les mains d'un comité de 7 éleveurs élus par la population, selon un système de représentation et de ré-élections tous les 6 mois. Tout, y compris les évaluations, le cadre logique format européen, les chiffres, les suivis de crédit, était restitué en langue locale et vulgarisé à un comité de représentants des groupements de 80 personnes, ceux qui élisaient le comité de 7 personnes. Tous non scolarisés, et pourtant.... Je peux confirmer, plus on remet de décision et d'outils de décision dans les mains des gens, mieux ça marche. A condition de travailler sur un terrain favorable, où existent déjà des structures. Ici c'était les groupements associatifs qui pré-existaient avant le projet, et qui ne se sont pas créés pour le projet. C'est un détail important. (ça aussi c'est un thème à maîtriser qui nécessite de l'expérience, et encore quelque chose qu'on ne peut faire comprendre aux bailleurs. Poser un diagnostic des structures en termes de représentativité réelle des leaders et de fonctionnement démocratique et non pas sur des standard de type ...tenue des comptes, tenues des PVs.) Le projet travaillait sur les axes suivants, tous complémentaires et ancrés dans une stratégie globale que tout le monde comprenait bien : - Banques céréalières autogérées de A à Z. Stocks de mil achetés en période de récolte et revendus prix coutant en période de hausse des prix. - Crédit à la vente de bétail. Tu veux vendre ton taureau. Il vaut 20 000 cfa au marché local. Je te l'achète 40 000, tu le garde dans ton troupeau, et je le revends 50 000 plus tard quand les prix seront meilleurs et sur un marché terminal. le bénéfice rentre dans le fond, l'augmente un peu et couvre les frais. - Récolte du foin en vert. Pour les éleveurs démunis seulement, afin de trouver un fourrage de première qualité en saison sèche. Méthode assez technique mais néanmoins facilement reproductible si la formation est soignée. Les gens apprécient beaucoup. - Appui à la commercialisation du beurre clarifié. Pourquoi le vendre 200 cfa / Litre aux commerçants quand il se vend 1500 cfa / litre en ville ? - Crédits d'élevage aux femmes démunies. Avec des délais cohérents avec la notion d'élevage. - Formation de para-juriste. Apprendre les droits, selon une formation dont les thèmes ont été établis sur commande des éleveurs. Savoir que cet agent de l'Etat ne peut pas me prendre mon animal en guise d'arrangement, que les champs doivent être libérés à telle date, et que j'ai des voies de recours.......fait par des juristes bien sûr. - Formation d'auxiliaires d'élevage réellement utiles, c'est à dire qu'ils ne disposent pas seulement de quelques poudres de perlimpimpin, mais bien des médicaments utiles dans leur zone. Vaccins anti-charbonneux, anti-pasteurellose. Tétracycline injectable. Il n'y a que deux agents d'élevage pour 300 000 têtes de bétail....donc il faut voir la réalité en face, etc......grand débat qui ne finira jamais. En formation de 3 modules, avec un système d'apprentissage performant et bien fait et un suivi rigoureux. - En sus, nous avons aussi répondu à la demande en formant des animateurs SIDA qui distribuaient des préservatifs gratuits aux jeunes, et soutenu les écoles que les éleveurs faisaient pousser dans la brousse. Tout cela avec une population de 25 000 pasteurs, beaucoup d'enthousiasme, un seul véhicule et un budget de 330 millions de FCA pour 3 ans, incluant le salaire conseiller technique expatrié fondateur du projet et le financement total du staff de l'opérateur à la capitale pour la gestion. Voilà un résumé très schématique d'une aventure humaine qui semble avoir porté des fruits et amélioré un peu la face du monde quelque part...à notre modeste échelle. Salutations à toutes et à tous. je lirai avec plaisir tous vos message et la fin de la conférence à mon retour. Roland Hammel ------------------END OF MESSAGE---------------------------------------- Objet: lead-pastoral-econf-T4. Contribution de Véronique Ancey Date: Mon, 20 Jan 2003 11:58:33 +0000 De: Véronique Ancey (A titre de participante) Qu'est-ce que le risque en économie ? a demandé Hassan. Je ne me risquerai pas à développer là-dessus mais je vous donne mes repères. schématiques, mais que des économistes patentés complèteront peut-être. Première famille : En terminale au lycée, et en théorie néoclassique au sens premier, on voit le risque sous l'angle du marché boursier ou de l'entreprise ; l'univers de référence se limite à ces enceintes et les acteurs se partagent entre ceux qui sont rétifs au risque et ceux qui le recherchent. Les stratégies de tout le monde s'ordonnent sur un gradient qui va de la maximisation espérée du gain à la limitation du risque (pour les minables). En 1952, Allais (prix Nobel 88, je crois ?) a proposé une autre interprétation du risque selon laquelle les stratégies des acteurs dépendent de celles des autres agents supposés rationnels, plus que de la maximisation du gain. Je passe ensuite sur une foule de travaux d'économie de l'assurance inspirés par cela. Longtemps après, années 70, H. Simon a enrichi la théorie en prenant en compte la rationalité limitée des agents : nul jugement de valeur, il s'agit de prendre en compte l'incertitude et les déficits d'information. On continue a représenter l'acteur qui gère de façon cérébrale et simultanée des informations dans un univers + ou - complexe, et non maîtrisé, mais fini. Deuxième famille : Amartya Sen. Bien qu'ayant été surnommé la "Mère Théresa de l'économie", il a quand même reçu le prix Nobel de cette discipline en 1997. Il a démontré economiquement plusieurs choses qui embarrassent d'autres économistes. A part cela, il a démontré que la famine peut arriver là où des greniers sont pleins et qu'elle menace ceux qui n'ont pas les moyens économiques, financiers, sociaux, physiques, intellectuels, de mobiliser des ressources. Il s'intéresse aux capacités (droits et possibilités immédiates) des individus de mobiliser des ressources : pour se mettre en sécurité. autrement dit, être moins vulnérable. Les institutions internationales ont repris cette approche pour construire l'indicateur de développement humain, qui remplace le PIB dans les programmes de développement et beaucoup de travaux de recherche / développement l'utilisent aussi. Et ce n'est pas seulement parce qu'il est né en Inde et qu'il a travaillé sur la famine, mais parce que sa représentation du monde inclut non seulement l'incertitude mais les inégalités, et des risques et des préférences de degrés et de natures différentes. Je sais que c'est schématique, et que les représentations binaires sont réductrices et dangereuses. cordialement, Véronique ------------------END OF MESSAGE---------------------------------------- Objet: LEAD-PASTORAL-ECONF-T4-Téléchargements Date: Mon, 20 Jan 2003 16:16:05 +0100 De: PESSEAT Sébastien Bonjour, De nouveaux documents sont disponibles sur le site Internet LEAD (adresse: http://www.virtualcentre.org/fr/frame.htm ; menu "conférences électroniques" ; bouton "téléchargements"). ------------------------------------------------------ Thème 4 "Perception et gestion des risques par les pasteurs: comment améliorer les conceptions et les interventions d'aide?" - Contribution 2 (intégrale, avec tableau final sur les "LOGIQUES DE DEVELOPPEMET COMPAREEES : CAS DE TROIS TERRAINS AU MAROC" ) de Hassan Kamil : aires pastorales (1 et 2), de Mardi 14 janvier 2003 (format Word ou PDF) - Contribution 3 (intégrale) de Hassan Kamil : perceptions du risque et dérives de l'aide, du Vendredi 17 janvier 2003 (formats Text - Word - PDF) - Risques naturels: les intempéries; "Pluies et vague de froid dans la vallée du fleuve Sénégal..." d'après un article publié dans l'édition du " Le Soleil " (Janvier 2002)(format HTML) ------------------------------------------------------ Pour consulter en ligne un document, cliquez (gauche) sur l'icône du format de votre préférence. Pour télécharger un document, cliquez (droit) sur l'icône du format de votre préférence, puis choisissez l'option "enregistrer la cible sous..." Pour toute information supplémentaire (inscription, participation, ou désabonnement), cliquez sur le lien suivant http://www.virtualcentre.org/fr/ele/inscrir.htm. Sébastien Pesseat (FAO/CIRAD) Webmaster de la plate-forme francophone LEAD Email : sebastien.pesseat@virtualcentre.org -----------------END OF MESSAGE---------------------------------------- Objet: ead-pastoral-econf-T4. Contribution 2 de J. Hall : renforcement des capacités des pasteurs et crocodile à lunettes Date: Mon, 20 Jan 2003 15:22:16 +0000 De: Véronique Ancey Ci-dessous, John Hall nous détaille la méthode de participation proposée par le projet de gestion commune par rotation de parcours (PPPAO). Merci pour cet apport au thème du renforcement des capacités. je me permets une question, comment sont élaborés les modules pédagogiques ? Véronique Avant la cloture de l'e-conference, je souhaiterais ajouter quelques mots a propos d'un sujet "transversal" aux quatre themes qui a ete souleve a plusieurs reprises: Il s'agit, selon la formulation des differents participants, de la question de "l'alphabetisation", de la "scolarisation" ou de la "formation" des pasteurs. Il s'agit d'une question importante, qui doit etre abordee a deux niveaux distincts: INSTRUCTION ET INTEGRATION SOCIALE Il est clair que le taux de scolarisation d'un groupe social donne (celui des pasteurs en particulier) est le meilleur indicateur du potentiel d'integration de ce secteur au sein de la nation, et de sa capacite a etre informe et a faire entendre sa voix dans l'etablissement et la mise en oeuvre des politiques le concernant. De ce point de vue, il est essentiel de militer en faveur de l'accroissement des ressources a l'education et autres programmes d'instruction. A noter que compte tenu du role crucial -et croissant- des femmes dans les activites pastorales, il est au moins aussi important d'insister sur la correction des taux de scolarisation des filles qui, dans les pays du Sahel, sont toujours inferieurs a ceux des garcons. DEVELOPPEMENT DES CAPACITES DES ADULTES Cela dit, il serait errone de penser que la scolarisation soit le prealable incontournable du developpement de la capacite des adultes analphabetes, ruraux aussi bien qu'urbains. Depuis, notamment, les travaux de P. Freire en matiere d'alphabetisation, de R. Chambers pour ce qui est des methodes de diagnostic participatif, de L. Srinavasan pour le developpement "experientiel" des competances, etc...un enorme chemin a ete parcouru, et les "methodes participatives" ne se reduisent plus aux exercices de "diagnostic rapide" dont l'insuffisance est deploree a juste titre par L. Boutinot. Ces travaux ont permis le developpement de systemes d'apprentissage des adultes analphabetes qui n'impliquent de passer par la chose ecrite et qui permettent a une communaute analphabete donnee de maitriser les outils de gestion les plus sophistiques aussi bien que le feraient des groupes ayant beneficie de la scolarisation. C'est dans cette optique que le PPPOA a developpe le manuel du "crocodile a lunettes" appele ainsi d'apres un dicton Wollof selon lequel "on n'apprend pas au crocodile la ou se trouve la marigot" (en d'autres termes, il n'est pas question n'apprendre le pastoralisme aux pasteurs eux-memes); par contre les lunettes lui permettront de mieux s'organiser, d'evaluer son milieu, de prendre ses decisons, de les mettre en oeuvre. etc.... Le manuel est constitue de neuf "Unites pedagogiques" concernant l'organisation, les conflits, la gestion des ressources, etc... comportant une quarantaine de modules pedagogiques d'une heure environ, visant a transmettre au groupe participant les capacites necessaires a l'etablissement et l'execution de son plan d'exploitation. L'approche consiste non pas a transmettre a la communaute un savoir elabore de l'exterieur, mais plutot a "faciliter" la mise en commun de l'experience des participants qui, en general, couvre l'essentiel des connaissances necessaires, le complement etant fourni, a la demande du groupe, par une "personne ressource" assistant l'animateur. Cette transmission se fait au moyen d'exercices et d'entretiens semi-structures faisant appel a de tres nombreuses illustrations preparees par des artistes locaux. Le "crocodile a lunettes" a ete teste avec differents groupes de pasteurs saheliens, du Senegal a l'est au Tchad a l'Ouest, avec des resultats etonnants, bien que tous ces groupes fussent analphabetes. L'agacement de certains au "mantra" de la "participation a la base" est bien comprehensible lorsqu'il n'est pas indique de quoi il s'agit vraiment. Pour etre effective, cette approche du developpement, qui semble particulierement prometteuse dans le cadre du secteur pastoral Sahelien, suppose l'etablissement d'un outillage pedagogique adapte et doit etre mis en oeuvre par un personnel qualifie. -- John M. Hall ------------------END OF MESSAGE---------------------------------------- Objet: Lead-pastoral-econf-T4 M. Gousseff : liste de risques Date: Tue, 21 Jan 2003 13:50:55 +0000 De: Véronique Ancey La fin de la conférence approche et rend certains d'entre nous plus soucieux de clarification et de synthèse... Merci Mathieu de cette proposition de trame des risques pastoraux. Qui s'y retrouve ? qui non ? V. ________ Excusez moi de ralentir un petit peu les débats avec les questions naïves d'un non-spécialiste du pastoralisme. Est il tout à fait illusoire de tenter de lister les principaux risques auxquels sont soumis les éleveurs de façon un petit peu exhaustive ? J'ai pour l'instant retenu Risques abiotiques : le risque de sécheresse, mais aussi d'intempéries (cf Thiack et intempéries de janvier 2002 au senegal) qui sont à court terme et les risques à plus long terme :desertification, érosion.. Risques sanitaires : épidémies, problèmes de stratégies de vaccination Risques socio économiques : - Foncier : diminution des terres paturables, problèmes de reconnaissance de l'activité pastorale comme mise en valeur C'est un risque à pas de temps plus important ? - Social et politique : la moindre représentation des eleveurs et le passage a une echelle locale des institutions rendent difficile la prise en compte de la mobilité des éleveurs. Les reglements edictés representent ils un risque pour l'elevage ? Toujours liés à la notion de mobilité la présence de frontières avec un risque de racket douanier représente un risque à la transhumance ou a l'exportation ? Des politiques d'aide alimentaire ne prenant pas en compte les spécificités de l'élevage (aide alimentaire cité par R Hammel comme freinant la transhumance) représentent un risque humanitaire paradoxal ? Je n'arrive pas bien à cerner les autres risques qui ne manquent pas d'exister, j'en suis sûr. Si les généreux contributeurs peuvent enrichir cette liste, cela me permettrait peut etre de voir plus clairement les domaines ou se posent la question de la gestion du risque. ------------------END OF MESSAGE---------------------------------------- Objet: lead-pastoral-econf-T4. Contribution de Hassan Kamil : fondements des risques Date: Tue, 21 Jan 2003 14:12:08 +0000 De: Véronique Ancey Décidément, un retour sur soi (c'est-àdire sur les motivations institutionnelles des contributeurs et sur les fondements de leur travail) n'est pas du luxe, surtout peut-être pour traiter d'une question aussi complexe que le risque et à propos des pasteurs, qui sont emblématiques de populations tantôt idéalisées par "le romantisme pastoral", tantôt occultées par la réalpolitique. Hassan Kamil pointe cette affaire. Vous trouverez sur le site l'intégralité de son texte. j'ai essayé de ne pas détruire la logique d'ensemble en l'abrégeant ici. Allez-y voir, c'est passionnant. J'espère qu'avant la fin de la session, nous avancerons encore sur la connaissance de l'objet de ce thème (les risques pastoraux) et sur le positionnement de la recherche, de l'aide, des politiques et évidemment des pasteurs. Véronique ________________________ Merci Véronique pour l'éclairage apportée sur l'approche économique (iste). A coup sûr, c'est une lecture historique du concept qui en définit les contours. Si j'ai bien compris, c'est tout un programme que de tenter de comprendre le fondement des modèles qui intègrent le risque. On comprend déjà qu'il s'agit d'une évolution des démonstrations au sein des différentes écoles. Dans les ateliers précédents, les discussions ont remis en cause un tas de concepts (la charge, la dégradation, l'équilibre, le seuil, la résilience,.) par les chercheurs et les praticiens. La critique du risque de dégradation d 'un écosystème pastoral a permis une critique de la pratique académique, des interventions, des attitudes des pasteurs, etc. L'exercice est plus ou moins facile, puisqu'on travaille sur les plantes, sur les mises en défens, sur les animaux, et on peut tout dire là-dessus. Par contre, lorsqu'il s'agit de parler des populations, une terminologie bien élaborée (approche participative, développement communautaire, gestion concertée, etc.) participe d'un langage qui n'est peut-être pas partagé par tout le monde, ou peut-être, l'est-il tellement qu'on a du mal à faire le point là-dessus avant de prendre une position. Je m'explique, lorsqu'on parle du risque chez les pasteurs, des politiques d'aide, ..nous ne pouvons qu'être subjectif. Car tous les termes utilisés sont connotés (positivement ou négativement). Tenez, au Maroc oriental, on a mis en place des coopératives ethno-lignagères, qui tentent de faire la synthèse entre la tradition et la modernité. Ailleurs, on développe l'ingénierie sociale (est-ce une pratique légitime ?), à tel point que l'on est mal à l'aise car le travail et l' éthique finissent par divorcer. Beaucoup, sinon la majorité des intervenants n'ont pas résisté, et certainement par engagement, à désigner la politique de l'aide et les bailleurs comme facteur de risque. La modératrice a insisté - à raison - sur cet aspect aussi bien au début du texte d' introduction " (.) notamment, qui sont en charge d'aide. ", qu'à la fin du texte. A t-on tout dit sur le bailleur ? J'espère de R. Hammel aura l'occasion de nous dire avant la clôture du thème ce qu'ils ont ressenti suite aux différentes interrogations, (c'est vrai qu'au Niger comme dans d'autres pays, la coopération est incapable de mettre en place un réseau de communication. Loin encore le temps de voir des éleveurs communiquer avec nous ou inversement ) Critique de l'écologie pastorale, critique de l'ingénierie sociale : même combat contre le modèle de l'équilibre, et de la stéréotypification des stratégies et des connaissances des pasteurs. Nous l'avons senti lors des différents débats, le traditionnalisme habite d'abord nos démarches et nos références, fussent-elles consacrés dans le champ scientifique ou celui des agences de développement. Et quelquefois, le blocage est d'abord historico-culturel (en plus de celui disciplinaire qu'il s'agisse de l'écologie ou de l'économie). (....) Lorsque les pasteurs ont été longtemps perçus comme un FACTEUR DE RISQUE, il faut vraiment être schizophrène pour parler de gestion du risque en pastoralisme dans certains programmes de développement, alors on n'y va pas de main morte en matière de privatisation, de mise en valeur agricole de la steppe, de la réorganisation de tribus rétives et récalcitrantes, ce qui est d'ailleurs les cas dans les politiques de beaucoup de pays arabes. Je schématise, en partie pour provoquer mes collègues de cette aire, tellement riche en techniques pastorales, en poésie, en tolérance religieuse... Cordialement Hassan Kamil ------------------END OF MESSAGE---------------------------------------- Objet: lead-pastoral-econf-T4. Réponse de Slimane Bedrani à Hassan Kamil Date: Wed, 22 Jan 2003 08:30:21 +0000 De: Véronique Ancey Bien sûr, les relations entre les fractions, les familles, les clans pastoraux et les représentants des échelons du pouvoir sont complexes ; la provocation de Hassan Kamil a poussé Slimane Bedrani à intervenir. Votre avis sur les interventions utiles auprès des pasteurs qui sont en dessous du seuil de viabilité est soutenu aussi au Sahel. Véronique ____________________ Je réagis ! Pour les pays arabes du pourtour de la Méditerranée, il est très certainement exagéré de dire que les pasteurs (d'abord y en-a-t-il encore beaucoup ?) sont perçus comme un facteur de risques (je suppose politiques !). Le plus souvent, - pour ne pas dire toujours !- les leaders des tribus s'entendent comme cul et chemise avec le pouvoir central. Ce dernier fait semblant de défendre les ressources naturelles (plantations pastorales réalisées à grands frais qui sont saccagées en quelques mois, création de "coopératives" d'utilisation des parcours qui servent de couverture pour enrichir les plus riches de la tribu , projets financés à gogo par les "bailleurs de fonds" dans différents domaines...). Tout cela renforce ses fonctionnaires locaux (les marchés publics qu'ils passent sont autant d'occasions de prélèvement sur les "entrepreneurs"), son ascendant sur les populations, attire la bienveillance des bailleurs de fonds (parce que -soi-disant- il lutte contre la désertification et la pauvreté). Mais, en vérité, il laisse faire les leaders des tribus et leur clientèle, qui soit continuent leurs pratiques prédatrices sur la végétation pastorale quand elle libre d'entrée, soit s'accaparent de fait les meilleurs parcours en utilisant différentes techniques, soit font les deux à la fois. Les pasteurs pauvres ne courrent plus le risque de se faire déposséder des parcours. Ils ont déjà subi ce risque dans leur très grande majorité. Les défendre - en tant que pasteurs - est déjà une bataille perdue ou, au plus, une bataille d'arrière garde. Ceux qui veulent les aider doivent désormais les défendre en tant que citoyens qui ont droit à un travail pour vivre. C'est pour cela que les projets financés par les bailleurs de fonds ou par les gouvernements locaux devraient se diriger vers la création d'activités rentables visant cette catégorie de populations, de préférence des activités non agricoles, pérennes et ayant un effet intégrateur de l'économie nationale. Bien amicalement à tous, Slimane BEDRANI CREAD-INA Alger ------------------END OF MESSAGE---------------------------------------- Objet: LEAD-Pastoral-Econf-T4 . Contribution de Nancy Abeiderrahmane, Tiviski (1er épisode) Date: Wed, 22 Jan 2003 08:46:29 +0000 De: Véronique Ancey L'intervention bienvenue de Nancy Abeiderrahmane concerne le pastoralisme, les projets et les décideurs de Mauritanie...et d'ailleurs. Un appel à des actions réalistes, expériences à l'appui. ci-joint le premier épisode Véronique ___________________ Bonjour, Cette conférence traite d'un sujet très important pour les pays comptant une population nomade, et encore plus pour nous qui travaillons directement avec les pasteurs. Je fais figure d'intrus parmi les experts intervenants, et dispose de peu de temps ; étant très occupée par ailleurs j'ai été vite débordée par l'ampleur des débats et n'ai pas pu participer jusqu'à présent. Cependant, après avoir lu toutes les interventions, je voudrais mettre mon petit grain de sel - ou de poivre peut-être - dans la discussion. Précisons que nous opérons depuis 14 ans à Nouakchott une industrie laitière qui traite exclusivement le lait de vache, de chamelle et de chèvre acheté aux éleveurs, dont 100% sont plus ou moins nomades - du moins mobiles. Ainsi nous sommes directement concernés par le sujet, et aussi par la sécheresse qui sévit cette année en Mauritanie (particulièrement dans nos zones de collecte au sud-ouest du pays). Si pour certains le pastoralisme et la sécheresse catastrophique sont des sujets de recherche, pour nous ils sont d'une actualité brûlante. Tout ce qui nous semble important sur le sujet du pastoralisme a été dit, en pointillé, dans les différentes contributions et interventions, mais les dernières interventions me semblent toucher beaucoup plus directement au fond du problème, en particulier la n° 1 de Roland Hammel et celle de Jean César reçues le 17 janvier, et encore plus celle de Hassan Kamil le lendemain. En tant qu'opérateur économique confrontée quotidiennement à la réalité économique de nos pays, et en prise directe avec le monde pastoral, j'appuie vigoureusement leur point de vue et leurs sentiments. Manifestement le problème n'est pas le manque de compréhension des phénomènes (variables et si semblables dans les différentes zones climatiques), mais plutôt "quoi faire?" et "par qui?" et même "pour qui?". En Mauritanie, plus de 175 études sur l'Elevage ont déjà été faites et archivées en 40 ans. Quel est leur impact sur les éleveurs? Nous n'en avons repéré aucun, mais perdons beaucoup de temps à répondre aux mêmes questions, posées par divers experts, année après année. Ces experts passent une ou deux semaines ici, sans comprendre le moindre mot de la langue, et partent faire des rapports sur des réalités extrèmement complexes que même les nationaux non pasteurs appréhendent difficilement. Il y a même de bonnes études, mais les décideurs, et surtout les gens qui rédigent et gèrent les Projets, ne les ont pas lues... Pour être pratique, il y a plusieurs points que je voudrais ajouter à la discussion : 1) Les interventions ont raison de souligner que ce devrait être les pasteurs "organisés" qui décident de leur sort. Or, quand on parle de pastoralisme, on parle de nomades, dont, comme l'a très bien signalé Hassan Kamil, la stratégie pour résoudre les conflits est la mobilité. Quand on n'est pas content, on s'en va. Il en découle qu'il est extrèmement difficile d'organiser les pasteurs - nous en avons l'amère expérience. 2) Au vu de l'expérience de nombreuses années, je doute fort que les "projets" aient un impact réel sur quoi que ce soit. A titre d'exemple, depuis quelques années les 'bailleurs' exigent que l'"aide" ne soit fournie qu'à des organisations socio-professionnelles et surtout à des coopératives, en tout cas à des gens organisés. Théoriquement c'est légitime, car aider des nomades éparpillés et insaisissables est difficile. En pratique, on obtient des coopératives fantômes et des OSP de cartable ou de salon, capables d'absorber tous les budgets mais pas de laisser une trace en brousse, pour les mêmes raisons évoquées. 3) Comme pour toute politique, à supposer que quelqu'un trouve et propose des solutions aux problèmes évoqués tout au long de cette conférence, est-on sûr qu'il est réellement possible de contraindre les éleveurs à les suivre? Quelqu'un disait dans un livre à propos d'autre chose "si vous voulez diriger (tel groupe humain particulier), découvrez où ils vont et marchez devant eux". Toute politique qui ne convient pas aux utilisateurs est contournée, comme les impôts, les frontières, les douanes, les règlements. Et pas seulement dans le Sahel. A fortiori les nomades n'en ont cure. En quelques jours ils parcourent des centaines de kilomètres et traversent des frontières. Ils ont leurs propres stratégies, et quand on les étudie bien, on s'aperçoit qu'elles sont souvent les plus judicieuses dans la situation donnée et en fonction des informations et moyens disponibles. S'ils ne suivent pas les grandes logiques macro-économiques que nous pouvons tracer avec nos photos satellite et nos belles théories, ils suivent parfaitement la meilleure tactique de survie et surtout d'économie - et avec un temps de réaction très rapide, comme cela a été indiqué. 4) Je crois que le concept le plus important, et qu'il serait utile de faire comprendre aux gouvernants, est l'utilité réelle du pastoralisme. Car même chez nous, les décideurs ne se rendent pas compte que le troupeau crée le pâturage et occupe le territoire, et s'ils comprenaient très bien cette utilité, ils pourraient mieux concevoir eux-mêmes des politiques de protection. Ils ont tendance parfois, étant eux-mêmes sédentarisés, à considérer le mode de vie nomade comme arriéré. Or, les pasteurs créent de la richesse sans pratiquement rien demander à l'Etat ; des services légers, mobiles (écoles, dispensaires) pourraient améliorer leur sort sans trop coûter. 5) Peut-on vraiment espérer endiguer l'implacable extension de l'agriculture et de la sédentarisation, compte tenu de la croissance démographique? Compte tenu aussi de l'austérité de la vie nomade, qui risque de recruter de moins en moins de jeunes et de s'étioler en tant que mode de vie, cédant la place au gardiennage de troupeaux beaucoup plus capitalistes. Dans ce contexte, j'ai le sentiment, comme le disait quelqu'un dans un thème précédent, qu'il ne faut pas jeter trop de pierres sur les propriétaires de troupeaux, qui entretiennent les bergers et les troupeaux dans le mode de production traditionnel. L'alternative serait peut-être l'absence de troupeaux.. (à suivre) ------------------END OF MESSAGE---------------------------------------- Objet: LEAD-Pastoral-Econf-T4 . Fin de la contribution n°1 de Nancy Abeiderrahmane Date: Wed, 22 Jan 2003 08:49:10 +0000 De: Véronique Ancey Suite et fin du message de Nancy Abeiderrahmane V. 6) Je n'ai pas vu l'étude de Roland Hammel sur les prix comparatifs du mil et du boeuf, mais c'est extrèmement intéressant, et vital et central au sujet en cours. Je serais très intéressée par le mécanisme de régulation dont il parle, pour soutenir le prix du bétail et modérer celui de l'aliment en cas de sécheresse, car nous avons nous-mêmes identifié le besoin d'un tel dispositif, qui devrait entrer en action chaque fois que les mécanismes saisonniers traditionnels sont pris en défaut par un retard des pluies. Les JORES de Michel Ferry semblent très intéressants, mais quand il s'agit de plusieurs millions de bêtes éparpillées sur 1 million de km2, on se demande combien de milliers d'hectares il faudrait pour produire les centaines de milliers de tonnes d'aliment nécessaires cette année, par exemple, où le manque de matière sèche va être dramatique. 7) En passant, je voudrais dire à MM Gousseff et Thiam que les pluies froides de janvier ont touché durement les régions occidentales de la Mauritanie, c'est à dire nos aires de collecte de lait. Ils ont raison de craindre que les indemnisations faussent les statistiques, comme d'ailleurs tous les programmes d'aide qui faussent les mécanismes économiques. Par contre, en Mauritanie il n'y a eu aucune indemnisation, et nous avons nous-mêmes fait une estimation auprès de nos 900 fournisseurs. Il en ressort qu'environ 35% des veaux, 15% des vaches et jusqueà 50% des ovins sont morts, avec des variations selon les lieux. Un fournisseur a perdu 200 veaux d'un coup. Notre vétérinaire a pensé à une épidémie foudroyante, tellement il avait du mal à s'imaginer que des troupeaux entiers avaient été abattus sur place par le froid. 7) Bien sûr, chacun croit qu'il détient la solution, mais en ce qui nous concerne nous constatons que les seuls éleveurs qui ne souffrent pas trop des sécheresses sont ceux qui vendent le lait. Leurs bénéfices diminuent lors d'une année difficile, mais leur bétail survit. Bien sûr, nous n'avons pas pu éviter la mortalité par hypothermie, mais tous les éleveurs ont constaté de manière frappante que les bêtes bien nourries (c'est à dire qui avaient commencé à recevoir un complément en janvier, tandis que les autres éleveurs faisaient des économies) ont survécu alors que les animaux plus chétifs sont morts. La vente du lait évite le destockage forcé, et fournit un revenu constant qui permet la complémentation et les soins au bétail. Certes, collecter du lait auprès d'un grand nombre de nomades est fastidieux, et contraire à toute la sagesse de tous les experts, car il faut être fou pour accepter des bidons contenant 2, 3 ou 5 litres de lait - même 0,5 litres de lait de chèvre. Mais ça marche, et c'est même rentable pour tout le monde. Nous avons de braves nomades qui nous fournissent du lait de chamelle, de vache et d'ovin, de bonne qualité (entre 200.000 et 1.000.000 germes totaux) matin et soir depuis plus de 10 ans, sur des distances (variables, bien sûr) allant jusqu'à 90 km des centres de collecte, situés quant à eux à 300, 320 et maintenant 420 km de l'usine, et d'encore plus braves transporteurs qui retrouvent leurs clients chaque jour et collectent tous ensemble jusqu'à 20.000 litres de lait par jour.... Ce qui, à raison de $ 0,42 par kg, représente un revenu monétaire considérable, fourni directement aux éleveurs. Certes, la production laitière est incompatible avec le grand nomadisme. Mais la petite transhumance continue, et aucun de nos fournisseurs n'a encore installé une clôture. L'activité a tant de succès que le problème du surpâturage se profile autour des villes, mais nous tentons d'orienter les éleveurs vers une coopération avec les agriculteurs pour la fourniture de fourrage (sous différentes formes et modalités), ce qui conduirait à la résolution définitive de beaucoup de problèmes. Il nous semble donc que la réponse réaliste aux problèmes posés doit se trouver dans une voie médiane entre d'une part la préservation coûte que coûte d'un mode de vie devenu trop précaire et d'autre part la sédentarisation : c'est à dire dans une petite transhumance avec des débouchés économiques viables et sécurisés, et une collaboration avec les agriculteurs pour l'alimentation du bétail. Pour cela il est indispensable de mettre sur pied des industries agro-alimentaires et autres (lait, viande, cuir, tapis, boutons, peignes, etc) fournissant des débouchés à la production des éleveurs, et une politique de sauvegarde du marché, voire d'exportation. Cela est du ressort du secteur privé, mais c'est tellement plus difficile que le commerce d'importation que, comme les éleveurs, les entrepreneurs ont raison de ne pas le faire alors qu'ils n'ont aucune garantie de ne pas faire l'objet de concurrence déloyale importée. Il nous semble que l'argent investi dans ces industries serait infiniment plus efficace que tous les projets ; car la production pastorale est nettement plus économique que la production sédentaire, et une fois assurés de débouchés sécurisés, et d'un revenu stable, les éleveurs trouveront eux-mêmes les meilleures formules de mobilité / alimentation / abreuvage / soins / parcours / habitat / éducation / résolution de conflits, etc. Meilleures salutations à tous les participants. Nancy Abeiderrahmane Tiviski Mauritanie ------------------END OF MESSAGE---------------------------------------- Objet: LEAD-Pastoral-Econf-T4 . Contribution 1 de Gérard Godet Date: Wed, 22 Jan 2003 13:41:40 +0000 De: Véronique Ancey Une contribution qui provoquera des réactions, j'en suis sûre! sur la répartition de l'"opulence" des années d'endettement, ou sur le pilotage des interventions, la notion d'abandon...ou autre ? V. ------------------ Une nouvelle fois, je parle de cas de paysans dans une zone située à la bordure septentrionale du Sahel (source de mes expériences de terrain). Dans cette région, le paysan a traditionnellement un mode de vie qui minimise l'impact des risques d'origine environnementale, au point d'en évacuer la notion même. Ce sont les objectifs nouveaux, offerts par la modernité et les financements extérieurs, qui ont donné une grande importance à la prise en compte de la notion de risque dans les années 70 à 80, avec une foule de contraintes extérieures au village. Le processus de développement des années d'opulence a été rompu. On en connaît l'histoire. Les paysans ont été abandonné avec des objectifs ambitieux, inchangés .. Sans disposer de moyens adéquats. Dans bien des cas, on est revenu aux conditions d'une économie de traite. Les états n'ont pas pris le relais des opérations, ayant a gérer de lourdes charges en personnel et un nombre important d'absurdités politiques laissées pendant un ½ siècle entre parenthèses. Je suis nostalgique de l'époque des opérations. Pendant cette période, on a mis les moyens pour infléchir l'ordre traditionnel. Certes, le gaspillage avait atteint un niveau scandaleux. Mais, les dérives étaient si évidentes que les remèdes étaient encore simples. La communauté internationale, à présent éteint d'autres incendies. Ceci doit bien représenter un coût élevé ? Aujourd'hui, on étudie avec une grande pertinence et de gros moyens ce monde. Des inventaires, des analyses croisées, etc. On décèle des initiatives chez les paysans. On encourage et on conseille. Si on avait donné du prix à certaines actions qui dès 1980 donnaient de bons résultats ? Je suis sûr qu'on pouvait attendre des paysans des réactions qui prennent en compte les risques encourus. Je me souviens des GVC d'embouche et d'élevage autour de Korhogo qui disposaient de compte en banque, permettant de co