Objet: Doc introductif - Thème 1"Pastoralisme et aires protégées" -conférence électronique Date: Mon, 04 Nov 2002 11:53:38 +0100 De: Bernard TOUTAIN Société: CIRAD A: LEAD-Pastoral-Econf-L@mailserv.fao.org LEAD Livestock, Environment and Development initiative -------------------------------------------------------- CONFERENCE ELECTRONIQUE Pastoralisme et environnement Le contrôle et la gestion de l'espace Thème n° 1 Pastoralisme et aires protégées DU 4 AU 15 NOVEMBRE 200 -------------------------------------------------------- Beaucoup d'aires protégées se trouvent dans des régions éloignées des centres urbains et des zones agricoles, soit du fait qu'elles se trouvent à l'écart des voies de communication, soit parce qu'elles occupent des lieux soumis à de fortes contraintes environnementales (climat, sol, relief). D'autres ont été choisies parce qu'elles offrent une particularité écologique et irremplaçable, une ressource distincte ou un attrait touristique important. Résultant à l'origine d'un certain isolement et peu fréquentées par les hommes, les régions qui faisaient office de refuges à la vie sauvage furent classées un jour ou l'autre, c'est-à-dire juridiquement assujetties à des règles d'accès et d'exploitation qui avaient pour but de protéger les ressources naturelles, notamment la faune et la flore. Elles devinrent pour certaines l'occasion d'activités touristiques. Il existe à l'heure actuelle des dénominations diverses pour ces aires protégées, avec leur statut propre. Pour n'en citer que quelques unes : les réserves totales de faune, les réserves partielles de faune, les zones tampon, les parcs naturels, les réserves cynégétiques, les forêts classées, les forêts domaniales… Dans les régions chaudes, les conséquences de la croissance rapide actuelle de la population et de l'économie se répercutent jusque dans les régions écartées. Avec notamment l'extension de l'agriculture et des régions urbaines, avec le développement des activités minières ou des infrastructures, la pression des activités humaines sur les écosystèmes naturels terrestres augmente rapidement, ce qui conduit à la diminution des surfaces et à la détérioration progressive des habitats de la faune sauvage. On constate que le phénomène s'accélère depuis plusieurs décennies. Les observateurs spécialisés n'ont pas manqué de communiquer des messages alarmants sur l'avenir de beaucoup d'espèces et sur la conservation de la biodiversité. De par sa nature, l'élevage pastoral s'est développé et maintenu sur les terres de parcours, qui sont en fait des étendues de végétation naturelle ou peu transformées et se régénérant spontanément. Ces terres sont aussi des habitats propices à la faune sauvage. Dans certaines régions du monde, on sait qu'une grande partie des animaux sauvages vit encore dans hors zones protégées. Cette faune est donc amenée à côtoyer plus ou moins le bétail domestique. Dans d'autres régions, les transformations provoquées par l'homme, principalement l'agriculture, a considérablement réduit les espaces naturels et, par conséquent, les populations sauvages. Ailleurs encore, le contrôle des épizooties ou des parasites a rendu accessible à l'élevage des zones primitivement insalubres pour le bétail et les hommes. Aujourd'hui, beaucoup d'espèces populaires ou emblématiques, en particulier de grande faune, doivent leur survie aux différentes politiques de conservation dont elles sont l'objet dans les aires protégées. Le gardiennage des aires protégées est coûteux et pas toujours assuré dans de bonnes conditions. Il n'est pas toujours facilement accepté ou respecté par les populations rurales environnantes car celles-ci en subissent plus de désavantages qu'elles n'y trouvent d'avantages, situation qui est source de conflits. Les ressources fourragères des aires protégées, non soumises au surpâturage et souvent habilement gérées par des feux, peuvent susciter les convoitises des pasteurs lorsque la qualité des parcours hors de ces aires ne suffit plus à alimenter leur bétail. Le séjour du bétail sur les parcours n'est pas sans effets à long terme sur la végétation. Il modifie les paysages végétaux de façons différentes selon les climats et les sols. Par exemple, en climat semi-aride, on constate une réduction du recouvrement des végétaux herbacés et des arbrisseaux, suivi de l'affaiblissement ou de la disparition des populations ligneuses ; dans les pays tropicaux humides, on constate généralement un accroissement de l'occupation du sol par les arbustes, les fourrés et les arbres ; sous des climats plus tempérés, le bétail contribue à l'entretien et l'extension de la végétation herbacée et graminéenne, limitant l'apparition de la végétation ligneuse. Autour des lieux d'abreuvement, la végétation, souvent très particulière en ces endroits, subit des dégradations dont les répercussions sur la qualité de l'eau, l'érosion et l'état des cours d'eau peuvent altérer la vie aquatique. Tous ces changements de végétation modifient les habitats naturels des espèces sauvages. Dans certains cas, cela favorise certaines espèces animales et certains peuplements végétaux même si, du même fait, d'autres sont défavorisés: d'un certain point de vue, le pastoralisme peut s'avérer l'allié du conservateur. Dans d'autres cas, au contraire, les habitats sont malmenés et leur dégradation constitue une menace pour la pérennité de certaines espèces de la flore et de la faune : le pastoralisme se situe alors à l'opposé de la conservation. Un certain nombre de questions se posent autour de ce débat contradictoire entre l'élevage pastoral et la protection de la faune et de la flore, entre les besoins des animaux domestiques et les exigences des espèces sauvages, entre les pratiques des pasteurs et les mesures prises en faveur des aires protégées. Leur expression a été résumée comme suit : Question 1 - Dans quelles situations l'élevage contribue-t-il à préserver des environnements naturels et à protéger la diversité végétale et animale ? L'élevage pastoral peut-il contribuer au maintien de la faune et de la flore dans les milieux naturels non protégés ? L'élevage d'espèces animales sauvages peut-il contribuer à la réduction de la pression sur les populations sauvages de ces espèces ? Citez des exemples. Question 2 - Dans quelle mesure le bétail domestique est-il concurrent ou complémentaire des herbivores sauvages ? Existe-t-il des synergies entre les espèces ? Quel est l'impact du pastoralisme sur la faune et la flore aquatique ? Quels sont les régions et les types d'écosystème où les pressions concurrentielles sur les ressources se font le plus sentir et pour quelles raisons ? Comment peut-on y faire face ? En cas de concurrence, sur quelles ressources clefs se fait-elle (fourrage, eau) ? Quel est l'impact sur la faune de la présence régulière de bétail sur un point d'eau ? Question 3 - Dans quelles conditions est-il possible de contrôler et de limiter l'exploitation des ressources pastorales dans les aires protégées ? Comment prévenir les conflits entre les conservateurs des aires protégées et les éleveurs qui utilisent illégalement celles-ci ? Connaît-on l'importance du braconnage par les pasteurs ? Quelles mesures doit-on prendre et selon quels processus de consultation et de concertation ? Est-il possible de trouver des solutions de compromis ? Citez des exemples et des études de cas. Question 4 - Selon vous, à quel moment et dans quelles conditions est-il admissible que le bétail soit autorisé à pénétrer dans aires protégées ? Quelles en sont les conséquences prévisibles à long terme ? Peut-on par exemple pratiquer un élevage pastoral dans les réserves de chasse ou dans les forêts classées ? Quel est l'impact sur le tourisme de la présence de troupeaux dans les réserves ? Citez des exemples ou des études de cas. Votre avis, votre expérience sont des éléments précieux de débat. Envoyez vos commentaires sous forme de e-mail, en précisant la question à laquelle vous répondez. Ils seront diffusés aussitôt aux abonnés de la conférence. Nous vous prions de respecter des règles de concision en ne dépassant pas, dans la mesure du possible, le volume d'une page (ou 2). Néanmoins, tout document annexe (lien Internet, article, présentation, etc.) peut accompagner votre message pour enrichir le débat : il sera non pas diffusé à la liste mais mis à disposition pour la consultation sur le site Internet LEAD - menu conférences électroniques - sous-menu téléchargements. En espérant vous lire très bientôt. Le modérateur Bernard Toutain