Conférence électronique LEAD (Initiative élevage, environnement et développement) « Pastoralisme: Evolution du contrôle et de la gestion de l'espace » Sujet 2 : "Quelles articulations nouvelles entre espaces pastoraux et espaces agricoles? Les effets sur l'environnement et les conséquences sur la conduite des troupeaux sur parcours" Résumé/ synthèse des discussions du 22 novembre au 13 décembre 2002 (Modérateur : Alain Bourbouze) =========================================================================== « L’interface agriculture/ élevage pastoral » Alain Bourbouze L’éventail des discussions qui se sont alimentées de près de 80 échanges de propos et de textes plus ou moins lapidaires, est évidemment très large et dépasse souvent le cadre imparti au préalable…mais tout est bon à prendre. Le texte ci-dessous ne prétend donc pas brosser une synthèse impossible, mais vise plutôt à laisser une trace de ce forum pour des lecteurs pressés qui n’auraient pas envie de revenir aux messages d’origine. Ils auraient bien tort d’ailleurs, tant l’information est riche. Je ne cite pas tous les messages, mais les principaux sont repérés par le nom de leur auteur et la date de leur diffusion sur le net (exemple : Kamil, 25/11), ce qui vous permettra de les retrouver aisément. Remarque liminaire : les avis des uns et des autres peuvent sembler parfois contradictoires. Certes, il n’y a pas toujours consensus. Mais le plus souvent, les commentaires portent sur des contextes très différents. Donc première exigence : contextualiser les propos (notamment entre pays du Nord et du Sud du Sahara) --------- Concurrence/complémentarité << La défaite du pastoral ? Prise de contrôle de l’espace par les agriculteurs? · La question est de savoir où et quand sera atteint le « point d’équilibre », question classique d’avantages économiques comparés (Hall, 02/12). L’agriculture est conquérante, certes, mais il faut que les éleveurs sachent y opposer des modes d’exploitation performants (appuyés par l’Etat qui ne doit pas introduire des distorsions dans le système…par exemple subventions sur le concentré, sur les plantations). Pour Ickowicz (16/12), les systèmes agricoles conquérants, après avoir évacués le pastoral et l’animal, ne sont pas nécessairement durables. Il faut savoir réintroduire l’animal dans ces systèmes…ou reconnaître l’efficience de la mise en valeur pastorale. · Mali Nord (Kamil, 25/11) et Maïga (03/12) parlent de l’exploitation des bourgoutières et de la concurrence au sein des groupes et entre groupes . Référence à des conventions coloniales non reconnues par tous. Retour des populations Touareg après la rebellion et regroupement de population « mozaïque » qui se fixent. Les agriculteurs s’orientent vers l’élevage (en confiant les animaux à des bergers) et les éleveurs vers l’agriculture. Problèmes de divagation des troupeaux et heurts fréquents (le « piège » des pastèques). Pourquoi le pâturage n’est-il pas reconnu comme un mode noble de mise en valeur pour officialiser les droits pastoraux ? (Maïga) · Nord Dakoro, Hammel, 26/11, raconte la prise de contrôle des sédentaires (les colons, « envoyés par les chefs coutumiers ») et note que le front des cultures est remonté de 50 km en 40 ans. Il y a pourtant consensus chez les éleveurs locaux (Touareg..) pour cantonner leurs propres cultures et maîtriser ces « colons ». Mais l’avancée colonisatrice est dispersée et se fait en « patchwork », les cultures sont peu viables mais peu importe. Le rôle des chefferies de canton, qui privilégient cette poussée, est ambigu (l’armée garde les champs ! !). Le parcours est taillé en pièce et les accès aux puits se ferment. Exemple aussi d’une migration de Wodaabés en 1997 (5000 personnes ! !), fuyant le Niger pour le Tchad après avoir été chassés par un autre groupe ethnique qui s’est installé sur leurs puits et leur espace. · Au Fuuta (Sénégal), le front pionnier s’inverse : un équilibre se reconstruit sur « pastoralisme et gommier », avec repastoralisation et déprise agricole. La gomme arabique est produite sur un mode rationnel, hors du contrôle des services forestiers (Ancey, 29/11). Eleveurs locaux et grands éleveurs ( arrivés ici il y a 20 ou 30 ans mais connectés à leurs familles restées sur le fleuve) mènent leurs troupeaux (et ceux de leurs parents du fleuve ?) sur parcours. Les limites du système agraire dépassent donc le local. · Même constat de Touré, 02/12, qui au Ferlo montre sur 20 ou 30 ans, tantôt la régression des cultures (contraction dans les bas fonds, tantôt leur extension (Thieul) au détriment des parcours…tout ceci soulignant de son point de vue la fragilité des équilibres dans ces régions… « bel exemple d’une nouvelle gouvernance en cours de négociation ou de construction » (dixit Chassany, 02/12) · Des accords peuvent se tisser entre ethnies apparemment concurrentes (Kamil , 29/11), par exemple à Mongo (Tchad) où le transport des produits agricoles des sédentaires est assuré par les éleveurs Missirées. Idem au Mali avec le transport à dos de dromadaire du mil et du sel qui associe Maures, Touareg, Mossi, Dogon….. Situation assez proche en zone plus humide citée par Dugué (03/12) où les troupeaux des agriculteurs sont confiés à des bergers Peuls ; · Favoriser les investissements « étrangers » pour mettre en culture la steppe ? Certainement pas pense Kamil, 29/11 qui cite de nombreux exemples d’exactions, d’occupations illégales, de forages illicites. Ce sont ces personnages qui lancent en général la course à l’appropriation à laquelle tout le monde participe..mais ils contrôlent soigneusement le processus qu’ils ont eux mêmes déclenché. · Pichot, 29/11 et 16/12, nous rappelle la fragilité des associations agriculture/élevage (systèmes oasiens, éleveurs nomades et transhumants…) ou sylvopastoraux (le système gommier) et souligne qu’en zone plus humide, la course à la terre restant la règle, les parcours disparaissent. L’intégration de l’élevage dans le système agricole s’opère ainsi lentement (fourrages et sous produits)…ou pas du tout lorsque de gros troupeaux extensifs (liés aux profits agricoles) sont confiés à l’extérieur. Comment les réintégrer ? Il faut introduire les fourrages et faciliter l’émergence de formes nouvelles de polyculture/élevage. · Bourbouze (02/12) puis Bedrani (02/12) traitent du Maghreb, partage des terres en Tunisie, appropriations illégales…mais tolérées au Maroc, même situation sans doute plus avancée (gravissime pour Bedrani) en Algérie où les lois d’accession à la propriété (1983, 1997) avalisent les délits et encouragent une « néoagriculture ». « L’agriculture en sec est devenue l’ennemi du mouton » · Contribution très complète de Godet (06/12 ) sur la réorganisation des systèmes agraires et la faible synergie entre élevage et agriculture (il précise son propos le 11/12) dans la zone cotonnière du Burkina. Mais sur la même région, Sandrine Petit (6/12) rappelle la longue histoire du coton et la permanence de cette association agriculture/élevage. Et contrairement aux idées reçues, les Senoufo ne sont pas les seuls à la pratiquer. Si les Peuls récemment installés sont bouviers des Sénoufo, les plus anciens Peuls, installés à distance des villages, savent très bien intégrer agriculture intensive et élevage sédentaire. << Zonage et partage des terres · Hammel, 02/12, rappelle l’idée très technocratique (SCET, 1975) de retenir le 15ème parallèle comme ligne de démarcation entre « Sahel des nomades, zone de naissage » et « Sahel des sédentaires, zone d’embouche ». Echec total. Même chose au Niger en 1961 sur le 14°30’. Même idée folle, mise en application cette fois en Syrie de façon musclée, autour de l’isohyète 200 mm comme limite des cultures d’orge (Gintzburger), avec pour conséquence la désorganisation de l’économie de quelques villages en steppe cultivant les bas fonds · Mise en œuvre du partage des terres collectives en Tunisie…véritable révolution agraire suivie d’un grand tumulte social (ventes de terres, éviction des plus petits…) mais mise en valeur spectaculaire sur puits individuels ou arboriculture en sec, à durabilité incertaine (Bourbouze, 02/12). Quel bilan de cette expérience pour répondre à la question de Cotula (02/12) sur le problème du partage des « common property resources » ? Il faut rassembler les témoignages ; · Pour Bedrani (05/12), que l’avenir de la steppe laisse perplexe et bien pessimiste, il faut privilégier la « privatisation collective » (un territoire précis + des usagers précis), contractualisant en outre l’entrée des troupeaux étrangers par paiement de l’herbe. -------- L’agriculture comme recours pour limiter les risques ? · Le drame des petits éleveurs en période de sécheresse (Ferry, 25/11). Comment les aider à sauvegarder le minimum requis de reproducteurs ? Le « jardin oasien de résistance à la sécheresse » (JORES) peut être une formule par exemple dans l’Aïr. Pour Leperre, 28/11, faire des réserves fourragères par l’utilisation de « mises en défens » pastorales peut pousser à la réduction des effectifs, tout en acceptant la régulation « inévitable » des effectifs par mortalité (régulation « naturelle » ! !) et déstockage (régulation volontariste) en période de sécheresse. Réponse Ferry (02/12) : pas facile de faire respecter une mise en défens quand la pression pastorale est forte (BBZ : rappel d’une règle d’or : les mises en défens sont ouvertes en période de sécheresse). Quant à la « régulation naturelle », elle est inacceptable quand on sait ce qu’elle signifie pour les éleveurs les plus pauvres : de terribles drames humains. · Interrogés par Kamil, 29/11, les chameliers Maures (Mali) sont favorables à l’idée de créer des « JORES ». Les endroits possibles sont connus d’eux…mais ils craignent que les étrangers rappliquent, et ne font pas confiance à l’administration. Kamil nous rappelle par ailleurs les lignes de force du système oasien (gîte de savoir accumulé, intensification, gestion sociale de l’eau, transfert de fertilité, esclavage/métayage, déstabilisation liée au « bayoud », aux guerres ou à l’inversion des rapports de force entre nomade et métayer…) -------- Sylvopastoralisme et états d’âme forestiers · Comment construire un mode rationnel d’usage et de gestion qui respecte les objectifs des forestiers et des éleveurs ? (Toutain, 28/11). Plaintes sur l’absence du discours forestier, de références et d’études de cas (Bellefontaine, 25/11). Le principal allié du forestier devrait être l’éleveur qui peut participer au débroussaillement ou à la recolonisation par les ligneux. Les codes de l’élevage en forêt (et hors forêt) devraient actualiser les dispositions qui interdisent la taille des branches. Préférer l’érussage (effeuillage, en glissant la main le long de la tige), l’émondage (coupe des rameaux jeunes), l’élagage (coupe de branches de faibles diamètres), plutôt que les étêtages, écimages et autres éhouppages abusifs. · Roulette (6/12) témoigne à propos du Niger, dans le cadre de la décentralisation, de projets novateurs (encore sur le papier dit-il) sur la rétrocession de la gestion des massifs forestiers à des structures locales de gestion par la mise en œuvre de « schémas d’aménagement foncier » et de « concessions rurales » qui garantissent les modalités d’exploitation et de mise en valeur « partagées » (mais les sédentaires ne vont-ils pas s’accaparer le pouvoir ?). · Thiam (10/12) s’interroge, au Sénégal, sur la difficile recherche du consensus entre éleveurs et forestiers. ------- La gestion de la mobilité · L’idée de « contrôle de l’espace » est trop souvent perçue dans son sens le plus restrictif. L’espace est géographique (pastoral sensu stricto), politique et économique (Kamil, 29/11). On oublie ainsi la mobilité, la réciprocité, les échanges, les cycles…qu’on veut modéliser à tout prix (Kamil est rétif à la modélisation !). · Formidable changement dans les steppes maghrébines (Bourbouze, 02/12) par le développement de la motorisation (l’eau va vers les troupeaux et non l’inverse). La sédentarisation des familles s’accélère (ou est achevée, en Algérie et Tunisie), mais les troupeaux, menés par des bergers ou des membres de la famille éclatée, gardent leur mobilité · Au Tchad, César (16/12) parle de ces éleveurs qui descendent de plus en plus au Sud et y cultivent pour sécuriser leurs revenus, tandis que des agriculteurs sédentaires font la démarche inversée en confiant leurs animaux à des éleveurs transhumants. · Maïga (06/12) retrace la genèse des changements intervenus au Nord Mali, la création des conditions pour une sédentarisation volontaire et les stratégies des pasteurs qui (i) adoptent une zone d’attache près d’un point d’eau permanent, (ii) maintiennent la mobilité des troupeaux avec une partie de la famille, (iii) vont sur les terres salées pour ramener des sacs et distribuer le sel dans les enclos. ------ La gestion de l’effectif du troupeau, les cycles longs · Quel est le seuil de viabilité pastorale (Hammel, 29/11 puis 03/12) pour résister à la sécheresse et pouvoir rebondir quand la pluie revient ? Il y a une double logique dans le comportement des éleveurs : (i) l’impératif de reconstituer le troupeau en période favorable (très peu de réformes, peu de sélection sur jeunes femelles…donc peu de ventes), et (ii) viser un effectif qui assure une garantie minimale : quel minimum ? très variable selon les contextes, par exemple environ 200 brebis sur les steppes marocaines. En Mauritanie (Hammel), estime un seuil de pauvreté de 2,4 UBT/personne (unité de consommation) et un seuil de viabilité de 4,2 UBT. Par exemple pour Tacher, 1975, il faut 10 années pour reconstituer un troupeau qui a perdu 30% de ses effectifs, 21 années si 50% ! ! Reconstitution du troupeau en réalité beaucoup plus rapide dit Ferry, (02/12) notamment pour les petits ruminants. L’effectif visé, garantissant une capacité à résister) doit être compatible avec les moyens de l’éleveur (main d’œuvre, abreuvement, déplacements…) et la progression n’est évidemment pas illimitée comme le croient certains. Il y a des seuils (physiques, économiques, sociaux) difficiles à franchir. · Mais cette logique de décapitalisation suivie d’une recapitalisation est impossible pour les plus petits si le marché (les termes de l’échange) n’est pas maîtrisé. Nombreux exemples de pays, surtout sahéliens, où le libéralisme sauvage et les commerçants sans scrupules conduisent les éleveurs les plus pauvres au désastre et à l’abandon de leur activité (Hammel). Ce n’est pas toujours le cas, mais il y faut deux conditions : (i) les prix des aliments ne doivent pas s'envoler, donc la filière d'approvisionnement (céréales, sous produits...) doit être fiable, diversifiée, et sous surveillance (c'est le cas en Tunisie ou en Algérie où l'importation d'orge calme le jeu si nécessaire). Pour Mahdi (05/12) le commerce des aliments devient une activité très lucrative en steppe (ii) les prix de la viande ne doivent pas s'effondrer ce qui se passe lorsque les filières se connectent avec les marchés lointains de la plaine et des grandes villes (Maroc, Tunisie…). C’est ce que rappelle aussi Chassany (02/12 et 04/12) qui ajoute que l’appel aux revenus extérieurs permet de mieux résister aux termes déséquilibrés de l’échange. L’émigration est souvent une puissante béquille pour ces systèmes fragiles (le problème de l’élevage sahélien se résolverait-il par le règlement du problème des sans papiers en France, nous confie Hammel … ! ! !). Même commentaire de Leperre (04/12) : l’avenir de la steppe est en dehors de la steppe ; · Les mécanismes ethniques de solidarité peuvent aussi intervenir efficacement pour les plus démunis dans certains cas : habbanae des wodaabé, hobse et Mniha (Mauritanie). ------- Conflits · L’enjeu est autrement plus grave et les conflits autrement plus aigus que pour le sujet « Zones protégées » · Cotula, 02/12 cite le Nioro (Mali) où les tensions entre agriculteurs et éleveurs sont fortes (vol de bétail, délits de pâturage, empiétement sur pistes de transhumance, régression des relations contractuelles, appel au droit coutumier ou étatique pour justifier les emprises illégales...) Mise en place de « comités de suivi » sans statut juridique, mais bonne interaction avec les communes (lois de décentralisation) et saine réflexion (IIED et Jam Sahel) sur une meilleure institutionnalisation de la formule (représentativité, formation, procédures…). Une vraie tentative de régulation des conflits. · Persistance de conflits violents à Mankono, Côte d’Ivoire (Dugué) à torts partagés. · Pour César (16/12), beaucoup de conflits partout (donc nécessité de structures de concertation sans oublier personne !)…mais aussi beaucoup de zones paisibles où les communautés se connaissent, se respectent et échangent. ------- Des institutions ad hoc · Le problème foncier lié à la remontée des agriculteurs (arachide) sur le Ferlo est géré par les Conseils ruraux (Faye, 27/11 et 04/12) qui privilégie la « mise en valeur agricole » au détriment de la « mise en valeur pastorale » qui n’est pas reconnue en tant que telle. Le projet PAPEL tente d’organiser la concertation (comités de concertation = conseil rural + comités de gestion parcours et points d’eau + représentants d’agriculteurs) avec un certain succès autour de « plans d’aménagement » (moins de conflits). Exemple repris par Hall (02/12) qui insiste sur l’indispensable concertation (ça veut dire transfert des décisions et du financement à d’autres ! !) pour mettre à profit les compétences des acteurs et les aider à les mettre en oeuvre (formation ad hoc). Ancey (04/12) interprète les faits et les résultats sur un mode moins optimiste (captation du projet par une seule fraction ? ?). Elle souligne aussi, à propos du concept de « participation », la nécessité d’en définir les fondements (étapes, participants…au pluriel, groupes concernés, cheminement du processus, prises de parole et abstention…). · L’innovation technique doit obligatoirement aller de pair avec l’innovation institutionnelle (Chassany, 02/12 et 04/12). Il faut rechercher les modalités d’introduction d’une démocratie locale efficace, une nouvelle forme de gouvernance négociée. · Comment s’inspirer des modèles coutumiers plus anciens, par exemple le bel exemple de la Dina du Macina (du fameux Cheikou Amadou qui « considérait la misère comme la femme d’autrui et qui chaque nuit couchait avec elle ») (Wabnitz, 13/02), pour construire des codes pastoraux modernes et opérer un changement en connaissance de cause ? · Klein (16/12) pointe du doigt un problème clef en soulignant la difficulté de concevoir un mode de gestion adapté après amélioration (jachères améliorées livrées à la vaine pâture, parcours collectifs restaurés, pour qui ?…). Comment refouler les « étrangers » ? Ne faudrait-il pas instaurer un paiement de l’herbe comme dans certains projets ? Ce sujet sera repris sans doute dans le thème 3 de cette « econf ». ------- La défense du pastoralisme, sa légitimité ? ? Ne pas se tromper de combat · Face au modèle décrit par Bourbouze qui s‘applique au Maghreb (Bourbouze, 2/12 et 11/12), beaucoup s’inquiétent avec raison (Gintzgurger, 12/12) de la dérive qui consiste à penser que ces évolutions sont inéluctables (motorisation, complémentation, emprise des cultures, surpuissance des gros éleveurs…). Il est vrai que la plupart des projets pastoraux au Maghreb postulent pour un retour à un pastoralisme plus authentique (restauration des parcours)...considérant le recours à la complémentation comme le mal absolu. Est-ce grâce aux achats de concentré que les éleveurs gonfleraient leurs effectifs et entretiendraient sur parcours des troupeaux pléthoriques sans rapport avec la capacité du pâturage ? Pas si sûr. · Sur ce même thème, Schimann (16/12) multiplie les exemples montrant que les éleveurs sont peut-être coupables de dégrader les steppes…mais pas responsables (Afghanistan, Kenya…). Le pastoralisme doit se réformer pour survivre, mais les solutions ne sont pas nécessairement internes au système. Il faut sortir du cadre étroit du pastoralisme pour sauver le pastoralisme. Il s’exaspère aussi, avec beaucoup d’autres, du fait que le pâturage ne soit pas reconnu comme un mode de mise en valeur, qu’un agriculteur semble plus légitime qu’un éleveur pour revendiquer le foncier. · Pour Bedrani (11/12) le pastoralisme est à la dérive et condamné à terme : « tabler sur la pérennité du pastoralisme nomade, c’est faire l’hypothèse que ces pays ne connaîtront pas le minimum de développement qui permettent à leurs citoyens de jouir du minimum de biens et de services dont disposent depuis longtemps les pays développés ». Levée de boucliers et idée fortement combattue par de nombreux textes (Ferry, Hammel, Kamil, Maiga, Leperre…). · Il ne faut donc pas se tromper de combat. Bellefontaine (02/12) : « l’objectif n’est pas de fabriquer du mouton…mais d’améliorer les conditions de vie des plus menacés…jusqu’où aller dans la modernité (proposée et mise en œuvre par les leaders) sans perdre les savoirs traditionnels. · Le pastoralisme, plus que tout autre domaine, souffre de la prééminence d’une classe de gros éleveurs qui tissent avec l’administration des réseaux de pouvoirs et d’alliance (Kamil, 03/12 qui cite de nombreux exemples d’exactions). Il y a modernité, c’est sûr, mais qui profite à une minorité. Ce problème de la notabilité est donc épineux et mine toute tentative de développement. Thème repris vigoureusement par Ferry (02/12) qui plaide pour un développement pastoral qui se consacre avant tout aux petits éleveurs, à leur survie et à l'amélioration de leurs conditions de vie. Rien à voir avec un « coup de cœur misérabiliste ». L’organisation des petits éleveurs en force de pression et proposition est urgente. Repris aussi par Hammel (04/12 et 10/12) : l’avenir du Sahel (il cite le Niger) n’est pas dans les néo-éleveurs modernes et motorisés…qui confient leurs troupeaux à des bergers qui restent les dépositaires du métier et des savoirs, mais chez les véritables acteurs du parcours, les bergers, les petits et moyens éleveurs. Mais les commissions foncières qui travaillent pour les conseils communaux élus servent leurs propres intérêts. Pour négocier il faut que les parties en présence puissent exercer un pouvoir l’une sur l’autre…ce qui n’est pas le cas des minorités d’éleveurs. Il faut donc que l’Etat fixe un cadre et une règle qui relaye le droit coutumier. · Longue plainte (sur un mode homérique et tragique) de Gintzburger (03/12) que l’on pourrait intituler « grandeur et décadence de la mise en valeur des terres arides » ou « les pulsations de l’histoire ». · Ne pas oublier le rôle de l’école (Monimart, 05/12, Hammel, 10/12), l’analphabétisme chez les jeunes éleveurs, les investissements dérisoires en steppe. Des projets intelligents fonctionnent (Tacha chez les Woodabé). Au Liban, la forêt disparaît, mais « Tony », 10/12 , (responsable d’un club environnement à Beyrouth) implique les jeunes qui font des actions de sensibilisation…et gagnent des prix à la télé. · Long papier de Kamil ( 06/12) qui argumente et propose une meilleure organisation de la collecte des savoirs sur le pastoralisme (réseaux, études des politiques, mises au point, bilan sur les sociétés pastorales..) pour ne pas quitter la econf sans projet opérationnel