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Evolution du contrôle et de la gestion de l'espace

••• Liste des discussions sujet 2: Quelles articulations nouvelles entre espaces pastoraux et espaces agricoles ? 1/7


  1. Lundi 25 Nov 2002 - Contibution de Ronald Bellefontaine
  2. Lundi 25 Nov 2002 - Contribution de Hassan Kamil
  3. Lundi 25 Nov 2002 - Contribution de Michel Ferry
  4. Mardi 26 Nov 2002 - Contribution de Roland Hammel
  5. Mercredi 27 Nov 2002 - Contribution de Malick Faye
  6. Mercredi 27 Nov 2002 - Contribution de Michel Ferry
  7. Jeudi 28 Nov 2002 - Réponse de Toutain à Bellefontaine
  8. Jeudi 28 Nov 2002 - Téléchargements (Pesséat)
  9. Jeudi 28 Nov 2002 - Réponse de Philippe Leperre à Michel Ferry
  10. Vendredi 29 Nov 2002 - Contribution de Véronique Ancey

suiv>>

Discussions: 1-10/ 11-20 / 21-30 / 31-40 / 41-50 / 51-60 / 61-74

 

1- Contribution de Ronald Bellefontaine


Merci à Bellefontaine pour sa contribution. Le modérateur éant interpellé,
la réponse est simple : bien sûr que les ressources forestières et le
"sylvo pastoral" sont inclus dans la réflexion. Pour les éleveurs (par
exemple au Maghreb...mais aussi dans des opérations contractuelles avec
l'ONF en France) la forêt fait partie intégrante du système pastoral...et
les feuillages rentrent dans la ration. Alors l'interaction forêt x
agriculture, les défrichements et les contentieux forestiers/éleveurs,
parlons en !!
A. BBZ

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Thème : quelles articulations nouvelles entre espaces pastoraux (et
sylvo-pastoraux) et agricoles ?

Bonjour à tous,

Tout d'abord merci à Bernard Toutain pour son rôle de modérateur, centré
sur les aires protégées. Le thème général de la conférence est rappelons-le
" Pastoralisme : évolution du contrôle et de la gestion de l'espace".
Pastoralisme et non sylvo-pastoralisme... J'aimerais cependant inviter les
sylvo-pastoralistes et les forestiers à y participer plus, mais peut-être
le comité d'organisation n'est pas d'accord ? Avec le thème 2 (bonjour
Alain !) repris ci-dessus, le cadre s'élargit et j'espère que les
forestiers se sentiront plus concernés (car à trois exceptions près, ils se
sont faits discrets) et que nous pourrons parler d'environnement, de
ressources (herbacées, ligneuses, eau, etc.) et de co-gestion ("toute terre
appartient à une communauté" ; "recherche de compromis raisonnés", B.
Toutain 7 nov. ; "la pérennité du pastoralisme dépend en partie de la
durabilité des ressources pastorales et de l'environnement", B. Toutain et
A. Ickowicz 4 nov). Mais les écologues, les chasseurs, les
associations/fédérations, les ONG et bien d'autres ont leur mot à dire!
"L'écologie de la perturbation" (Schachmann 5 nov) et la préservation de la
flore nous concernent tous. Quand H. Kamil (15 nov) nous dit que "les
forestiers sont les seuls écologistes", je ne puis confirmer. Le dialogue
doit être mené avec une équipe pluridisciplinaire, ce qu'on fait encore mal
... Qu'en est-il pour cette conférence électronique ? Est-elle sectorielle
? Aux organisateurs d'en décider. En effet, depuis ce matin, il me semble
qu'en posant le thème 2 entre deux approches qui ne font appel (sur papier)
qu'à l'agriculture et à l'élevage, on ne part pas du bon pied (désolé,
Alain !).

Quel sont les interlocuteurs qui ont donné une réponse à la question de Mr.
Neffati (18 nov : "exemple de réussite de plan d'aménagement et de gestion
intégrés et participatifs" - des parcs, mais il aurait pu dire, des espaces
sylvo-pastoraux - ? Citez moi des noms ??? Il s'agit bien d'une approche
pluridisciplinaire qui a encore du mal à se mettre en route sur le terrain,
mais aussi dans nos têtes et entre nous dans notre vie professionnelle
quotidienne.

Loin de moi l'idée que le parcours conduit à une dégradation (sauf dans des
cas précis : 1/ sédentarisation et concentration - parfois due à une perte
de mobilité des troupeaux, 2/ troupeaux monospécifiques, ce qui conduit
parfois à des embroussaillements, 3/ sous-pâturage comme P. Gerber le dit
(12 nov), etc. "La recolonisation spectaculaire par les ligneux" (mais les
espèces ne sont plus toutes les mêmes, cfr R. Hammel/3 du 8 nov.) est
(parfois) évidente (sans doute plus par enfouissement des graines ou de
rameaux et par blessure de l'enracinement superficiel que par le
prétraitement dus aux sucs digestifs ; reste à le prouver). "Le principal
allié du forestier devrait être l'éleveur" (R. Hammel/3 du 8 nov) :
d'accord, encore faudra-t-il se mettre d'accord avec d'autres (chasseurs,
apiculteurs, etc.) sur la question épineuse des feux précoces et tardifs
(en fonction des régions : rares en zones sahéliennes, fréquents en zones
soudaniennes). Aujourd'hui, la "dégradation" n'est plus de mise
généralement, et si elle existe, il faut l'observer à long terme !

La "mise en valeur" par l'agriculture ne vise que l'aspect économique (et
encore...), mais pas souvent l'aspect environnemental. D'accord pour clamer
haut et fort que "la mise en valeur pastorale est (souvent) sous-estimée"
(R. Hammel/3 du 8 nov), notamment pour les terres arides peu propices à
l'agriculture, où "le contrôle (relatif) des effectifs" (et non la capacité
de charge, cfr R. Hamel) et "un calendrier d'utilisation et de mobilité"
sont indispensables (A. Ickowicz 19 nov). Visons donc un dialogue et une
participation de tous les acteurs (j'invite les modérateurs à relire cette
dernière phrase...), y compris les groupes de pression qui s'approprient
exclusivement des espaces immenses (comme ils sont notables et/ou riches,
la difficulté sera de les faire réellement participer à long terme..., mais
J.P. Pichot relançait l'idée d'une forme d'épargne plus "séduisante" pour
capter les économies des fonctionnaires, commerçants, agro-pasteurs). Les
bailleurs de fonds devraient intensifier leurs efforts dans ce dernier
domaine.

J'ai lu l'ensemble des messages ce week end et avant de passer au thème 2,
j'en tire quelques conclusions (ce n'est pas exhaustif). Il faudrait donc :

* une mobilisation plus intense des savoirs locaux ;
* dans le domaine de l'élevage, une meilleure connaissance de la diversité
des acteurs (transhumants trans-régionaux, pasteurs régionaux,
agro-éleveurs, entrepreneurs, etc.) et moduler peut-être nos priorité
d'action selon le type d'éleveurs (cfr "le business des
entrepreneurs"-éleveurs) et le type de régions concernées (notamment les
zones semi-arides) ;
* lutter contre "l'errance des politiques" (cfr R. Hammel des 19 et 21 nov,
qui cite "le paternalisme consternant" et les "diktats de certains
bailleurs") qui devraient négocier plus longuement avec certains bailleurs ;
* des études complémentaires sur l'impact réel des troupeaux mixtes et des
plans souples d'aménagements consensuels et contractuels (Bellefontaine 15
nov ; J. Biao 15 nov "rechercher des alternatives") liés à l'impact réel
des troupeaux (Ickowicz 19 nov : "impact focalisé sur certaines formations
végétales; impact très variable en intensité et dans sa répartition
spatiale suivant la saison; lutte contre certaines plantes envahissantes") ;
* des révisions régulières des codes ou rares chartes existants
("inadaptés, qui plongent les acteurs dans le désarroi "- H.Kamil 18 nov)
et dans certains cas, une révision des limites des forêts classées;
* la recherche de "la satisfaction des besoins immédiats qui passent avant
le renouvellement des ressources à long terme" (J. Biao 15 nov) et d'un
"développement plus volontariste" (Godet 13 nov) de tous les acteurs (et
pas seulement, hélas trop souvent, des agriculteurs).

Rien de bien neuf, mais quand s'y met-on ?

Excusez-moi d'avoir été aussi long. Et pour rester dans le thème, "Quelles
articulations nouvelles entre espaces pastoraux et agricoles ? (ajustement,
règles juridiques, comment favoriser cette dynamique dans des conditions
durables ?)", voici ma contribution sur "la coupe de branches, dans
certains cas, pratique néfaste" (R. Hammel/1 du 8 nov) et des "émondages
excessifs" (Juliette Biao, 15 nov).

Les codes de l'élevage et forestier devraient actualiser les articles
interdisant la taille des branches - hors et en forêt, notamment les arbres
hors forêt (voir le livre FAO-CIRAD, 2001, référence ci-dessous) éparpillés
dans les espaces sylvo-pastoraux (les arbres des bas-fonds notamment,
entourés d'habitations)-. Il faudrait également financer des recherches
relatives à l'intensité, la fréquence et le calendrier des tailles.

Cette réactualisation ne pourra faire l'économie de la définition des
termes relatifs aux techniques d'exploitation de pousses ou de parties de
branches. Ensuite il faudrait que les techniques "adéquates" (si
nécessaire, opter pour de légères adaptations des savoir locaux) soient
parfaitement explicitées aux populations qui se verront confier
contractuellemnt la gestion des arbres fourragers hors forêt (encore
appelés LUASP - ligneux urbains et agrosylvopastoraux) ou en forêt, pour
que ces techniques soient respectées.

Les forestiers des zones sèches doivent impérativement réagir avec vigueur
contre les écimages, étêtages, et autres éhouppages abusifs et nocifs (qui
épuisent l'arbre) et proposer des techniques plus douces :

1. l'érussage : cette technique respecte l'intégralité des branches; elle
consiste à faire tomber les feuilles des arbres (non épineux), sans l'aide
d'aucun outil, en faisant glisser la main le long de la tige;
2. l'émondage au sens strict, càd la coupe de l'extrémité non ou peu aoûtée
des rameaux (soit maximum 30 à 50 cm, comme sur les noyers au Maroc);
3. l'élagage propre et net de branches de très faible diamètre.

Commençons d'abord par lutter contre cette confusion extrême des techniques
et des termes ("élagage", "écimage") utilisés de manière (très)
inappropriée et malencontreuse par les spécialistes de l'élevage, les
botanistes, géographes, écologues pressés, voire les forestiers imprécis.

Il est urgent en zone aride, pour sauver le matériel sur pied, d'étudier la
réitération, d'induire des recherches relatives à la taille optimale des
ligneux avec le concours de laboratoire tel qu'AMAP. Il est en effet
aberrant de couper à peu près n'importe quoi, n'importe quand ! Bonjour la
durabilité...

En principe, je n'interviendrai plus dans ce thème. Bonne continuation.

Ronald BELLEFONTAINE
Cirad-forêt
Montpellier.

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2- Contribution de H. Kamil


Un témoignage très précis à propos de la course à l'appropriation sur les
bourgoutières, là où "les agriculteurs s'orientent vers l'élevage et les
éleveurs vers l'agriculture"...
A. BBZ

L'introduction du thème 2 par A. Bourbouze nous dessine les différentes dimensions complexes de
l'articulation entre les espaces pastoraux et les espaces agricoles. Je voudrais à travers le cas de le
Boucle du Niger, tenter de montrer l'évolution et la portée de ces articulations.
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Située au nord du Mali, la sixième région est caractérisée par des fluctuations climatiques
inter-annuelles et intra-annuelles, avec une disparité géographique des précipitations. Les contraintes liées à l’exploitation des ressources pastorales sont dues à la diminution de leur potentiel de production suite
aux sécheresses, et à la pression de pâturages. La gestion des ressources n’est pas sans poser des
problèmes de réglementation de leur accès par les populations, en terme d’exploitation mais aussi en
terme d’appropriation.

Les deux grandes unités écologiques que l’on peut distinguer sont la frange fluviale et la zone exondée.

La frange fluviale est caractérisée par des pâturages aquatiques à Echinocloa stagnina, qui dépendent
directement dans leur croissance des régimes de crue-décrue. Par contre, les pâturages dunaires sont
tributaires des régimes de précipitation. Or, la régularité du régime de crue-décrue contraste avec les
pluies dont l’occurrence est extrêmement variable.

Cette variabilité spatio-temporelle rend les ressources pastorales des zones exondées aléatoires
comparativement aux pâturages inondés qui sont plus stables.

En terme d’utilisation, ces deux grands groupes -pâturages inondés, pâturages exondés-, ont été
complémentaires. Cette complémentarité se manifestait soit en terme d’appropriation par les groupes sociaux
(fractions, tribus, villages, etc.) de territoires comprenant des finages qui regroupaient plusieurs
types de pâturages, soit en mettant en œuvre des pratiques de coopération et d’échanges –échange
économique, associations d’élevages, négociation de droits d’accès, …).


Toutefois, la zone a connu des bouleversements importants :

Les sécheresse 1973 et 1984 se sont accompagnées par des pertes importantes d’animaux chez les éleveurs
nomades, avec parfois transfert de propriété d’animaux aux agriculteurs, mais aussi à des fonctionnaires ou
des commerçants de la zone. Des évolutions positives ont eu lieu après 1984 suite à la régénération des
bourgoutières par les ONG, notamment VSF, la multiplication de périmètres irrigués villageois, les
plantations d'eucalyptus et de prosopis, l'appropriation et clôture de parcelles à Cynodon
dactylon…ou timide par l'introduction du tourteau de coton dans l'alimentation des vaches laitières.

Mais, c'est la période de rébellion (1991-1994) qui va jeter la majorité de la population touareg et
maures dans les camps de réfugiés et conduire à la dislocation des familles, la perte de terres et des
conventions coloniales (disparues lors de la période des troubles). Or, ce sont ces conventions qui
confèrent un droit d'exploitation ou de propriété de bourgoutières à des individus ou des fractions, et sont
souvent les seuls titres fonciers reconnus par l'administration.

Le retour de ces populations qui détenait le plus gros du bétail dans la zone s'est fait de façon
progressive. Les sites temporaires crées par les organisations humanitaires (HCR, CICR,…) pour
faciliter l'acheminement des réfugiés vers leurs sites d'attache, vont rapidement se transformer en sites de
fixation permanent. Ces sites ont regroupé des populations hétérogènes, alors qu'avant les individus
s'identifiaient uniquement à la fraction ou au lignage. Dans le nouveau paysage institutionnel, le
site a été reconnu comme un lieu d'attache. Les projets financés par les ONGs et les bailleurs ont été
souvent conditionnés par la signature du chef de site (pouvoir émergent au dépens des chefferies
traditionnelles). L'évolution du système agraire a dépendu (et continue de l'être) de ces projets
(périmètres irrigués villageois, plantations d'eucalyptus et d'arbres fruitiers, …)

De fait, la valorisation de la frange fluviale a généré une course à l'appropriation de la terre. Les
bourgoutières collectives demeurent l'objet de conflits aux sein du même groupe et entre les groupes
voisins. Le captage de fonds va se développer face à la multiplication des intervenants extérieurs (ONG,
coopération bilatérale).

Au niveau des villages sédentaires, les agriculteurs ont pu acquérir des troupeaux importants conduits de
façon privative et confié chacun à un berger (bellah). Ces troupeaux sont conduits au niveau des pâturages
exondés, et certains nomadisent à l'intérieur du gourma à la recherche de bons pâturages et des mares.
Seuls les vaches laitières et les petits ruminants sont gardés au niveau du village. Ils sont souvent
confiés à un berger collectif, et conduits dans les pâturages exondés du village et les champs de culture
(qui sont suffisants lors de la saison froide après la récolte du riz en janvier), et ensuite les pâturages
secs loin du village, mais rentrent le soir. Pendant la saison sèche, lorsque les pâturages sont maigres, on donne
prioritairement aux laitières, bourgou, fanes de niébé et tourteau de coton. Le son du riz paddy est de plus
en plus récupéré après décorticage et rentre dans la ration alimentaire.

Les agriculteurs s'orientent vers l'élevage et les éleveurs vers l'agriculture. Telle est l'évolution des
dernières années au niveau de la boucle du Niger. Evolution qui continue à remettre en question les
rapports à la terre, la place de l'élevage nomade dans l'économie régionale, les rapports sociaux existants.

La multiplication des rizières ferme souvent le passage aux bourgoutières. Les problèmes de divagation
de troupeaux est à l'origine de confrontations sanglantes entre bergers et agriculteurs (plusieurs
morts à Goundam en 2001). Les troupeaux nomades se replient sur les mares. Or, celles-ci font l'objet de
culture (mil, sorgho et maraîchage). Les sites à fonio sont appropriés et exploités par les populations
bellahs (anciens captifs), population sans terre vivant de la cueillette et de la culture de pastèque
(moussa-moussa), et de la prestation qui demeure dans certains cas un rapport de dépendance et de clientélisme
avec les anciens patrons ou qui se transforme en rapport de métayage et de salariat. Les clôtures pour
la pastèque, dites "pièges" par les nomades est soumise à autorisation par le service des Eaux et
Forêts; En cas de dégâts, les amendes sont lourdes. Ces clôtures sont en même temps décriées par les E&F, car
elles occasionnent l'ensablement. Discours ambivalent de la part des services techniques et des intervenants
extérieurs, et solutions peu raisonnées. La sécurité alimentaire est pensée non pas en terme d'économie
locale et régionale, et d'intégration des composantes des systèmes agraires. L'élevage ne bénéficie que très
peu d'actions concrètes, alors qu'il constitue la ressources principale de la zone.

Hassan Kamil

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3- Contribution de M. Ferry

Une contribution qui alimente notre discussion, mais interessera aussi le
thème 4 ("gestion des risques")
A. BBZ

Avec nos amis éleveurs du piémont sud-ouest de l’Aïr, nous avons engagé un
projet qui correspond bien, me semble-t-il, au second thème abordé par
cette e-conférence. Je vous en soumets les grandes lignes.

Dans le Nord du Niger, la pluviométrie moyenne annuelle est très faible
(106 mm en moyenne entre 1964 et 1999) et concentrée sur quelques semaines.
Elle est en plus extrêmement irrégulière. Cette irrégularité se manifeste
d’une année à l’autre mais également d’une région à une autre ou même d’une
vallée à une autre. Ces pluies se produisent pendant une très courte
période de juillet à septembre.

Ces pluies, aussi faibles soient-elles, conditionnent totalement la vie des
différents groupes d’éleveurs de ces régions. Elles permettent la
reconstitution des pâturages sur lesquels repose entièrement le système
d’élevage.

Au niveau des kori, elles réalimentent les nappes phréatiques qui
permettent l’existence d’une végétation arborée. Celle-ci joue un rôle
essentiel en fin de saison sèche. Ces pluies sont également indispensables
pour éviter l’assèchement de puits pastoraux parfois profonds (30 à 50
mètres). Grâce à ces puits, les éleveurs peuvent exploiter rationnellement
un vaste espace pastoral selon un mode extensif seul capable de garantir la
durabilité des ressources naturelles.

Mais la vulnérabilité d’un tel système est considérable. Avant la saison
normale des pluies, les ressources fourragères sont devenues rares et de
mauvaise qualité. Les troupeaux, auparavant dispersés, sont concentrés sur
les quelques pâturages encore disponibles. S’il ne pleut pas ou pas assez
ou encore que les pluies n’ont arrosé qu’un faible pourcentage de l’aire
habituelle de pâturage, il faut partir rapidement à la recherche de
pâturages éloignés. Mais si l’absence de pluies affecte une vaste zone,
c’est très vite la catastrophe. Les grandes sécheresses qui ont fait la une
de l’actualité dans les années 1970 (39 mm de pluies à Agadez) et 1984 (4
mm de pluies à Agadez !) en témoignent de façon dramatique.

Le risque sécheresse, bien qu’on ait tendance à l’oublier dès que les
pluies reviennent, se pose en fait tous les ans de la même manière. Rien ne
garantit l’arrivée des pluies d’une année sur l’autre. Tous les ans, à la
periode habituelle d’arrivée des pluies, les éleveurs regardent avec
inquiétude le ciel. Mais, bien que leur système d’élevage et, en
définitive, leurs moyens d’existence dépendent profondément de l’apparition
de ce phénomène climatique, ils sont assez démunis face à ce risque de
sècheresse, perpétuellement renouvelé d’une année à l’autre. Leur stratégie
traditionnelle d’élevage ne prévoit aucune anticipation face à ce risque,
probablement parce qu’il n’avait pas la même importance avant la diminution
moyenne de la pluviométrie qui s’est produite depuis une trentaine d’années
(en moyenne près de 50% de pluies en moins !).

Le principal drame dont souffrent les petits éleveurs lors de grandes
sécheresses est la perte totale de leur troupeau : leurs animaux meurent de
faim et de soif ou ils réussissent à les vendre à temps mais dans ce cas à
un prix très en dessous de leur valeur. Leur troupeau constituant en
général leur seul capital ils subissent un appauvrissement dramatique dont
ils ne peuvent en général se remettre. Quand les pluies reviennent et les
pâturages se reconstituent, ils se trouvent dans l’incapacité de reprendre
leur activité antérieure. Or celle-ci, le pastoralisme nomade, est, dans le
cadre de la région où ils vivent ainsi que de leurs compétences, la seule
en mesure de leur assurer des moyens d’existence. En conséquence, ils se
retrouvent en situation de dépendance totale soit de leurs parents si
ceux-ci sont en mesure de les aider soit de la charité internationale. Ils
se réfugient autour des villes où ils vivent dans des campements de misère.
Quand, par chance, ils trouvent du travail, c’est pour des emplois sans
qualification et très occasionnels. Leur destin a probablement
définitivement chaviré vers l’extrême pauvreté.

Pour éviter ce drame, il est essentiel que ces petits éleveurs puisse après
la sécheresse revenir à l’activité pastorale et pour cela qu’ils puissent
reconstituer leur troupeau. Il est donc essentiel qu’ils sauvent au moins
quelques bêtes, les géniteurs à partir desquels ils vont pouvoir
reconstituer leur troupeau. Il faut, en quelque sorte, qu’ils sauvent leur
outil de travail.

Certains éleveurs après les dernières deux grandes sécheresses ont cherché
à mieux prendre en compte le risque sécheresse en créant des jardins pour
diversifier leurs activités et leurs sources de revenus. Dans quelques cas,
grâce à ces jardins, des éleveurs ont pu, durant la deuxième sécheresse,
sauver quelques uns de leurs animaux grâce auquels ils ont pu ensuite
reconstituer leurs troupeaux.

L’objectif de ce projet est d’appuyer cette recherche et cette dynamique
paysannes en créant chez et avec quelques éleveurs plusieurs jardins
oasiens qui prennent en compte le risque sècheresse et servent de référence
technico-économique et d’outil de formation. L’adoption par les éleveurs
d’une stratégie agro-pastorale nouvelle et de pratiques de jardinage qu’ils
ignorent au départ totalement nécessitent un effort important de
démonstration et d’encadrement technique.

Le jardin oasien de résistance à la sécheresse (JORES) est conçu dans cet
objectif. Le fonctionnement du JORES s’inspire du système de jardin
traditionnel oasien dont la durabilité et l’efficacité ont fait leur preuve
depuis très longtemps dans un grand nombre de pays phoenicicoles, y compris
dans l’Aïr. Le système de culture proposé vise à assurer une production
maximale de fourrages. En cas de sécheresse sévère et donc en l’absence de
pâturages, pourront être alimentées les quelques animaux à partir desquels
pourra être reconstitué le troupeau quand les pluies reviendront.

Bien cordialement.

Michel Ferry
Directeur scientifique
Station de recherche sur le palmier dattier
et les systèmes de production en zones arides
Elche Espagne

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4- Contribution de R.Hammel

Bonjour,
Le modérateur plaide coupable pour l'étendue du sujet et la multiplicité
des questions qui se posent à son propos...mais la contribution de Roland
Hammel n'en souligne-t elle pas précisément toute la complexité (stratégies
d'appropriation, genèse des conflits, lieux de pouvoir et rapports de
force, négociations et comment s'y prendre...)??
On attend d'autres témoignages...mais aussi des exemples de négociations
réussies et de cohabitations paisibles...Pourquoi pas ?
Alain BBZ
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Vaste sujet, que l'introduction du modérateur a encore élargi.....sujet
conflictuel qu'il est difficile d'aborder sans accepter de DIRE la réalité
vécue .......par où commencer ?....je me lance!
" Quelles articulations nouvelles entre espaces pastoraux et espaces
agricoles ? Les effets sur l'environnement et les conséquences sur la
conduite des troupeaux sur parcours."
Le thème est vaste, infiniment varié, et imprégné de tensions et de
conflits autrement plus graves que ceux qui peuvent être relevé dans le
thème précédent (aires protégées).
Par ailleurs, les processus en cours pour la décentralisation et les
multiples perceptions et compréhensions que peuvent en avoir les
observateur et surtout les intéressés complexifient à l'infini cette
question.

Est-ce pour cela que le thème semble démarrer plus timidement que le
précédent ?
Je ne parlerai donc que des situations que je pense bien connaître, c'est à
dire au Niger central.

Je voudrai ici vous décrire le plus brièvement possible, une situation dans
laquelle les stratégies des uns et des autres permettent une lecture du
conflit existant dans cette zone, et qui peut permettre de relativiser les
schémas que nous pouvons avoir.

Contexte : Nord Dakoro, de 14° N à 16° N de latitude.
Population d'origine Haoussa, de culture agricole, globalement au Sud et
Peule/Touaregue d'origine pastorale globalement au Nord, et fortement
mobile avec des axes relativement courts et une logique de "terroirs
d'attache"
.
Un mot de la gestion de la terre : schématiquement, historiquement, les
populations pastorales sont administrées par des chefs de groupements, qui
n'ont en principe pas d'autorité légale sur la terre.
Les populations agricoles sont administrées par des Chefs de Canton dont
les frontières territoriales sont limitées précisément au sud à l'est et à
l'ouest, mais imprécises vers le nord.....vers les espaces de pâturages.

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On se trouve dans un schéma apparemment simple, avec l'agriculture au sud
et les pâturages au Nord, sur des ensembles dunaires fixés, qui
s'aridifient progressivement vers le Nord.

Le front agricole monte vers le nord. Depuis 1960, il a progressé de 50 km.
Les éleveurs eux, cultivent parfois. 40% environ des éleveurs ayant leur
terroir d'attache dans la zone pastorale, ont quelques petites cultures,
de quoi fournir 2 ou 3 mois de mil à la famille.

Mais il existe, chez les éleveurs de la zone, Peuls wodaabés et Touaregs,
un consensus particulier.
Celui qui cultive un champ doit le faire en zone agricole, ou tout au
moins derrière le front pionnier. Cette règle acceptée par tous (sauf un
qui persiste même contre les pressions de son clan) vise :
- à ne pas ouvrir de nouveaux espaces de culture dans la zone, qui
attireraient des colons.
- à garder une position commune, une attitude commune pour pouvoir agir
administrativement et juridiquement contre la colonisation de cette zone
pastorale.

A l'inverse, les chefferies de canton envoient des colons le plus loin
possible au nord pour ouvrir de nouveau champs.

Cette stratégie à pour but:
- de repousser les frontières DE FAIT de leur canton vers le nord, si un
village se créée, sous leur administration territoriale, c'est la
frontière qui s'étend.
- De s'approprier le contrôle sur l'espace pastoral lui-même.

En effet, c'est bien l'espace pastoral ici qui est l'enjeu, y compris
pour les sédentaires.
L'espace est immense, et si le front agricole progresse, il ne le fait
que par quelques centaines d'hectares, dispersés en patchwork dans les
pâturages. C'est ainsi la zone entière qui devient infréquentable pour
les éleveurs à certaines moments de l'année, car le moindre piétinement de
champs sera monté en grande affaire par les agriculteurs, les chefs
traditionnels et l'administration, et finira par coûter fort cher.


En 1999, c'est l'armée qui gardait encore les "champs" au début février,
40 km au nord de la limite légale de 1961, c'est à dire sur le 15 èm
parallèle empêchant le cheptel de descendre vers le sud proche……Qu' y
avait-il encore à garder à cette saison avancée à cette latitude?

Par ailleurs, à cette latitude et sur ces sols très filtrants, avec des
poquets de mil espacés de presque 2 mètres, on ne peut espérer une récolte
que 2 années sur 3, et encore……avec un rendement de 100kg hectares la
plupart du temp. Les dernières pluies sont trop espacées en septembre et
le mil sèche souvent avant floraison. Il a séché par exemple en 1998,
pourtant "année record" au Niger pour les céréales.
Cela n'empêche pas que des communautés s'installent de manière
imprévisibles, résistent à tous les efforts de médiation des éleveurs ou
pression de l'administration parfois, et finissent par prendre de
l'importance par migration, créent des villages, et "s'approprient"
ainsi au bénéfice du chef coutumiers qui les ont envoyés et couverts , de
grands espaces de pâturage.

Des dizaines de puits se sont ainsi trouvés enfermés par les champs et les
maisons, inaccessibles à l'élevage, des dizaines de foyers de conflits
sont ainsi allumés sciemment, contre toute logique, même la logique
productive (rappelons que les éleveurs cultivent au sud, parfois à 30 km
de leur site d'attache….c'est donc que c'est possible….).

Un exemple parlant est celui du puit de Bouzoua, (puits privé traditionnel
mais performant appartenant aux éleveurs) situé à deux km au sud de la
frontière départementale entre Agadez et Maradi….. Le processus est en
cours depuis 6 ans, et le puits n'est plus accessible que par l'Est. Il
faut noter que ces "agriculteurs" sont originaires de plus de 100 km de
là, et que vers le sud, les premiers champs sont à plus de 80 km…..

Lors des discussions organisées régulièrement par les projets ou les
bailleurs de fond, les chefferies avancent constamment le problème du
manque d'espace, de l'alimentation, de la démographie, ce que les
bailleurs et l'administration sont prêts à entendre. Mais la réalité est
toute autre.
C'est bel et bien d'une stratégie de contrôle de l'espace pastoral par le
milieu sédentaire qu'il s'agit dans le Nord Dakoro, et non d'une recherche
de nouveaux espaces cultivables pour raisons démographiques.

Ce sera tout pour cette première contribution. Je voudrais renvoyer les
participants interressés par le Niger à la lecture d'un dossier écrit avec
IIED, N° 102, en 2001 "Terroir d'attache des pasteurs au Niger".

Salutations

Roland Hammel

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5- Contribution de M. Faye

Bonjour chers amis.
En tant que vétérinaire pastoraliste, je suis très heureux de rejoindre
cette
conférence sur un sujet aussi important que le pastoralisme et
l'environnement.
Cela étant, je voudrais intervenir par rapport au thème 2, relatif aux
articulations nouvelles entre espaces pastoraux et espaces agricoles et
exposer la situation qui prévaut au nord Sénégal, dans la zone du Ferlo où
j'ai
eu à intervenir particulièrement.
Le Ferlo est une zone écogéographique semi-aride d'environ 50.000 km2
localisée au nord Sénégal, entre la Vallée du fleuve Sénégal (au nord) et le
Bassin Arachidier (au sud). C'est une zone à vocation essentiellement
pastorale
qui reçoit environ 250 à 300 mm de pluies par an et qui est exploitée par des
populations composées en majorité de pasteurs Peuls transhumants.
Traditionnellement, la gestion des terres était assurée suivant le droit
coutumier articulé autour des lignages, ce qui correspondait à une
responsabilisation des différentes factions dans la gestion des différents
terroirs pastoraux.
Avec le programme de classement forestier intervenu dans les années 40-50
et la
réforme foncière de 1964(loi sur le domaine national ayant placé les terres
sous
le controle de l'Etat), les pasteurs ont perdu le controle de l'espace.
La pression démographique devenant très forte au Bassin arachidier
limitrophe,
on assiste à une remontée importante d'agriculteurs vers le Ferlo et qui
s'adonnent principalement à la culture de l'arachide, principale culture de
rente au sénégal.
Avec le processus de décentralisation qui est en cours au sénégal, des
conseils
ruraux sont installés et la gestion des terres situées en zone de terroir leur
est confiée. On aurait pu penser que cette décentralisation permettrait une
meilleure maitrise des problèmes locaux et que les pasteurs retrouveraient le
controle de l'espace.Malheureusement, cette gestion des terres par ces
conseils
se résume à des affectations et des désaffectations de terres conformément au
principe de la mise en valeur édicté par la loi. Or, la mise en valeur
pastorale
n'étant pas bien explicitée dans la loi, les conseils ruraux procèdent pour
l'essentiel, à des affectations de terres pour les cultures(mise en valeur
agricole).
L'espace pastoral se rétrécit de plus en plus au Ferlo sud notamment et on se
retrouve dans une dynamique d'insécurité foncière pastorale et de conflits.
Nous sommes donc intervenus dans cette zone dans le cadre d'un projet d'appui
aux communautés locales pour la gestion des ressources pastorales, le PAPEL.
Dans le cadre de ce projet, nous avons cherché à favoriser une dynamique de
concertation entre les différents acteurs en vue d'une gestion concertée des
ressources au niveau de dix unités pastorales pilotes(terroirs pastoraux
centrés
sur des forages à grand débit).
Les actions enclenchées fin 1993-début 1994 à travers un processus
participatif,
ont abouti en 1998, à l'émergence des premiers plans d'aménagement et de
gestion
négociés entre les différents acteurs. Des zones particulières ont été
affectées
aux activités culturales, avec des espaces de sécurité par rapport aux points
d'eau et aux parcs à bétail.Paralèllement, des comités de concertation locaux
ont vu le jour, comprenant des représentants des collectivités
locales(conseils
ruraux), des comités de gestion des parcours et des points d'eau, ainsi que
des
représentants des agriculteurs.
Bien que l'expérience soit encore récente pour pouvoir permettre de tirer des
conclusions, on peut déjà noter que:
- les stratégies individuelles font progressivement place à une dynamique de
gestion concertée entre des acteurs qui ont le sentiment d'avoir retrouvé une
communauté d'intérêts jadis perdue
- les conflits liés à l'exploitation des ressources pastorales et au foncier
ont notablement diminué.

Dr Malick FAYE
Vétérinaire Pastoraliste
Direction de l'Elevage
DAKAR - SENEGAL

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6- Contribution de M. Ferry

J’ai envie d’être un peu provocateur.
Demandez aux éleveurs ce qu’ils pensent de l’idée de disposer de fourrages
de zones de reserve ou de zone de production quand les ressources de leurs
zones de pâturages sont épuisées en raison de l’insuffisance ou de
l’absence des pluies une année donnée. Pourquoi cette idée (différente de
celle proposé par le JORES mais peut-être complémentaire) soulève-t-elle
comme, m’a-t-il semblé, une sorte d’indignation? Quelles sont les autres
options? Une migration lointaine selon le mode traditionnel? Celle-ci est
de plus en plus difficile car les paturages du Sud, souvent
transfontaliers, sont de moins en moins accessibles. Le destockage des
troupeaux mais à quel prix et dans quelles limites?
Ne leur reste-t-il plus vraiment qu’à accepter une sorte de régulation
"naturelle" par la mort d’une partie de leur cheptel?

Michel Ferry


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7- Réponse de Toutain à Bellefontaine

Ces quelques commentaires viennent en réaction au message de Ronald
Bellefontaine sur le thème 2

Ronald Bellefontaine rapproche les mots de pastoralisme et
sylvo-pastoralisme. Il regrette que les forestiers ne soient pas plus
présents dans le débat. Il a tout à fait raison.

Le pastoralisme est un système de production. Le sylvo-pastoralisme est
une pratique qui consiste à faire de l'élevage en forêt. On associe deux
objectifs, celui de l'éleveur et celui du forestier. Cette pratique fait
référence au pastoralisme, et l'on peut entrer par l'élevage comme on
peut entrer par la forêt. C'est l'espace en jeu qui est commun.

On ne fait pas du sylvo pastoralisme partout. Certains écosystèmes sont
pauvres ou dénués d'arbres, le pâturage se limite aux strates basses de
végétation. D'autres sont arborés ou boisés, telles les savanes, et l'on
va parler de sylvo-pastoralisme dès qu'il apparaît quelque intérêt sur
les arbres. C'est souvent le cas en Afrique tropicale. Il est plus
fréquent de voir du bétail dans une végétation boisée que d'y voir se
rencontrer les gens de l'élevage et les forestiers.

Là où réside la difficulté, c'est d'élaborer un mode rationnel d'usage
et de gestion qui tienne compte à la fois des objectifs de production
animale et de production ligneuse ou d'avantages écologiques. Car c'est
cela que j'appelle le sylvo-pastoralisme du point de vue technique.

Comme lui je souhaite que les forestiers donnent leur avis : une forêt
classée est une aire protégée et leur commentaire était légitime sur le
thème 1. Dans le thème 2, on voit l'importance du statut ou de la
destination de production et d'usage des différents espaces : parcours
pour le bétail, forêts, plantations, champs, vergers... L'arbre est dans
le paysage, même avec les champs.


--
Bernard Toutain
Gestion des systèmes pastoraux
CIRAD-EMVT

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8- Téléchargement (S.Pesséat)

Bonjour à tous,

J'ai le plaisir de vous annoncer que, si vous n'avez pas pu assister à
toute la discussion sur le premier sujet "Pastoralisme et aires
protégées"(Modérateur B.Toutain), vous pouvez maintenant y remédier,
puisque toute la liste des discussions sur le premier sujet est
consultable sur le site LEAD à l'adresse:
http://www.virtualcentre.org/fr/frame.htm; menu « conférences
électroniques »; bouton « téléchargements », à la fois au format texte
et au format HTML.
Une synthèse de la part du modérateur devrait bientôt suivre (disponible
en anglais et en français).

Cette partie du site internet sera constamment remise à jour pendant la
conférence électronique, afin de vous mettre à disposition différents
types de
documents. Je ferai à chaque fois passer l'information par mails comme
c'est le cas aujourd'hui.

Les nouveaux documents sont donc:

Thème 2 "Quelles articulations nouvelles entre espaces pastoraux et espaces agricoles ?---------------

- Pour les retardataires, les documents d'introduction sont consultables
(formats au choix Word, HTML, Texte ou PDF).
- Le message d'accueil du modérateur(formats au choix HTML, Texte)

Thème 1 "pastoralisme et aires protégées"--------------------------------

-Liste des discussions (du 4 au 25/11/02) (formats au choix HTML, Texte)
-Lien LEAD support à la contribution de Alexandre Ickowicz + rapport
final de l'étude sur le Djoudj (PNOD) au Sénégal
-STRATEGIE DE GESTION DES ESPACES AUTOUR DU PARC W (document joint de
Azizou El-Hadj Issa)(formats au choix Word, Texte, PDF)
--------------------------------------------------------------------------

Pour consulter en ligne un document, cliquez (gauche) sur l'icône du
format de votre préférence.
Pour télécharger un document, cliquez (droit) sur l'icône du format de
votre préférence, puis choisissez l'option "enregistrer la cible
sous..."

Pour éviter de charger vos boîtes mails, les messages attachés
des participants seront réduits (quand cela est possible) au
format texte, avant de les diffuser.
ENSUITE, ils seront mis à disposition sur le site Internet (sous divers
formats téléchargeables) le plus rapidement possible.

Pour continuer sur d'aussi bonnes voies, je vous rappelle que les
contributions ne doivent pas être envoyées à l'adresse même du
modérateur mais à l'adresse LEAD-Pastoral-Econf-L@mailserv.fao.org.


Bonne conférence à tous.

Sébastien Pesseat (FAO/CIRAD)
Webmaster de la plate-forme francophone
Email : sebastien.pesseat@virtualcentre.org

 

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9- Réponse de PhilippeLeperre à Michel Ferry

Un texte de Philippe Leperre en réponse à Ferry, que je vous fais passer à
tous, mais qui interessera surtout le thème 3 (amélioration des
parcours...autour de la technique des mises en défens et des mises en
réserve sur parcours...où il y a bcp à dire). Le JORES dont parle Ferry est
bien un apport de l'espace AGRICOLE (jardins oasiens).
Alain BBZ
-----------------------------------------------------

Merci a tous et en particulier aux mediateurs.
Cette communication attire l'attention sur certaines données du problème :
- Il est certain que les frontières sont une restriction sévère aux nomades
(cf. Touaregs affamés et décimés aux frontières d'Algérie /Mali /Niger fin
'1975-80: passage officiel = taxe d'une partie du troupeau, passage
"illégal", troupeau confisqué, pas de mouvements = inanition et
déshydratation)
- Il me semble qu'il y a 2 types de réserves fourragères, celles à pâturer
en fin de saison sèche, et celles de secours, en cas de sécheresse.
- les réserves fourragères (défends) font forte impression dans un
environnement désertique *, mais sont difficiles a gérer. A partir de quel
degré de besoin pourra-t-on les utiliser ? A partir d'une date ?, D'un
état du parcours? D'un nombre de mortalité?
- Je n'ai pas encore vu ce système établit de façon organisée. J'imagine
cependant qu'en diminuant (un peu) la surface disponible au pâturage
"normal" ou "naturel", la taille des troupeaux pourrait s'en trouver
légèrement diminuée. L'effet combiné des réserves fourragères et d'une
population moindre (mais une charge égale sur le pâturage utilisé en
permanence) pourrait avoir un effet régulateur, c'est à dire éviter
l'alternance sur(?)population/lourdes pertes.
Quand aux destockage et mortalites naturelles dues aux secheresses soulevé
en fin de msg de Michel Ferry. D'un cote "cela a toujours été ainsi" ce qui
ne veut pas dire que l'on ne puisse ameliorer. Cependant il y a des
variations regionales. Au S. Soudan un des indicateurs precoce de
secheresse est la chute du prix de la viande (les eleveurs destockent) en
somalie par contre les eleveurs s'en remettaient a Dieu, pas question de
destocker volontairement pour sauver plus d'animaux. Serais-je egalement
provocateur en disant que les pertes peuvent etre minimisees si les
populations sont optimisees, mais que ces pertes me semblent necessaires au
cycle naturel et a la survie de l'environnement ?

* Somalie 1987: Sécheresse. La GTZ avait mis en défend depuis 2 ans des
zones désertiques et surpaturées. La différence entre le "désert"
environnant et la zone protégée était très impressionnante, (autoroute vs
jungle) et la faune sauvage s'y était réfugiée sans pour autant la
détruire. Les mortalités dues à la sécheresse augmentaient mais ces zones
étaient encore intactes donc respectées par les éleveurs. Je ne sais pas
quand ni si elles ont été utilisées lors de cette sécheresse.

--------------------------------------
Philippe Leperre

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10- Contribution de Véronique Ancey

Une contribution de Véronique ANCEY autour d'un bel exemple qui rappelle
(i) que l'équilibre entre agriculture/élevage ne va pas toujours dans le
sens que l'on croit, et (ii) qui souligne l'ambiguité de ce que, par
commodité, on appelle "l'agropastoralisme"....
A. BBZ
------------------------------------------------

Bonjour à tous

Je vous propose un bref exemple tiré d'une partie du Fuuta au Sénégal,
une zone de repastoralisation et de déprise agricole où la gomme
arabique prend de plus en plus d'importance pour les éleveurs. (La
situation y est très différente de celle du Sud du Ferlo que Malick Faye
nous a décrit, colonisé par le front arachidier). Mais l'équilibre local
élevage-gomme masque peut-être une autre combinaison d'activités / ou de
ressources, délocalisées.

Cette zone-ci est plus enclavée à l'échelle du Sénégal (100 km à l'Est
de Linguère) et chevauche les régions administratives de Louga, Saint
Louis et Matam ; la pluviométrie moyenne des 10 dernières années atteint
400 mm et l'agriculture y régresse visiblement depuis au moins 30 ans
d'après les analyses d'images satellitales et de photos aériennes. Les
éleveurs, Peuls Fafabé en majorité, entretiennent des troupeaux de
petits ruminants et de zébus gobras. Ils témoignent que depuis 20 à 30
ans, tout le monde abandonne la culture ; les petits agro-pasteurs trop
dépendants de l'agriculture (et qui n'avaient pas de champs de gommiers)
ont migré vers le Sud. De grands éleveurs, Ururbé, Wodaabé, venus de la
région du fleuve, se sont installés. Quant aux éleveurs du coin qui
avaient davantage de moutons ou de boeufs, ET les petits éleveurs
héritiers d'un champ de gommiers, ils sont restés là et vivent
essentiellement de l'élevage et de la gomme. En mauvaise année, le kg de
gomme se vend localement 500 FCFA (quand on sait que le litre de lait
n'atteint pas 50 F/ en hivernage localement, c'est une ressource
importante pour les familles ; d'autre part, on devine que la plus-value
leur échappe complètement quand on voit des projets privés
d'exploitation de gomme compétir par tous les moyens pour se voir
attribuer des dizaines de milliers d'hectares dans le Ferlo…).
Les éleveurs ayant-droits d'un champ de gommiers tâchent évidemment
d'entretenir leur capital, en mesurant l'intensité de leurs prélèvements
et en laissant reposer les acacias un an après la récolte. D'après leurs
témoignages, cela reste possible car il y a assez d'arbres ; il
n'empêche que la compétition s'accentue autour des champs de gommiers,
avec les accusations de maraude et de prélèvement abusifs qui
s'ensuivent.

Pour reprendre l'analyse en systèmes agraires proposée par Alain, ici
l'équilibre se reconstruit sur le pastoralisme et les gommiers mais il
est fragile et de plus en plus menacé, à cause de la valeur relative
croissante de la gomme ; tout cela se passe entre les habitants, très
loin de l'intérêt, du contrôle et de la répression de l'administration
des Eaux et Forêts ou autre.
Mais changeons d'échelle : nombre d'éleveurs de cette région sont en
relation avec une partie de leur famille restée au Nord-Est, dans la
vallée du fleuve, pour cultiver. Dans certains cas, ces relations
reposent sur des services, par exemple la garde d'animaux chez les
pasteurs pour les cultivateurs du fleuve. Mais je ne sais pas si les
parents du Fuuta ont gardé, ou acquis, un droit sur une partie des
récoltes : quelqu'un a peut-être des informations à
ce sujet ? Dans ce cas, l'agro-pastoralisme garderait bien un sens pour
la famille
au sens large, moins pour les acteurs et les ménages, qui eux, sont
relativement spécialisés, et il exploserait les analyses centrées sur un
terroir.
Alors quand on parle d'agro-pastoralisme, que faut-il regarder : les
activités d'un ménage, dans un terroir, dans une famille élargie, voire
ne considérer que la mobilisation des ressources et des revenus ?

Cordialement

Véronique Ancey
Pôle Pastoral Zones Sèches
(CIRAD CSE ISRA UCAD)
Dakar

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